Le Courrier de Russie

Sans foi ni loi : les Leçons d’Italie de Marina Stepnova

Les éditions Les Escales ont publié une traduction française du dernier roman de Marina Stepnova, Leçons d’Italie. Profession d’incroyance.

Leçons d’Italie, au titre russe autrement éloquent de La rue Sans-Dieu, c’est un regard sur le monde aussi noir et froid qu’il est juste – d’une précision chirurgicale. Comme son héros-médecin Ivan Ogariov, Marina Stepnova lit dans les êtres des symptômes, des pathologies. Écrivain de talent, elle discerne l’invisible sous le visible – mais dans une nuit sans fin. Son écriture, au rythme d’abord lent, puis qui s’accélère avec l’intrigue et les soubresauts de la grande Histoire, est une plongée dans des cerveaux. Suivant la pensée de chacun des personnages, l’écriture est saccadée, haletante.

Le docteur Ogariov et ses femmes, Ogariov et tous ceux qui l’entourent, c’est d’abord du non-amour à l’état pur. Ivan est un enfant triste, solitaire, humilié par un père aussi imposant qu’absent, délaissé par une mère incolore, maussade comme l’existence de la banlieue soviétique de la fin des années 1980. Ces parents ratés et mal assortis engendrent un être froid, étranger partout, indifférent à tous. La médecine n’est pas une vocation pour Ogariov – elle s’impose comme une évidence, une malédiction. À travers l’expérience de l’armée, parce qu’il ôte la vie d’un adolescent en se contentant de suivre les ordres, il meurt pour la première fois. Et alors, c’est la renaissance, la compréhension limpide du fonctionnement du corps humain, du principe de la vie – et Ogariov devient un médecin parmi les plus brillants de sa génération. […]