Le Courrier de Russie

Oleg Viouguine : « Le rouble faible est une aubaine pour les entreprises russes »

Les fluctuations du cours du rouble sont traditionnellement associées à celles du prix du baril de pétrole Brent. Mais, récemment, le rouble a chuté de 10 % alors que le baril se situait autour de 70 dollars et que son cours était à la hausse. Oleg Viouguine, ex-vice président de la Banque centrale russe et enseignant à la Haute École d’économie, revient pour Le Courrier de Russie sur tout ce qui influe sur le cours de la monnaie russe.

Le Courrier de Russie : En avril, alors que le prix du baril de pétrole dépassait les 70 dollars, le rouble non seulement ne s’est pas renforcé, mais il a vu sa valeur chuter. La monnaie russe serait-elle moins dépendante du cours des hydrocarbures ?

Oleg Viouguine : En effet. Depuis la nouvelle règle budgétaire de janvier 2018, le ministère russe des Finances intervient beaucoup plus sur le marché des changes, en achetant chaque mois une certaine quantité de devises, ce qui les maintient à des taux élevés. Par conséquent, le cours du rouble grimpe beaucoup moins vite que celui du pétrole.

Mesure de prévention

LCDR : En quoi consiste cette nouvelle règle budgétaire ?

O.V. : Le gouvernement a fixé un seuil au prix du baril, à 40 dollars. Sachant que le ministère des Finances prélève une partie importante des bénéfices des entreprises pétrolières russes, sous forme de charges sociales, d’impôts sur les ressources naturelles et de taxes à l’export. Et lorsque le prix du baril franchit ce seuil des 40 dollars, les revenus du ministère augmentent d’autant. Ces bénéfices lui servent à acheter des devises sur le marché des changes et à en faire des réserves. En d’autres termes, si le ministère des Finances n’achetait pas de devises, le rouble serait aujourd’hui bien plus fort.

« Sans l’intervention de l’Etat,

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