Le Courrier de Russie

La crise ? Même pas peur !

Ilya Beshveli

En temps de crise, habituellement, les entreprises font des coupes budgétaires, réduisent leur personnel et tirent un trait pour des mois – voire des années – sur tout ce qui est amusant, divertissant et événementiel. Pourtant, au Courrier de Russie, nous avons choisi tout l’inverse. On a décidé de faire la fête tant qu’on peut la faire – même s’il fait moins 15° dehors et que le fromage français doit être remplacé par celui de Krasnodar.

Il nous a fallu du temps pour trouver le lieu de notre fête d’hiver. Les clubs : déjà vu, les restaurants : déjà fermés… les hôtels particuliers ? Bingo ! Nous avons déniché un très beau bâtiment du XVIIIè, qui recélait évidemment son histoire d’amour. Mon article devant occuper une page entière, j’ai le temps de vous la raconter.

Imaginez : nous sommes dans la Russie de la fin du XVIIIè siècle. Le règne de Catherine II touche à sa fin, la cour passe tout son temps à danser à Saint-Pétersbourg et Moscou n’est plus qu’une petite ville provinciale (pour une fois !). Un lieu idéal pour prendre sa retraite, en quelque sorte. C’est du moins l’avis d’Ivan Barychnikov, marchand, collectionneur, mécène et célibataire des plus convoités. La quarantaine passée (soit un vieillard, dans la perception de l’époque), il rencontre soudain l’amour de sa vie : Elisaveta Yakovlev, fille d’un marchand moscovite. Mais la future Madame Barychnikov n’a que 16 ans. Le « vieillard », tout en faisant la cour à la jeune femme, ne trouve pas le courage de demander sa main.

Heureusement, Elisaveta, assez insolente pour une jeune fille, précipite quelque peu les choses. Lors d’une des visites du « vieux monsieur » à sa demeure, elle l’invite à s’approcher d’un miroir et lui demande ce qu’il pense de son apparence. Désemparé, le pauvre retraité baragouine quelque chose à propos de son âge avancé. Ce à quoi la jeune femme répond : « À mon goût, vous êtes très bien ! ». Le marchand n’hésite plus et la demande en mariage – une union dont ont résulté 13 enfants, et que l’on peut donc présumer heureuse. Et qu’offre-t-on à son épouse bien aimée ? Une maison de campagne, bien sûr !

C’est donc dans cette maison de campagne – dans la salle la plus somptueuse, dite « ronde » – que nous avons accueilli les invités de la fête d’hiver de notre journal. Dans la tradition de nos récitals, nous avons invité le compositeur Ilya Beshevli. Âgé de 23 ans seulement, ce Sibérien a été découvert par nos journalistes et directement promu à la rubrique « Éminence ». Et, alors qu’il voyage à travers toute la Russie pour ses tournées, il a tout de même réussi à trouver le temps d’offrir un concert entier aux proches du journal. Pour ma part, j’ai chanté du Rachmaninov, accompagnée par ma collègue Tatiana Chveïkina, pour chauffer la salle avant l’arrivée du pianiste. Je ne peux décemment pas faire ici mon propre éloge, mais je constate en tout cas qu’après la fête, nous avons eu un piano à la rédaction.

Il va sans dire que notre festin n’aurait pu avoir lieu sans nos amis et nos sponsors. La rédaction remercie Yves Rocher, notre sponsor officiel, ainsi que Safran. Les délicieux repas et desserts nous ont été fournis par Prosto Catering, Maison Dellos et Le bon goût. Et les marrons grillés en guise de cadeaux de départ, par Mademoiselle Kashtan.

Nous réfléchissons déjà à la prochaine fête d’été (les idées bouillonnent : préparez-vous !). Mais si votre cher Courrier de Russie vous manque en attendant, n’hésitez pas à venir assister, tous les premiers mardis du mois, à nos conférences. À très vite !