ë-Mobile : l’hybride russe

La ë-Mobile n’est pas la première expérience hybride en Russie, mais il s’agira de la première tentative de lancement, par un constructeur russe, d’un tel véhicule sur le marché.


Le Premier ministre a troqué, vendredi 4 avril, le volant de sa Lada Kalina contre celui de la ë-Mobile – à prononcer : yo-Mobile –, prototype russe de véhicule hybride. Accompagné par Andreï Birioukov, le directeur général de ë-Avto qui avait pris la « place du mort », Vladimir Poutine a testé le véhicule sur un trajet de près de 10 km entre sa maison de campagne et la résidence du Président Medvedev. Ils étaient suivi par Mikhaïl Prokhorov, lui aussi au volant d’une ë-Mobile. L’oligarque projette de produire le modèle à grande échelle dès l’année prochaine… mais pour qui ? Le Courrier de Russie a posé la question à deux experts de l’industrie automobile russe.

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Le marché des véhicules hybrides en Russie…

… n’existe pas. Ou tout au moins pas encore. En 2009, selon les données de l’agence Avtostat, seulement 1 130 véhicules à moteur hybride (c’est-à-dire fonctionnant alternativement à l’essence et à l’électicité) ont été vendus en Russie. En 2010, pas plus de 2 150. « Il est trop tôt pour parler de marché, explique Rouslan Kozyrev de la revue Avtomobilnaya Promychlennost (Industrie automobile) car leur nombre, en Russie, est négligeable. On en croise quelques uns dans les rues de Moscou, mais il n’y a pas encore de production de masse ». D’ailleurs, les seuls modèles disponibles en Russie, pour le moment, sont des véhicules importés, construits par le Japonais Toyota (l’iconique Prius ainsi que des SUVs de la division haut de gamme du groupe) et par les Allemands BMW et Porsche. « Les ventes ne représentent même pas 1% du marché automobile russe », précise Sergeï Tselikov, directeur d’Avstostat.

Et qui conduit ces rares specimens ? « Des automobilistes aisés, au fait des tendances de la mode, et toujours en quête de prestige », répond Rouslan Kozyrev. Selon le spécialiste en autos, « pour la grande majorité des Russes, la voiture est encore, avant tout, un simple moyen de transport, qui doit être pratique et pas trop cher ». Pour ces consommateurs qui ne considèrent pas la bagnole comme un marqueur social, le seul bon argument de vente du véhicule hybride, malgré un prix plus élevé, pourrait donc, à terme, être les économies de carburant qu’il leur permettra de réaliser. Sergeï Tselikov considère toutefois que « ce seul argument n’est pas assez pertinent pour les automobilistes russes, et parler de l’émergence du marché de voitures hybrides dans les 3 à 5 prochaines années est utopique ». Quant à l’argument écologique ? « La plupart des Russes ne s’en soucient pas, estime Rouslan Kozyrev. Ils achètent la voiture qui leur plaît ». Son pronostic est toutefois plus optimiste : « Dans 5 ans, 30% du parc automobile russe sera hybride ».

De la Jigouli à la ë-Mobile

La ë-Mobile n’est pas la première expérience hybride en Russie, mais il s’agira de la première tentative de lancement, par un constructeur russe, d’un tel véhicule sur le marché. « Dans le domaine du moteur hybride, des recherches avaient déjà été menées au centre de recherche MAMI de l’université technique de Moscou où les chercheurs, après avoir développé plusieurs modèles de voitures électriques, ont construit un modèle hybride à partir d’un tout-terrain du constructeur russe UAZ », rappelle Rouslan Kozyrev. Selon lui, un passage au moteur hybride serait comparable au passage de la propulsion à la traction, marqué en Russie par le lancement, dans les années 1980, de la Jigouli 8. « Le moyen de gamme pourrait ainsi progressivement passer à l’hybride, prévoit-il, tout comme les transports en commun ».

Mais une telle transition ne se produira pas sans impulsion de l’Etat, assurent les deux experts interrogés. « Le développement de l’hybride en Russie dépendra de la volonté étatique et des avantages fiscaux que le gouvernement offrira, ou non, aux constructeurs qui se lanceront dans l’aventure », prévient Rouslan Kozyrev. Le directeur d’Avtostat prend, quant à lui, l’exemple du Japon, où « le soutien de l’Etat a entraîné une formation plus rapide du marché ». C’est la raison pour laquelle les groupes japonais ont pu investir en R&D et proposer les premiers modèles hybrides sur le marché mondial. En Russie, le secteur automobile est à bout de souffle, et c’est seulement sur les salons que l’on aura, pour l’instant, le plus de chance de croiser une Lada à moteur hybride.

Plus écologique et moins gourmande en carburant, la voiture à moteur hybride est aussi très chère. La ë-Mobile, contrairement aux véhicules hybrides déjà sur le marché, devrait cependant être plus abordable. Selon Andreï Birioukov, directeur de ë-Avto, son prix ne devrait excéder 450 000 roubles (11 200 euros). La « voiture russe du future » sera produite à St-Pétersbourg à partir de fin 2012.