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Que faire la quinzaine du 9 au 23 novembre

Pour une goutte – Photographie

Kirill Ovtchinnikov est photographe. Trois jours après les inondations de Krymsk – la nuit du 6 au 7 juillet, la ville du Sud russe a été quasi anéantie par une vague de 7 mètres de haut – Kirill Ovtchinnikov est allé voir. Ni juger, ni chercher les causes et les responsables mais marcher, observer, photographier, recueillir. Certes, la photographie n’est jamais image objective. Mais ces clichés assortis de témoignages donnent corps aux chiffres, aux articles, aux débats. 170 morts et tant de blessés, en nos temps de monde global, c’est une donnée parmi d’autres. Mais la ligne du niveau d’eau qui demeure trace de boue sur le mur ou cette femme posant debout sur sa table de cuisine, ça vous interpelle et ça reste. La « vérité nue », disent les Russes. Et que celui qui regarde se démerde, libre de ses lectures, indignations, nuances. Mémoire des catastrophes, des listes ou des images simplement pour que les autres, ceux de l’extérieur, vous entendent, simplement parce que déjà vous échappe le nom de la petite grand-mère d’en face, emportée. Le pouvoir, toujours et partout, minimise et dissimule – il en va de son intérêt, de sa survie. Quant au journaliste, il doit être témoin – donner à voir précisément ce qui dérange, sans orienter. Simplement pour que la vague n’ait pas tout balayé.

Krymsk. Témoins. Discours direct – jusqu’au 25 novembre. Multimedia Art-Muzey, oul. Ostojenka, 16. Métro Kropotkinskaïa.

www.mamm-mdf.ru

Parce qu’on n’est pas sérieux quand on a… – Concert

Le grand pays, il vous aura toujours comme un grand amour – là où vous l’attendiez le moins, grain de sable perpétuel dans vos mécanismes huilés, le sol qui se défile sous vos pieds. Le grand pays, c’est sa capitale et ses hipsters, ses filles et ses bars qui scintillent, ses pirates informatiques, sa débauche d’abondance et ses 4×4 dernier cri. Et on aurait dit définitivement rangées dans les placards des années 1990, les guitares au coin du feu ou dans les cours d’immeuble. Sauf qu’en 2007, dans la banlieue de Moscou, deux ados se sont mis en tête de faire un groupe, et que The Retuses, c’est une sorte d’Autre idéal de la jeunesse pailletée. Ils sont petits, tout petits, pas encore de poil de barbe et pourtant. Pourtant, la nostalgie sucrée et, étonnamment, la profondeur. Des garçons et des guitares, de la simplicité presque insoutenable. Et comme si la douceur des voix ne suffisait pas, les garçons mettent en musique Essenine. Du grand poète, la mélancolie et la douleur, l’authenticité. Du grand poète, les origines simples, la beauté brute libérée du vernis de l’intelligentsia citadine raffinée arrogante. Les petits de The Retuses, ça vous réchauffe l’âme sans chi-chi. Et on se les arrache, Chevtchouk en tête et jusqu’au Piknik Afisha cette année, depuis leur premier album Waltz Baltika ! Les petits seront avec leurs adaptations de Essenine au 16 Tonn très bientôt et nous, on s’en régale déjà.

The Retuses – le 22 novembre, à 21h. Club 16 Tonn, oul. Presnensky Val, d.6, str.1. Métro Oulitsa 1905 goda. Prix d’entrée entre 500 et 900 roubles.

www.16tons.ru

Pour la steppe – Spectacle

Pokiz Kourbounasenov, Photo : Anastasia Patlay

Le Teatr.doc s’empare d’un thème actuel, douloureux, obscur, voire tabou s’il en est. Un thème qui chatouille-grattouille une Russie contemporaine – ses immigrés venus des anciennes républiques. Le théâtre russe n’est pas subventionné et la lutte pour la vie, c’est généralement bon pour la création. Le Teatr.doc est allé chercher ces fameux « Tadjiks » de Moscou à la fois invisibles et omniprésents, les a placés sur une scène pour une pièce inspirée de leurs histoires. Des paroles et de la musique pour un chant à la façon des akyn, ces poètes improvisateurs traditionnels des cultures tadjike et kirghize. Pas de folklore figé mais des vies de travailleurs de la grande ville, pas de paternalisme non plus. Pas le genre missionnaires des droits de l’homme qui vous bassinerait un « les immigrés sont aussi des gens » mais un théâtre documentaire rigoureux qui tente de creuser, savoir qui sont ces gens. Parce que le drame des grandes villes contemporaines et de leurs immigrés toutes générations confondues, ce n’est pas une culture contre une autre mais, de part et d’autre, de moins en moins de culture précisément, nivellement par le bas, perte des repères identitaires. Et non content de présenter cet admirable spectacle sur sa scène à son public hipstero-intello, le Teatr.doc le sortira de ses murs, ira le jouer sur les chantiers, dans les casses automobiles, dans les foyers de travailleurs. Juste un incontournable.

