Tatiana Stanovaïa : « Une redistribution des richesses est un scénario très plausible »

Les grands patrons russes sont figés dans l’attente : à quelle sauce le Kremlin compte-t-il les manger au cours de ce nouveau mandat ? Les règles du jeu vont-elles évoluer et les milieux d’affaires se verront-ils offrir des garanties de survie dans le contexte des sanctions ? Tatiana Stanovaïa, politologue à la tête du département analytique du Centre des technologies politiques, répond aux questions du Courrier de Russie.

Le Courrier de Russie : Peut-on parler de « règles du jeu » régissant les relations entre l’élite russe des affaires et le Kremlin ? Et, si oui, quelles sont-elles jusqu’à présent ?

Tatiana Stanovaïa : Ces règles existent sans aucun doute, même si elles sont tacites. Il s’agit de quelques principes de base, édictés par le Kremlin sur fond « d’affaire Ioukos », en 2003.

Souvenez-vous, à l’époque, la justice russe s’en prend à Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev, propriétaires de la puissante compagnie pétrolière privée Ioukos, et à plusieurs de leurs associés. Les deux dirigeants finissent par être arrêtés et passent dix ans derrière les barreaux, leur société est démantelée. L’entreprise d’État Rosneft en rachète les principaux actifs. Pour de nombreux observateurs, l’arrestation de Khodorkovski a été ordonnée par le Kremlin, afin de lui faire payer son financement des forces d’opposition.

Ces règles du jeu sont au nombre de trois. Premièrement, les grands patrons doivent désormais payer intégralement leurs impôts ; en d’autres termes, on leur a fortement conseillé de renoncer à tous les montages opaques d’optimisation fiscale. Règle n° 2 : les hommes d’affaires sont tenus de rester éloignés de la politique : il n’est plus question de graisser la patte de tel ou tel ministre ou député, de financer des partis, etc.

« Vladimir Poutine attend des hommes d’affaires, au moins, des gestes symboliques, qui montrent qu’ils prennent en compte et respectent les priorités de l’État. »

La règle n° 3 concerne une forme très particulière de « responsabilité sociale » des entreprises. En pratique, les grands patrons sont invités à soutenir des projets que le pouvoir leur suggère. Et ce soutien n’est pas toujours officiel. Rappelez-vous, au milieu des années 2000, le mouvement de jeunesse patriotique et pro-Kremlin « Nachi ». Selon la presse russe, il aurait été financé par les « caisses noires » de grandes entreprises du pays. Les hommes d’affaires, en réalité, n’ont pas le choix. Et ce n’est absolument pas une garantie de sécurité pour eux. C’est simplement une obligation, un fait que personne ne conteste.

LCDR : Vous dites que les grands patrons russes paient leurs impôts… Mais tout le monde sait qu’ils continuent à recourir à divers montages ‒ sociétés fictives et autres ‒ pour échapper au fisc.

T.S. : Évidemment, l’optimisation fiscale existera toujours, c’est inévitable. Mais Vladimir Poutine attend des hommes d’affaires, au moins, des gestes symboliques, […]

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Propos recueillis par Anastasia Sedukhina

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Pétrole : le casse-tête chinois de Rosneft

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25 juin 2018
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Russie/États-Unis : Bras de fer pétrolier à Caracas

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12 juin 2018
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7 juin 2018