Le Courrier de Russie

« L’Ours est mon maître » de Pajetnov : au commencement était la forêt

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Les éditions Transboréal ont publié en 2016 une traduction du roman autobiographique de Valentin Pajetnov, L’Ours est mon maître. Voyage vers l’essentiel.

L’Ours est mon maître relève, a priori, de la plus stricte autobiographie. Quoique – à force d’empathie, d’observation et d’extrême sensibilité, Pajetnov le pêcheur-trappeur-soudeur-chauffeur-forgeron-biologiste-et-j’en-passe semble parvenir à entrer dans la tête de tous ces êtres vivants qui le fascinent, des arbres aux grands prédateurs en passant par les pierres et les rivières – et à nous traduire leurs langages.

Pajetnov, c’est d’abord une vie passionnante, complète. Enfant de la Grande guerre, garnement des rues du Sud russe, tous les grands choix de son existence ne sont guidés que par une passion dévorante, présente dès l’origine, irrépressible – celle de la liberté physique des grands espaces vierges. À l’époque de l’école, avide de connaissances mais rétif à l’autorité, aux règles et à l’hypocrisie de la société des hommes, les fugues solitaires en forêt sont une issue. « À chaque Russe sa rivière », écrit l’auteur, qui en a eu lui-même quelques-unes.

Les grandes étapes de sa vie écrivent une géographie russe, des extrêmes au centre : pêcheur – et accessoirement ouvrier d’usine – dans les terres de son paisible Don natal, il se fait trappeur en Extrême-Orient, puis employé d’un sovkhoze de Sibérie – au fil du Ienisseï majestueux –, et enfin directeur de réserve et spécialiste des ours bruns en Russie centrale, sur le plateau du Valdaï – aux sources de la mère de tous les fleuves russes, […]