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Valentin Raspoutine (à droite) et Evgueni Evtouchenko à Irkoutsk, en 1977. Crédits : TASS

L’amitié Evtouchenko-Raspoutine : une histoire de la Russie contemporaine

Evgueni Evtouchenko est décédé le 1er avril 2017, à l’âge de 84 ans. Poète soviétique parmi les plus populaires, il remplissait, dans les années 1960, des stades de spectateurs venus l’écouter réciter ses vers. Auteur de plusieurs poèmes très critiques à l’égard de la politique du Parti, il est devenu une figure emblématique pour toute une génération de Soviétiques avide de changements. En 1991, il est parti enseigner la littérature russe aux États-Unis, où il a passé le reste de sa vie. Mais c’est à Moscou qu’il a demandé à être enterré, à Peredelkino [à l’époque soviétique, village où les auteurs appréciés du pouvoir obtenaient des résidences secondaires et pouvaient écrire en toute quiétude]. En URSS, Evgueni Evtouchenko comptait parmi ses plus fidèles amis Valentin Raspoutine, auteur remarquable de romans poignants sur la vie de la campagne russe. Très proches à l’époque, les deux hommes ont rompu toute relation à la chute de l’URSS, Evtouchenko saluant l’arrivée du capitalisme, Raspoutine déplorant la fin du socialisme. Les écrivains ont choisi des camps opposés, comme tous les Russes, divisés entre occidentalistes et slavophiles, « progressistes » et « conservateurs », « libéraux » et « patriotes ». Le journaliste Léonid Chinkarev, qui connaissait Evtouchenko et Raspoutine, retrace leur relation tumultueuse dans un essai pour la revue historique Rodina. Une analyse qui permet de comprendre les contradictions qui tiraillent toujours la société russe.

Veuve Clicquot pour retrouvailles sibériennes

Au printemps 1972, Valentin Raspoutine et moi nous trouvions au même moment à Moscou. Logeant dans des hôtels différents, nous apprîmes un jour, en nous téléphonant, que nous étions tous deux invités chez Evgueni Evtouchenko. « J’ai une variété de champagne que tu n’as jamais bue. Du Veuve Clicquot, de Paris ! », avait-il annoncé à chacun de nous au téléphone. Nous nous faisions une joie de rendre visite à notre compatriote – nous sommes tous trois originaires de la région d’Irkoutsk –, sentiment qui n’était qu’amplifié à l’idée de goûter ce fameux Veuve Clicquot.

Après nous être retrouvés à la station de métro Barrikadnaïa, nous arrivons à l’heure dite rue Krasnopresnenskaïa, dans le premier immeuble stalinien de Moscou, où vivaient alors, à différents étages, Vassili Aksenov, Iouri Lioubimov et Faïna Ranevskaïa. D’un pas timide, nous pénétrons dans l’ascenseur.

Sixième étage. L’appartement de Evtouchenko m’est familier : aussi bien l’entrée, avec sa collection de livres rares, que les murs et leurs tableaux de Picasso, Siqueiros et Chagall, que je pouvais contempler pendant des heures. Aujourd’hui, c’est Valentin qu’il est impossible d’arracher à la bibliothèque. Rozanov ! Chmeliov ! Remizov ! Ils sont trop nombreux pour tenir tous dans ses bras !

Galina, l’épouse de Evgueni, apporte sur la table de grands verres en néphrite – l’œuvre de tailleurs de pierre d’Irkoutsk, commandés par le poète lui-même. Et voilà la Veuve, boisson préférée de Pouchkine. Nous vidons rapidement la bouteille autour des dernières nouvelles de Sibérie et de digressions littéraires. Le maître de maison en ouvre une seconde. Lorsque celle-ci se retrouve vide à son tour, Evgueni ne sait plus où se mettre : « Les amis, je suis désolé, je n’ai plus de Veuve… Mais il reste du Mukuzani géorgien. Un vin remarquable ! […]

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Traduit par Maïlis Destrée

Dernières nouvelles de la Russie

Société

Vivre aux Kouriles et devenir Japonais

Le Premier ministre japonais Shinzo Abe est attendu mardi 22 janvier à Moscou, pour une série d’entretiens cruciaux avec le président Vladimir Poutine sur les relations entre leurs deux pays. Au début du mois, le Japon et la Russie – qui n’ont pas signé de traité de paix à l’issue de la Seconde Guerre mondiale – ont entamé des négociations à ce sujet. Le sort des îles Kouriles du Sud, annexées par l’URSS en août 1945 et dont la souveraineté est revendiquée par Tokyo, en est la clef. Anticipant un hypothétique transfert, des Russes chercheraient à s’y installer afin, espèrent-ils, de devenir sujets de l’Empereur du Japon…« Cherche maison ou datcha en vente »… « Achète enregistrement de lieu de domiciliation. Budget : 50 000 roubles [660 euros] »… « Accepte parcelle ou logement gratuits (sic) à Chikotan [une des quatre Kouriles du Sud, ndlr] »… Sur la page consacrée à l’île sur VKontakte (le Facebook russe), les petites annonces de ce genre se comptent par dizaines. Les premières remontent à la déclaration du président russe Vladimir Poutine et du Premier ministre japonais Shinzo Abe, datant de novembre 2018, […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 janvier 2019
Société

