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Blanc : le sang de la patrie

Blanc
Le sang de la patrie

L'Altaï. Photo : Anton Strogonoff

De tous temps, les couleurs préférées des Slaves de l’Est ont été le blanc et le rouge. Avec le noir, évoqué la semaine dernière, elles forment la triade traditionnelle que l’on retrouve dans les contes.

Ainsi quand Vassilissa la Très-Belle demande à la sorcière Baba-Yaga :

« En venant chez toi, j’ai croisé un cavalier blanc sur un cheval blanc. Qui est-ce ?

‒ C’est mon jour clair, répondit Baba-Yaga.

‒ Puis j’ai vu un cavalier rouge sur un cheval rouge…

‒ C’est mon soleil ardent.

‒ Enfin j’ai vu un cavalier noir sur un cheval noir…

‒ C’est ma sombre nuit. Tous trois sont mes serviteurs fidèles ! »

Le blanc est avant tout, en Russie, le symbole de la lumière. Or la lumière est associée à la divinité et à la sainteté. Ainsi les Justes et les Anges sont-ils représentés vêtus de blanc sur les icônes. Cette couleur est, dans la tradition populaire, aussi étroitement associée au bien et à la vie, que le noir l’est au mal et à la mort. Le mot russe sviet a deux sens, indissolublement liés : « la lumière » et « le monde ». Et lorsqu’on parle de biély sviet, littéralement le « monde blanc », il s’agit du monde éclairé par la lumière divine, à peu près ce qu’on appelle en français le « monde du Bon Dieu ». La formule quasi rituelle : Nié vidat iémou bielogo svieta, « Il ne verra plus le monde blanc », signifie que la personne dont il est question a rendu l’âme.

Le dictionnaire de Vladimir Dahl, qui date du XIXe siècle et reste à ce jour une mine, notamment pour les régionalismes et les expressions populaires, précise dans la définition de l’adjectif qui nous intéresse : « Le peuple qualifie de blancs sa foi, le tsar et la patrie ». Pour la foi orthodoxe, c’est une évidence : que pourrait-il exister de plus saint ? En témoigne la blancheur de nombreuses églises. Pour le tsar aussi, celui-ci étant le chef de l’Église et « l’oint du Seigneur » ‒ tsar de droit divin. Quant à la patrie, cela ne se discute pas : elle est la terre des pères, la terre orthodoxe.

Sous quelles couleurs la même tradition populaire voit-elle les deux capitales rivales de l’Empire de Russie ? Saint-Pétersbourg est toute de noir, de sombre, de brumeux – une idée bien ancrée, que vont conforter nombre d’écrivains aux XIXe et XXe siècles, parmi lesquels Pouchkine, Gogol, Dostoïevski, Pilniak… Cette vision remonte à la création même de la ville, au début du XVIIIe siècle : la construction fut cause de nombreuses morts – des paysans amenés de force de toute la Russie par le tsar Pierre le Grand, considéré, au demeurant, comme l’Antéchrist par une partie de la population. Moscou, en revanche, très colorée, où le blanc le dispute au rouge, est la ville sainte, où tous les tsars se font couronner, y compris quand Saint-Pétersbourg est devenue la capitale. Pour compenser, il est vrai, Saint-Pétersbourg a ses « nuits blanches », mais en hiver l’obscurité y tombe à trois heures de l’après-midi.

En 1847, dans un article intitulé : Quelques mots de Saint-Pétersbourg et Moscou, Nikolaï Melgounov écrit à propos de la seconde : « Notre bonne Moscou est aujourd’hui la mère et l’antique fiancée du peuple russe ».

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