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Bilan économique 2017 : une croissance timide

En 2017, la Russie affichait une croissance légèrement inférieure à 2 %, rompant avec la récession qui a touché le pays ces dernières années suite à l’instauration des sanctions. Production, taux de change, inflation, pétrole : le Courrier de Russie fait le point sur les indicateurs économiques à l’origine de cette dynamique.

À l’automne dernier, le Forum économique mondial plaçait la Russie au 38e rang (sur 137) du classement Global Competitiveness Index (GCI), soit une progression de cinq places.
« L’amélioration significative de la situation macroéconomique (de la 91e à la 53e place), en premier lieu la baisse de l’inflation et le développement de l’épargne, est la principale raison de cette progression », commente Alexeï Prazdnitchnykh, analyste chez Strategy Partners Group et coordinateur du programme du Forum économique mondial pour la compétitivité de la Russie.
Une bonne santé économique dont témoignent un certain nombre d’indicateurs.

PIB

Au cours d’un entretien sur la chaîne de télévision Rossia 24, le ministre russe des Finances, Anton Silouanov, annonçait à la fin du mois de décembre que la croissance économique devrait se situer entre 1,8 et 2 % en 2017, en deçà de la moyenne mondiale à 3,5 %. « Cela constitue néanmoins une base, à partir de laquelle nous pouvons tabler sur une dynamique plus forte dans les années à venir », ajoutait-il, confiant.

La vice-première ministre Olga Golodets et le ministre des Finances Anton Siluanov. Crédits : kremlin.ru
La vice-première ministre Olga Golodets et le ministre des Finances Anton Siluanov. Crédits : kremlin.ru

Précédemment, la Banque centrale russe prévoyait une croissance de 1,7-2,2 % en 2017. Une hypothèse réévaluée actuellement par sa présidente, Elvira Nabioullina, à la partie basse de la fourchette.
Concernant l’année 2018, le ministère de l’Économie et du Développement table sur une croissance du PIB de 2,1 %, ainsi que sur une hausse du salaire réel de 4 %.

 

Inflation

En matière d’inflation, la Russie bat ses propres records… à la baisse. Selon Rosstat, les prix ont augmenté de 2,5 % en novembre. Pour 2018, la Banque centrale et le ministère de l’Économie et du Développement tablent sur une inflation de 2,4-2,5 %. En août, la Russie a connu une période de déflation, la première depuis 2012.
« La réduction de l’inflation à un niveau minimum jamais vu dans l’histoire du pays est sans conteste le fruit de notre travail, déclarait à la fin de décembre le président Vladimir Poutine aux membres du gouvernement. Et nous avons toutes les raisons de penser que les bases macroéconomiques créées ces dernières années seront autant de fondements solides pour le développement futur de l’économie. » Et le président russe de souligner le rôle prépondérant joué par la Banque centrale et les ministères en charge des questions économiques dans la bonne dynamique actuelle.
Pour 2018, le ministre des Finances, Anton Silouanov, prévoit une inflation aux alentours de 4 %.

Pétrole

Si le baril de Brent s’échangeait à moins de 60 dollars à la fin de 2016, son prix atteignait 67 dollars un an plus tard. Entre janvier et novembre 2017, le baril d’Urals valait en moyenne 55,17 dollars, soit une hausse de 27,2 % par rapport à la même période de 2016.
L’État voyait ainsi ses recettes budgétaires augmenter, et l’afflux de pétrodollars dans le pays maintenait un cours du rouble stable autour de 59-60 pour un dollar. La conjoncture favorable permettait en outre une réduction du déficit budgétaire, ainsi que l’achat de devises pour près de 830 milliards de roubles entre le début février et la fin décembre.

Rouble

L’année 2017 était placée sous le signe d’une consolidation du rouble. Malgré la baisse du cours du pétrole, la devise russe reprenait 6 % par rapport au dollar entre janvier et mai. Un rétablissement qui s’explique par le contexte géopolitique, en particulier par la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine et par l’espoir qu’elle suscitait d’un abandon des sanctions. Les obligations émises par l’État russe connaissaient alors un regain d’intérêt de la part des investisseurs. Fin décembre, le rouble s’échangeait à un peu moins de 60 pour un dollar et un peu moins de 70 pour un euro.

