Le Courrier de Russie

Remise des Prix 2015 du Courrier de Russie

Édouard Limonov recevant le Prix du meilleur romancier

Le 27 mars 2015, le Centre du cinéma documentaire de Moscou a accueilli la première cérémonie de remise des Prix du Courrier de Russie. Cinq personnalités russes et françaises ont été distinguées pour avoir « fait montre de courage et d’indépendance d’esprit dans l’exercice de leur art ».

Après un cocktail de bienvenue dans le hall de réception du Centre du cinéma documentaire de Moscou, la centaine d’invités a rejoint la salle de projection pour assister à la cérémonie de remise des Prix du Courrier de Russie 2015, présentée par le directeur Jean-Félix de la Ville Baugé et sa resplendissante rédactrice en chef adjointe, Vera Gaufman.

Edouard Limonov, Zakhar Prilepine et Alexeï Ivanov, pour l’ensemble de leur œuvre, étaient en lice pour le « Prix du meilleur romancier ». Ironie du sort, c’est Edouard Limonov, lui qui avait déclaré en mai 2013 dans une interview au Courrier de Russie « Je déteste les romans », qui a été distingué, notamment pour ses livres Journal d’un raté (1982), Le poète préfère les grands nègres (1979) et Mes Prisons (2004). L’écrivain russe a remercié le journal, se déclarant heureux d’avoir été primé par un organe de presse jouissant, comme lui, d’une « totale indépendance ». Avec leur trophée, les lauréats se sont vus offrir le livre Il est des Russes, paru aux Éditions du Courrier de Russie en 2013. Limonov, toujours plein d’humour, n’a pas manqué de préciser qu’il « détest[ait] les Russes » – autant que les romans.

Les applaudissements ont laissé place à la projection d’un clip vidéo, dans lequel des Moscovites lisent Le Courrier de Russie dans un français enthousiaste et sans complexe. La cérémonie s’est poursuivie avec le « Prix du meilleur essayiste », remporté par Dmitri Olchanski, préféré à Tatiana Tolstaïa et Boris Kagarlitski. Les publications du polémiste constituent en effet pour la rédaction du Courrier de Russie « une source d’inspiration capitale pour expliquer aux étrangers cette Russie que l’on aime et qu’il est si difficile d’apprécier ». Après avoir précisé que sa réputation d’écrivain « sombre et lugubre » n’était plus exactement d’actualité, Dmitri Olchanski a exprimé sa joie de se voir récompensé aux côtés d’Edouard Limonov, dont il a tenu à rappeler l’influence sur sa génération.

La soirée a continué avec le « Prix du meilleur journaliste », pour lequel les sélectionnés étaient Vitaly Leïbine, Dmitri Sokolov-Mitritch et Marina Akhmedova. La rédaction du Courrier de Russie a voulu récompenser le difficile travail d’objectivité que requiert l’écrit journalistique en primant Marina Akhmedova, notamment pour ses investigations dans le Donbass. La lauréate a fait sensation en invitant sur scène son amie Irina Verechtchouk, ancienne maire de Rawa Ruska, en Ukraine occidentale. Marina Akhmedova a expliqué que chaque fois qu’elle écrivait un article, elle avait conscience que son amie ukrainienne le lirait, ce qui renforce encore le souci d’objectivité qui doit conduire son travail dans le Donbass. La journaliste s’est en outre déclarée « agréablement surprise » de se savoir lue par des francophones. Elle a remercié Le Courrier de Russie pour la traduction et la diffusion de ses articles.

Valeria Gaï Guermanica, Timofeï Kouliabine et Alexandre Veledinski s’affrontaient pour le « Prix du meilleur metteur en scène ». Les spectateurs ont eu le plaisir de visionner un extrait du film Le Géographe a bu son globe, signifiant la victoire de Veledinski. Cette adaptation du roman éponyme d’Alexeï Ivanov a été qualifiée d’« un des événements cinématographiques russes les plus rafraîchissants des dernières années ». L’artiste, originaire de Nijni-Novgorod, a également tenu à rendre hommage à Édouard Limonov, rappelant qu’il avait aussi réalisé en 2004 le film Russe, mettant en scène des épisodes de la jeunesse de l’écrivain controversé.

Elisabeth Glinka et Xavier Emmanuelli, enfin, étaient sélectionnés dans la catégorie « Prix de l’humanitaire ». Le prix a été remis par Irène Zaïontchec au médecin français, fondateur de Médecins Sans Frontières (1971) et initiateur du Samu Social, une méthode qui a été développée depuis 1993 à Paris puis exportée à l’étranger, notamment à Moscou.
Visiblement ému, Xavier Emmanuelli a ponctué la cérémonie par une analyse lucide du monde où nous vivons : « C’est un moment exceptionnel de l’histoire commune de nos pays. Nous nous trouvons dans une période « océanique », dans laquelle la conscience de la perte de nos traditions et de nos ancrages nous précipite au cœur d’une sorte de lutte pathétique pour conserver notre identité : c’est de là que viennent nos problèmes. »