Gazprom-Kadyrov, le bras de fer

Le 18 janvier 2019, un tribunal de Grozny a décidé l'annulation d’une grande partie des 13,3 milliards de roubles (un peu plus de 177 millions d’euros) que la Tchétchénie doit à Gazprom. Plusieurs autres « sujets de la Fédération » ont aussitôt exigé que leur ardoise soit aussi effacée.

La décision du tribunal fait droit à une requête du procureur général de Tchétchénie. Selon le Parquet, la dette de 9,35 milliards de roubles (environ 125 millions d'euros) accumulée par la république caucasienne avant 2015 est trop élevée pour être recouvrée. Un remboursement risquerait de créer des « tensions sociales » pouvant déboucher sur un mouvement de « protestation populaire ». La seule issue serait donc son annulation. Les autorités tchétchènes soutiennent la décision du tribunal, qualifiée de « juste » et de « fondéesur des données objectives » par le porte-parole du président Ramzan Kadyrov, Alvi Karimov.

Gazprom a aussitôt annoncé son intention de faire appel. Mais la boîte de Pandore est ouverte : les régions de Smolensk, d’Omsk et de Lipetsk, la Tchouvachie, le Tatarstan, la Bachkirie ont déjà réclamé l’annulation de leur facture gazière.

Au total, les régions russes doivent plus de 500 millions d’euros à Gazprom. Les plus endettées sont les régions du sud, Caucase en tête, qui comptent aussi parmi les plus pauvres du pays. Outre la Tchétchénie, le Daghestan doit plus de 120 millions d’euros à la compagnie d’Alexeï Miller ; la Kabardino-Balkarie, 36 millions d’euros ; le territoire de Krasnodar, 17 millions d’euros ; et l’Ingouchie, 15 millions d’euros.

Le litige qui valait des milliards

Officiellement, le Kremlin s’abstient de prendre parti. Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a ainsi déclaré : « C’est une question extrêmement compliquée. Le produit a été livré au consommateur, et, évidemment, l’entreprise [Gazprom] compte récupérer son argent, notamment pour financer ses programmes d’innovation. » Toutefois, dans de telles situations, il convient de prendre en compte « non seulement l’intérêt du fournisseur, mais aussi celui des citoyens », a ajouté M. Peskov.

La compagnie gazière, de son côté, ne prend pas autant de précautions. Le 22 janvier, son vice-président, Valeri Goloubev, a dénoncé un verdict qui sera perçu « par tous les bons payeurs, lesquels constituent la grande majorité des clients », comme une injustice manifeste à leur égard.

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Anastasia Sedukhina

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