Le nouveau billet de 2000 roubles. crédits : Agence Moskva
Le nouveau billet de 2000 roubles, déjà en circulation. Crédits : Agence Moskva

Les milieux autorisés russes sont généralement optimistes quant à l’avenir du rouble. Ainsi, Maxim Orechkine, ministre de l’Économie et du Développement, est convaincu que la monnaie russe « ne s’effondrera pas » en 2018, et la Danske Bank envisage même un renforcement du cours à 52,5 roubles pour un dollar. Toutefois, les analystes de Bank of America n’excluent pas une dévaluation en cas de sanctions imposées par les États-Unis contre les obligations d’État russes.

Budget

Le ministère russe des Finances évalue à 1,6 % le déficit budgétaire du pays en 2017. Un chiffre inférieur aux prévisions initiales. « Nous prévoyions au départ un déficit de 2,5 % du PIB, a déclaré le ministre, Anton Silouanov, au cours d’une conférence de presse. Nous l’avons réévalué à 2,2 %, puis à 1,8 %, et nous pouvons maintenant dire qu’il devrait atteindre 1,6 % du PIB. »
M. Silouanov a expliqué ces réajustements par des recettes budgétaires exceptionnelles, liées aux hydrocarbures (augmentation de 172 milliards de roubles) ou non (+117 milliards de roubles). Le déficit budgétaire hors recettes liées aux hydrocarbures devrait représenter environ 8 % du PIB, ce que le ministre a qualifié de « meilleur résultat depuis 2010 ».
Les dépenses budgétaires s’élèvent à 1 390 milliards de roubles. Elles concernent principalement les politiques sociales et la défense. Au cours de son intervention, le ministre des Finances soulignait qu’une conjoncture économique favorable permettrait, en 2018, une baisse des dépenses du Fonds de réserve et du Fonds national de prospérité.

Taux directeur

La Banque centrale russe a baissé six fois son taux directeur en 2017. À 10 % en janvier 2017, il avait perdu plus de 2 points à la fin de l’année. Le 15 décembre, il a été abaissé de 50 points de base en une fois, à 7,75 %.
« Nous avons pris cette décision car notre perception des perspectives a changé pour 2018. Les accords d’encadrement de la production d’hydrocarbures sont reconduits, l’incertitude se réduit concernant les cours du pétrole. Autant de facteurs qui diminuent les risques inflationnistes », a justifié la présidente de la Banque de Russie.

Président de la Banque centrale Elvira Nabiullina. Crédits : kremlin.ru
Elvira Nabioullina, présidente de la Banque centrale. Crédits : kremlin.ru

La Banque centrale n’abandonnera sans doute pas immédiatement sa politique d’assouplissement, et les experts n’excluent pas une baisse du taux directeur à 6 % en 2018. Un niveau qui reste, quoi qu’il en soit, supérieur à la situation d’avant la crise.

Production

En hausse de 3,8 % au premier semestre 2017, et surtout au deuxième trimestre, la production industrielle a ensuite connu un ralentissement. En septembre, elle a crû de 0,9 % en glissement annuel, tout en affichant une baisse de 0,4 % par rapport à août.
Seuls certains secteurs, tels que l’agriculture et le bâtiment, ont continué sur leur lancée au troisième trimestre. En novembre, la production industrielle chutait de 3,6 %, égalant le triste record d’octobre 2009. Un effondrement qui touche avant tout le secteur secondaire, et que le ministère de l’Économie et du Développement impute au gel de l’extraction de pétrole et aux températures particulièrement clémentes en 2017.

Emploi

Selon Rosstat, le niveau du chômage dépassait légèrement 5,1 % de la population active en 2017. « J’espère une baisse du chômage l’année prochaine », a déclaré le ministre du Travail, Maxim Topiline.

Vladimir Poutine Avec le ministre du Travail et de la Protection sociale Maxim Topilin. Crédits : kremlin.ru
Vladimir Poutine Avec le ministre du Travail et de la Protection sociale, Maxim Topiline. Crédits : kremlin.ru

En 2017, la Russie comptait 3,9 millions de personnes sans emploi, sur une population active de 76,4 millions (52 % de la population totale).
Au cours des dix prochaines années, l’économie russe sera confrontée aux conséquences du creux démographique que le pays a connu dans les années 1990. La hausse de l’âge du départ à la retraite apparaît comme une solution permettant de remédier à une éventuelle pénurie de main d’œuvre. Interrogé en novembre, Vladimir Poutine déclarait qu’aucune décision n’avait été prise en la matière. Il s’engageait à favoriser l’émergence de cette question dans le débat public. Actuellement, l’âge du départ à la retraite en Russie est de 55 ans pour les femmes et de 60 ans pour les hommes.

Anastasia Sedukhina

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