Akyn Opera – le 18 novembre, à 17h. Teatr.doc, Trekhprudny per. 11/13, str.1. Métro Tverskaïa. Prix d’entrée : 500 roubles. Pour commander : +7 916 653 09 89

www.teatrdoc.ru

Pour un semblant de montagne  – Peinture

Perm est assez éloignée pour faire la fière. Repue, la ville de marchands s’est toujours distinguée, affirmer l’existence hors des capitales chaotiques, ordre, climat modéré et humeurs tempérées. Plus SR qu’ouvrière, devenue « capitale du libéralisme » dans le pays nouveau, Perm aime l’art contemporain à l’européenne. Et Marat Guelman, libéral s’il en est, y dirige le musée d’art contemporain. Le musée vient d’ouvrir ses portes à l’art contemporain français mais, paradoxe, côté peinture. Relire les 50 dernières décennies à la lumière d’une discipline bousculée, chahutée, maintes fois condamnée et pourtant bien portante, vivace, prometteuse hors cadres si ce n’est sur la toile. L’annonce de la « mort de la peinture » ne date pas d’hier. Rejetée dans ses salons par les Nouveaux Réalistes, dénoncé son lyrisme et recalée derrière des méthodes et matériaux nouveaux, les objets quotidiens de l’« homme de la rue ». Déstructurée par les Supports-Surfaces, détrôné son sujet, fouillées ses coulisses. Pendant que Dame peinture sortait de ses musées, bombait les rues, les affiches, les décors. Une exposition Combinaisons de l’histoire qui se veut rétrospective et prospective : associant à des noms phare de l’art contemporain français des récentes décennies un artiste in progress, en devenir. Direction la porte de l’Oural.

La peinture française contemporaine : combinaisons de l’histoire – jusqu’au 16 novembre. Musée d’art contemporain de Perm, oul. Monastyrskaïa, 2.

www.permm.ru

Pour des dinosaures renouvelés – Musique

Au grand pays, les Titans demeurent humbles. Se savent inspirés, rejettent la mention d’auteur. Comme les ours, hiberner – et chaque été nouveau est une nouvelle vie. Le grand pays est tsunamique plutôt que révolutionnaire. Chaque matin, nettoyer la neige à la porte, quand le toujours recommencer est nécessité concrète et non profession de foi. Saint-Pétersbourg accueille un choc de Géants. Non seulement Grebenchtchikov, fondateur du groupe Aquarium, grand-papa du rock russe et indécrottable agitateur, mais encore l’immense jazzman Gaïvoronsky et, attention, l’orchestre symphonique Capella sous la direction d’Aleksandr Tchernouchenko. Et pas pour des récitals. Les trois monstres, pourtant – ou parce que – au sommet, recherchent l’expérience. Parce que le grand-pays ne laisse personne dormir sur ses lauriers, ne vous laisse d’ailleurs dormir que d’un œil. Parce que se contenter de soi, c’est l’immobilité et c’est la mort. Parce que l’artiste n’est rien d’autre qu’un dépositaire, pour un temps plus ou moins long, et plus il l’oublie, plus la mission est raccourcie. Parce que pour que la puissance s’exprime, il faut qu’elle vous dépasse. Que maîtriser un cheval, ce n’est jamais que parvenir à se faire oublier.

VOLKHYNEVY. Boris Grebenchtchikov, Viatcheslav Gaïvoronsky et l’orchestre symphonique Capella – le 17 novembre, à 19h. Académie d’État Capella de Saint-Pétersbourg, Naberezhnaya reki Moïki, d.20.

www.capella-spb.ru

Julia Breen

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