Le Courrier de Russie

Belle nuit, ô nuit d’amour

Le 23 février, Journée des défenseurs de la patrie, était férié cette année non seulement pour toute la Russie, mais aussi – fait notoire – pour les collaborateurs du journal. C’est que d’habitude, chez nous, les fêtes riment plutôt avec bouclage. Afin de marquer le coup, nous nous sommes retrouvés chez le directeur général qui -sans nul doute jaloux de la réputation des soirées organisées chez moi- avait décidé d’inviter toute l’équipe.

Bien avant la réunion, le DG a ordonné que chacun prépare une intervention musicale. Et on ne dit pas non au patron – surtout quand il possède un piano. Olga -qui a déjà un, voire deux albums de ses propres enregistrements- était tranquille ; mais moi, j’ai dû étudier une romance de Glinka accompagnée du poème de Pouchkine Mon sang brûle de désir : c’est ce que j’avais trouvé de plus facile. Thomas a apporté son violoncelle et la Suite N°1 sol majeur de Bach.

Tête de violoncelle, Susanne Clark

Une fois digérés le foie gras et le fromage qui pue, nous nous sommes mis à user les tympans des voisins de Jean-Félix. Et l’intervention unique n’ayant suffi, bien entendu, à aucun d’entre nous, nous nous sommes lancés dans les improvisations. Thomas et moi avons particulièrement brillé dans nos duos : Habanera de Carmen, Belle nuit d’Offenbach et La vie en rose (il jouait en français et moi, je chantais en russe : tout à fait ce qu’il fallait pour endormir la petite dernière du directeur). On a fini, comme toujours, avec La Marseillaise – en passant par des airs russes traditionnels comme Katioucha et Podmoskovnye vetchera.

Olga a fait tout un concert de ses chansons, composées en russe et en français. Malheureusement il fallait bosser le lendemain, et on n’a pas eu le temps d’écouter le répertoire en entier. Bref, on l’a obligée à enregistrer un disque pour la fête d’été.

Le lendemain, vendredi dernier, était jour de parution du journal, mais aussi du supplément sur les finances et la comptabilité. Personnellement, j’ai trouvé les sujets de cette édition aussi passionnants que son rédacteur en chef, Benjamin Hutter. Si vous possédez une affaire en Russie, notre supplément vous paraîtra indispensable pour vous mettre au parfum des dernières avancées dans le domaine des finances – sans parler des conseils pour s’en sortir dans les relations avec le Fisc.

Le journal lui-même, numéro 206, a quant à lui un titre tout à fait effrayant : L’axe du mal russe. Chacun des journalistes a choisi un dictateur et un pays afin d’expliquer aux lecteurs pourquoi les Russes font ami-ami avec les « méchants ». À côté de tous ces papiers sur l’Iran, la Syrie, le Venezuela, la Chine ou encore le marché de l’armement, je recommande encore la rubrique Éminence et son portrait du célèbre clown russe Slava Polounine.

Bonne lecture !