Le Courrier de Russie

D’un jour à l’autre : un peu d’« amer » pour une vie « sucrée »

Vous pouvez me féliciter : mon frère aîné s’est marié !

Je n’ai jamais vraiment rêvé d’un grand mariage, comme toutes les autres filles : une robe de princesse, des roses couleur ivoire, un baiser ardent…  Par contre,  je me suis toujours imaginée faire la fête jusqu’au bout de la nuit pour mon frère qui a enfin osé passer la bague au doigt d’une femme. Surtout que, par un hasard providentiel, son choix s’est tourné vers ma meilleure amie. Depuis lors, je me considère modestement comme la personne principale de leur vie : j’ai ainsi accepté d’être le témoin du mariage.

Etre témoin en Russie n’est pas seulement un honneur…c’est aussi un lourd fardeau ! Peu de gens auraient pu supporter les crises de nerfs  des deux femmes les plus concernées par l’évènement : la fiancée et, bien sûr, sa future belle-mère, c’est à dire ma mère. Jouer le rôle de tampon entre deux femmes hystériques qui ne sont absolument pas d’accord sur les détails de la fête, ça a son importance, et entraîne une troisième crise de nerf : la mienne. Le retour de mon frère des Etats-Unis seulement trois jours avant la cérémonie n’a évidemment pas facilité la tâche…

La veille du mariage, je me suis rendue chez ma future belle-soeur  afin que l’on se relaxe en buvant du vin et afin de préparer sa « vente ». En Russie, la tradition est en effet de « vendre » la fiancée à son futur mari, le but étant de vérifier s’il la mérite. Jusqu’à trois heures du matin, nous avons donc concocté un tas de défis amusants pour mon frère : une « danse de l’amour » , des questions difficiles sur sa moitié, etc. Si celui-ci échoue, il doit « payer » en bonbons et bouteilles de champagne pour espérer reconquérir sa femme.

A ma grande surprise, mon frère n’a fait pratiquement aucune erreur et a obéi à tout : je ne me retrouve donc qu’avec une seule bouteille de Sovyetskoïe champanskoïe [Champagne russe, ndlr] et trois tablettes de chocolat. Soit, j’abdique et laisse le futur marié voir sa fiancée. Les amis applaudissent et nous nous hâtons vers l’autel où, après le discours du fonctionnaire et le baiser des jeunes mariés, je deviens la belle-soeur  de ma meilleure amie.

Enfin, tous montent en  voiture et accompagnent la famille pour leur première promenade. Selon la coutume, nous allons dans des lieux qui nous sont chers. Nous nous sommes donc promenés dans le parc du monastère Novodievitchi  – favori de la mariée – et près de l’Université de Moscou – la faculté où a étudié l’époux. Les nouveaux-mariés se prennent en photo et les autres boivent pour ne pas mourir de froid : il fait onze degrès seulement.

Quand on est bien « réchauffés » on reprend les voitures et on rejoint le restaurant où les parents attendent leurs enfants pour qu’ils s’unissent autour d’un karavaï [pain russe, ndlr]. Les jeunes mordent dedans : celui qui prend le pus gros morceau sera désigné comme chef de famille. C’est la femme qui gagne : comme toujours en Russie. Les parents bénissent les jeunes, et nous passons à table. Elle est abondante, couverte de plats et d’alcool. Les gens lèvent les verres et crient « Gorko ! »[amer, ndlr]. Les amoureux, eux, ne cessent de s’embrasser pour prouver qu’au contraire leur vie à deux est très « sucrée » désormais. La vodka coule à flots. Les chansons russes résonnent jusque chez les voisins et tout le monde danse. Les noces durent toute la nuit…

Pour vous mettre dans l’ambiance d’un mariage russe, écoutez cette chanson incontournable de la cérémonie :

https://statics.lecourrierderussie.com/wp-content/uploads/2011/09/f667bfec82e9.mp3