Le Courrier de Russie

Un bateau pour l’Argentine, ou l’illusion de l’ailleurs

Les éditions Louison publient une traduction du dernier roman d’Alexeï Makouchinski, écrivain, enseignant et critique russe vivant en Allemagne : Un bateau pour l’Argentine (2014 pour l’édition russe). Une forme parfaite… et creuse.

À première vue, on est tenté de croire à Un bateau pour l’Argentine : séduisante biographie imaginaire, léchée, habile.

À la fin des années 1980, un trentenaire soviétique, alter ego de l’auteur, traverse pour la première fois le « rideau de fer rouillé » et débarque à Paris. Un soir, il y croise un homme qu’il ne reverra jamais, émigré russe blanc de la première vague, architecte célèbre. Celui-là, heureux de parler sa langue maternelle, lui relate un épisode de sa vie.

Dans les années 1950, deux hommes se croisent sur un bateau qui quitte la vieille Europe pour l’Argentine et ses promesses de Nouveau Monde. Deux amis d’enfance qui n’imaginaient pas une seconde, alors qu’ils regardaient le ciel, petits garçons cachés dans les dunes de la côte lettone, comment leurs destins seraient emportés par le tourbillon du XXe siècle. En haut, dans les cabines, le bourgeois Alexandre Voskoboïnikoff, dit Vosco, de père russe et de mère allemande de Lettonie, ayant quitté Riga reprise par les Rouges après avoir participé à la guerre civile, puis connu à Paris un confort relatif, du moins la possibilité de vivre et de travailler librement. […]