Un Français à la tête de Lada-AvtoVAZ

La société Avtovaz est détenue à 75 % par la coentreprise Alliance Rostec Auto B.V., dont 50 % appartiennent à l’alliance Renault-Nissan et 25 % à Rostec, le reste des actions revenant à des actionnaires minoritaires.


Mardi 15 mars, le conseil d’administration d’AvtoVAZ a élu son nouveau président en la personne de Nicolas Maure, qui présidait jusqu’alors le groupe automobile roumain Dacia, filiale du groupe Renault-Nissan. Cette décision entrera en vigueur le 4 avril prochain, date à laquelle Bo Andersson, actuel directeur du constructeur russe, quittera la tête de l’entreprise, indique un communiqué d’AvtoVAZ. Un portrait réalisé par RBC.

Ligne de production de la Lada 4X4 dans l'usine d'AvtoVAZ à Togliatti. Crédits : Lada
Ligne de production de la Lada 4X4 dans l’usine d’AvtoVAZ à Togliatti. Crédits : Lada

D’après Sergueï Tchemezov, directeur général de Rostec (détenteur de 24,5 % des actions d’AvtoVAZ), cité dans le communiqué, Nicolas Maure aura pour mission de continuer à créer des produits hautement concurrentiels, d’augmenter les parts de marché d’AvtoVAZ en Russie et de garantir l’efficacité du plan de charge des usines russes de composants. « Toutes ces tâches incomberont au nouveau directeur. Nous pensons qu’il les mènera à bien », a affirmé M. Tchemezov.

Un directeur strict

Nicolas Maure, âgé de 56 ans, possède deux diplômes universitaires – en mathématiques et en ingénierie – et un MBA. Il travaille pour le groupe Renault depuis 2000 : d’abord directeur des achats pièces et accessoires, il est ensuite passé vice-président des achats moteurs, boîtes de vitesses et transmissions pour Renault-Nissan. De 2006 à 2008, il a été directeur de l’usine Dacia en Roumanie, avant d’en prendre la tête en janvier 2014.

Nicolas Maure, directeur général Dacia et Renault Roumanie. Crédits : Dacia
Nicolas Maure, directeur général Dacia et Renault Roumanie. Crédits : Dacia

Dacia, avec son usine fondée en 1967 dans la petite ville de Mioveni, est aujourd’hui l’entreprise roumaine au chiffre d’affaires le plus élevé du pays (4,2 milliards d’euros en 2015). À la fin des années 1990, le constructeur, au bord de la faillite, est passé sous le contrôle de Renault. Le groupe français a amélioré l’ancienne plateforme automobile et, en 2004, y a lancé la production du modèle Logan, devenu un best-seller sur le marché européen, explique Sergueï Baranov, rédacteur en chef du magazine spécialisé AutoBusinessReview. « Cette voiture bon marché et de qualité n’a jusqu’à présent pas d’équivalent ou presque », souligne-t-il. Plus tard, sur la même plateforme, ont été élaborés les modèles Sandero, Duster et Logan MCV (Lada Largus en Russie). Tous font partie des dix modèles les plus vendus en Russie. « Pour la première fois de son histoire, Renault a réalisé une série de modèles sur une seule plateforme. Le projet Dacia peut être considéré comme l’une des meilleures décisions de Carlos Ghosn, le PDG de Renault-Nissan », estime M. Baranov.

En prenant la tête de Dacia, Nicolas Maure s’était donné pour objectif de maintenir la compétitivité de l’entreprise. Pour ce faire, il a réduit le personnel et ralenti les rythmes d’augmentation des salaires. De son côté, entre 2014 et 2015, le président sortant d’AvtoVAZ Bo Andersson a licencié environ 19 000 employés sur les 67 000 que comptait le groupe. Cette décision a provoqué le mécontentement du directeur général de Rostec, Sergueï Tchemezov, qui estime qu’il faut « se montrer plus flexible ».