Les supporters, un défi pour les commerces et les restaurants de Moscou

Avec l’arrivée des fans de foot étrangers, les établissements du centre de Moscou sont l’objet de tournées d’inspection du Rospotrebnadzor, l’agence fédérale des services sanitaires. L’afflux extraordinaire de touristes entraîne un manque d’effectifs et des difficultés dans l’approvisionnement des restaurants, tandis que les supporters ont le plus grand mal à se faire comprendre du personnel russe. Malgré tout, restaurants, boutiques de souvenirs et magasins d’alimentation gagnent des sommes rondelettes. Nikita Kamitdinov, journaliste pour la revue d’affaires Inc., a interrogé les commerçants du centre-ville sur les difficultés occasionnées par ce déferlement de touristes. Le centre de Moscou, en particulier la rue Nikolskaïa, est saisie par la fièvre footballistique. On y entend à chaque instant des cris dans différentes langues (surtout en espagnol), de la musique et des conversations en mauvais anglais. Malgré la barrière linguistique, les supporters venus des quatre coins du monde n’hésitent pas à fraterniser et à se prendre en photo. Leurs clichés inondent les réseaux sociaux depuis plus deux semaines maintenant. Un Mexicain portant une petite queue de cheval et une épaisse barbe soigneusement entretenue tient dans sa main une bière « Tri Medvedia » [Les Trois Ours]. Il en boit une gorgée, regarde attentivement la bouteille et la photographie avec son téléphone. La bière étant le principal attribut des supporters, les patrons de tous les établissements de restauration se creusent les méninges pour en tirer le plus d’argent possible. « Dans leur enthousiasme, les supporters sont capables de causer des dégâts partout, et pas seulement dans les cafés et les restaurants. » La chaîne de restauration rapide KFC sert, par exemple, de la bière pression directement sur sa terrasse. Aujourd’hui, la queue, qui compte déjà une vingtaine de personnes, ne fait que s’allonger. Une pinte coûte 142 roubles (1,94 euro). « C’est gratuit, non ? Alors, qui en veut ? J’en achète trois ! » propose un homme portant un immense drapeau de la Russie. Des jeunes filles refusent en souriant l’offre généreuse. Les tables de la petite terrasse du restaurant Teremok sont jonchées de gobelets de bière en plastique. Pas de nourriture. Bien que les supporters aient déjà réussi à casser deux tables et à voler un pot de fleurs, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

3 juillet 2018
International

Alexandre Grouchko : « L’élargissement de l’OTAN est un conflit par procuration avec la Russie »

La Russie est prête à dialoguer avec l’Organisation de l’Alliance atlantique (OTAN) mais pas au détriment de ses intérêts nationaux, affirme Alexandre Grouchko, vice-ministre russe des Affaires étrangères, dans une interview aux Izvestia. Jusqu’au 22 janvier 2018, M. Grouchko était le représentant permanent de la Russie auprès de l’OTAN, une fonction restée vacante depuis. Manifestement, Moscou n’est pas pressée de le remplacer… La Russie est souvent accusée de violer l’espace aérien des pays baltes et des autres États membres de l’OTAN. Moscou a proposé à plusieurs reprises de réduire ce risque. Peut-on observer des avancées dans ce domaine ? Alexandre Grouchko : Oui et non. D’une part, à l’initiative de la Russie, un groupe de travail pour la sécurité aérienne au-dessus de la Baltique a été créé. Cela prouve qu’un dialogue dépolitisé, calme et professionnel, peut aider à la résolution de questions liées à la sécurité. Ce groupe a élaboré des recommandations relatives aux vols militaires et civils en fonction des normes en vigueur dans le cadre de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Un nouvel itinéraire a ainsi été établi, utilisé par l’aviation militaire russe. Pour ces vols, nous utilisons des transpondeurs [balises, ndlr] et fournissons des plans de vol. Autrement dit, nous respectons les normes de l’aviation civile puisque cet itinéraire est reconnu par l’OACI et enregistré dans tous les ordinateurs de contrôle. « Les canaux de communication militaire sont complètement coupés » Rien n’a changé, en revanche, dans le domaine de la coopération et de la prévention des incidents entre appareils militaires, qu’il s’agisse d’avions ou de navires. Nous avons formulé différentes propositions, nous sommes notamment prêts à engager des consultations avec tous les pays qui mènent des opérations dans la Baltique, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 juin 2018
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