Red Vaporz : reportage au cœur du street art en Russie

Le Courrier de Russie présente Red Vaporz : un documentaire sur le street art en Russie.


De la vaporz, – « vapeur » dans le jargon du graffiti –, Nicolas et Vasco ont eu le temps d’en renifler, au cours du mois qu’ils ont passé à suivre les meilleurs graffeurs de la scène russe actuelle. De cette expérience, les deux jeunes réalisateurs ont tiré un documentaire – Red Vaporz. A découvrir en avant-première avec Le Courrier de Russie.

Le Courrier de Russie : Qu’est-ce qui vous a poussés à venir en Russie : le graffiti ou le « Grand pays » ?

Vasco : Nous étions à la recherche, avec un troisième acolyte photographe, d’un sujet qui nous motiverait vraiment, et dans un endroit aussi improbable que possible. En étudiant les différentes cultures des grandes villes russes, nous avons remarqué que le street art était en pleine expansion.

Nicolas : Alors, nous nous sommes lancés dans de longues recherches afin de repérer les meilleurs artistes russes, puis nous en avons identifié quinze. Notre périple s’est organisé autour d’eux, d’où le choix des villes : Saint-Pétersbourg, Moscou et Ekaterinbourg.

LCDR : Quel accueil avez-vous reçu de la part des artistes ?

Vasco : Avant de partir, nous appréhendions beaucoup le contact avec les gens : nous savions que la langue constituerait une barrière. Mais les artistes, tous sans exception, ont fait preuve de beaucoup de patience à notre égard. Et tous les moyens étaient bons pour communiquer !

Nicolas : En effet, imaginez le tableau : trois Français plutôt beau gosses qui débarquent chez eux pour faire un documentaire sur leur travail ! (rires). Il faut savoir qu’avec certains, comme FLM ou Mednoy, la communication était pratiquement impossible : ils ne parlent pas anglais. Nous avons donc dû avoir recours à la Baltika 7 (bière russe) pour discuter plus facilement. Ainsi, en un mois de voyage et de rencontres quotidiennes avec des artistes, nous avons découvert la Russie autrement.

LCDR : Quel est l’objectif de votre film, et à quel public s’adresse-t-il ?

Nicolas : Le but de notre documentaire est simplement de montrer qu’il se passe des choses aussi en Russie. Moi le premier, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en partant.

Vasco : Montrer une facette différente de la Russie, plus jeune, plus dynamique. Prouver aussi au grand public et aux gens intéressés que la scène du graffiti russe existe et que ses acteurs sont toujours en quête d’évolution.

LCDR : Dans le film, on entend toutefois dire qu’il n’y a pas réellement de street art en Russie. Qu’en pensez-vous ?

Vasco : C’est notamment l’opinion de Dima Oskes, organisateur du festival Faces & Laces de Moscou et l’un des premiers graffeurs de la ville. Je pense qu’il a dit ça sous le coup de l’émotion et qu’il n’a pas forcément une vue globale de la scène russe. À mon avis, il voulait aussi dire que c’est un moyen d’expression encore peu connu dans ce pays, et que les principaux street artistes se basent largement sur ce qui se fait en Occident. Mais au cours de notre voyage, nous avons rencontré beaucoup d’artistes engagés à la fois dans le message qu’ils diffusent et dans l’esthétique de leur travail. Je suis persuadé qu’ils vont peu à peu trouver leurs marques et réussir à faire du street-art « à la russe ».

Nicolas : Je dirais simplement qu’il y a peu de street art en Russie – mais en réalité, comme partout ailleurs. Pour moi, le street art doit rester illégal, vandale. Que ce soit beau ou laid, ça doit porter un message, et pas forcément politique. Les gens confondent trop souvent le street art avec le muralisme, qui se résume généralement à des œuvres commandées, légales et payées.

LCDR : Est-ce à dire qu’il n’y a toujours pas de « style russe » ?

Vasco : Comme je l’ai dit, le style russe est encore peu présent dans les productions actuelles, même si on voit de nombreux artistes utiliser le cyrillique ou d’autres codes qui font référence à leur culture.

Nicolas : Seuls certains « muralistes » russes, tels Vitae Viazi ou Mednoy, essaient de conserver une touche russe, en utilisant le cyrillique, par exemple, ou en puisant dans la tradition de l’art monumental russe.

LCDR : En quoi un graffeur russe est-il différent d’un graffeur français ou européen ?

Nicolas : La plupart des graffeurs se ressemblent. Qu’ils soient russes, chinois, français ou américains, ils font pratiquement tous la même chose.

Vasco : Le message est souvent le même. Simplement, en Russie, les sanctions sont plus sévères.

LCDR : Qu’est ce que vous avez aimé en Russie ?

Vasco : La curiosité des gens ! À Ekaterinbourg, on avait l’impression d’être des extra-terrestres (sourire).

Nicolas : Le style russe et ses dix ans de retard : comme les survêtements Adidas qui sont toujours à la mode. Les filles sont magnifiques. La bière est fraîche. Les gens sont sympas et prendre le taxi est marrant.

LCDR : Qu’est-ce qui vous a déplu ?

Vasco : Pas grand-chose, à part l’abus d’alcool chez certains… On a notamment partagé un wagon de train pendant 34 heures avec un gros buveur, qui nous a contraints à boire non-stop pour ne pas le vexer : dès 8 heures du matin !

Nicolas : Acheter un billet de train. Si tu n’es pas accompagné par un Russe, je crois que c’est juste impossible. Les Russes sont aussi un tantinet hostiles aux étrangers.

Red VaporzVasco Lopez, 25 ans, a travaillé pour des studios de production publicitaire à Paris. Il réalise des clips musicaux et est actuellement photographe à Ekaterinbourg.
red zerodolsred zerodolsNicolas Delpeyrou, 29 ans, alias Zérodols, est réalisateur de vidéos en tous genres depuis quatre ans. Indépendant, c’est une figure majeure de la scène créative toulousaine.