Le Courrier de Russie

Dix chansons qui forgent la pensée des Russes

La question de l’identité taraude tous les groupes et les êtres, elle est complexe, fuyante, douloureuse parfois, touchant aux représentations toujours. Elle a d’autant plus d’acuité en Russie, ce pays-empire aux multiples nations, aux espaces infinis et hostiles, aux frontières mouvantes, à l’histoire chaotique. Qui sont les Russes : entre Nord et Sud, Europe et Asie, barbarie et civilisation, brutalité et finesse – contrastes à perte de vue… eux-mêmes se le demandent, encore et toujours. La revue Rousskii reporter s’est reposé la grande, l’éternelle, la seule question qui vaille, et l’a abordée par l’intermédiaire de la langue et de ce qui la nourrit : sa littérature, au sens le plus large. Le magazine a mené une enquête sur le thème des « chansons et poèmes préférés des Russes » : résultats et commentaires.

1- Den Pobedy – paroles de Vladimir Kharitonov

Le Jour de la Victoire, c’est une histoire de grandes choses qu’on ne voit que de loin, de prophètes hors de chez eux. La plus populaire des chansons sur la Seconde Guerre mondiale est tardive, composée en 1975, lors d’un concours organisé à l’occasion des trente ans de la Victoire. Elle a failli ne pas passer l’épreuve d’un jury composé de vétérans qui la trouvaient frivole, déplacée – et c’est le grand public qui l’a sauvée en lui faisant un triomphe lors de sa première interprétation, la même année. Le Jour de la Victoire dit une mémoire de la guerre bien réelle – pas du spectacle de parade. Elle chante la victoire dans la douleur, la joie à travers les larmes et ceux qui n’en sont pas revenus. Elle rend mieux qu’aucune autre la façon dont la Russie honore le plus cher de ses souvenirs : avec fierté mais sans fard, à la fois debout et humblement.

2- Peremen – Viktor Tsoï

Changement, chantée pour la première fois en 1986 et dernier morceau interprété par Tsoï lors de son dernier concert de juin 1990, […]