Sous la direction de Maure, Dacia est devenue le cinquième constructeur automobile européen en nombre de véhicules produits. En 2015, près de 340 000 automobiles ont été assemblées dans l’usine roumaine pour un marché local d’une capacité de 81 000 véhicules, selon les données de l’Association des constructeurs automobiles européens. 90 % des voitures sont exportées. Le volume total de la production de Dacia (depuis 2012, l’entreprise assemble également des modèles à l’usine Renault de Tanger, au Maroc) s’est élevé à 551 000 véhicules en 2015, soit 3 % de plus qu’en 2014. Si l’entreprise ne dévoile pas ses bénéfices, ces derniers sont solides, a assuré Nicolas Maure lors de diverses interviews à des médias roumains.

Lada RH

AvtoVAZ a présenté courant 2015 son dernier modèle : la Lada X-Ray. Crédits : Lada
AvtoVAZ a présenté courant 2015 son dernier modèle : la Lada X-Ray. Crédits : Lada

Si AvtoVAZ et Dacia se valent à peu près en termes de volume de production, la première jouit d’une moins bonne situation financière. L’usine de Togliatti, déficitaire depuis 2012, a enregistré en 2015 des pertes records de 74 milliards de roubles et une réduction de 11 % de sa production, jusqu’à 465 500 voitures. Ernst & Young a d’ailleurs conclu son audit comptable de l’entreprise pour 2015 en émettant des doutes sur la viabilité de celle-ci.

Le marché automobile russe, où la Lada est agressivement évincée par ses concurrents étrangers, est en contraction depuis quatre ans. Après un pic à 2,9 millions de véhicules en 2012, les ventes pourraient avoir chuté jusqu’à 1,1 million de voitures en 2015.

La première tâche du nouveau président d’AvtoVAZ sera donc de résoudre le problème du coût élevé des composants (75 % du prix de revient de la Lada) et d’augmenter le taux de localisation de la production, estime Sergueï Oudalov, directeur exécutif de l’agence analytique Autostat. Maure devra également accroître les exportations afin de compenser la baisse des ventes intérieures et poursuivre l’optimisation des dépenses entamée par Bo Andersson, ajoute pour sa part Vladimir Bespalov, de VTB Capital.

À en croire Oudalov, il est possible que Maure ne doive pas procéder à des licenciements, décision qui a notamment été à l’origine du départ de Bo Andersson : le nombre d’employés de l’usine est presque optimal. Toutefois, précise l’expert, tout dépendra de la conjoncture économique et des rythmes de rétablissement du marché.

Une Lada plus russe

Pour le ministre russe de l’industrie et du commerce, Denis Mantourov, Nicolas Maure devra avant tout se concentrer sur les fournisseurs russes de composants. Il s’agit depuis quelques années d’un point crucial pour AvtoVAZ. Après l’arrivée de Bo Andersson en 2013, la balance des achats de composants s’était mise à pencher en faveur des entreprises étrangères.

En dressant le bilan de l’activité d’AvtoVAZ pour 2015, les actionnaires ont décidé une capitalisation additionnelle de l’usine : Renault-Nissan lui apportera un soutien financier et Rostec est prête à convertir jusqu’à 52 milliards de roubles de dettes. Mantourov a précisé que, pour l’heure, le gouvernement russe ne prévoyait pas de venir en aide à AvtoVAZ : « Nous n’envisageons aucun instrument d’ordre financier. Et je n’en vois pas le besoin à l’heure actuelle. »

La société Avtovaz est détenue à 75 % par la coentreprise Alliance Rostec Auto B.V., dont 50 % appartiennent à l’alliance Renault-Nissan et 25 % à Rostec, le reste des actions revenant à des actionnaires minoritaires. Avtovaz emploie actuellement près de 50 000 personnes. Depuis 1970, l’usine a fabriqué plus de 28 millions de voitures Lada.

Vladimir Poutine présente la Vesta en octobre 2015 à Valdaï :