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Confinement : la culture à portée de clic

Confinement : la culture
à portée de clic

Dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, la semaine du 30 mars au 5 avril sera chômée en Russie. Fermés depuis une semaine, musées et théâtres multiplient les initiatives numériques pour faire patienter la population, dont le confinement ne fait que commencer.

Première possibilité de (re-)découvrir les chefs d’œuvre de l’art mondial depuis son salon : les visites virtuelles des musées, maisons d’artistes et monastères, toutes recensées sur le portail Culture.ru, édité par le ministère de la Culture. Le portail Musoccor (Musée de culture contemporaine russe – Centre unifié de culture digitale) sélectionne, de son côté, « les meilleurs expositions et musées virtuels » de Russie, classés par lieux ou par thèmes.

Mention spéciale, pour les amateurs de peinture historique, au musée de la bataille de Borodino. Celui de l’Ermitage (Saint-Pétersbourg) a également publié sur Youtube, au début de mars, une « visite filmée » d’un nouveau genre : fruit d’une collaboration avec Apple, il s’agit d’une promenade vidéo de plus de cinq heures à travers les galeries du musée, tournée en une prise sur un Iphone, mise en musique et entrecoupée de performances artistiques.

Garazh.Autoisolement invite à réfléchir au rôle du musée comme laboratoire de création et plus seulement comme lieu d’exposition.

Le confinement redonne aussi toute son actualité au projet My v muzeï (« Nous sommes au musée »), conçu il y a deux ans par le réseau social Odnoklassniki. Le site propose des visites de musées, guidées par la voix de célébrités  : le chanteur du groupe Leningrad, Sergueï Chnourov, la ballerine Ilze Liepa, le rappeur Basta ou encore la présentatrice de télévision Ksenia Sobtchak

En outre, certains établissements profitent des circonstances pour se distinguer. C’est le cas du centre d’art contemporain Garazh, un des premiers à avoir fermé ses portes pour lutter contre l’épidémie. Le « projet expérimental » Garazh.Autoisolement invite à « réfléchir, à l’ère du numérique, au rôle du musée comme laboratoire de création, et plus seulement comme lieu d’exposition et de visite ». Garazh promet « des matériaux étranges, de nouveaux formats, des retransmissions de tout ce que l’on peut imaginer et des projets spéciaux d’artistes »…

Le musée de l’Ermitage ouvre ses portes numériques aux internautes du monde entier. Photo : Youtube

Côté innovation, à noter la « galerie d’art » du moteur de recherche Yandex, qui réunit des « tableaux virtuels » entièrement créés par l’intelligence artificielle. Le « commissaire » des expositions, renouvelées chaque semaine, est aussi un système informatique… Dès leur publication sur le site, la galerie permet aux internautes d’acquérir (gratuitement) les « toiles ». Une seule condition : être rapide ! Un « original » ne peut en effet être « donné » qu’à une seule personne. Une fois passée en collection privée, la toile n’est plus disponible, pour les autres visiteurs, que sous la forme d’une « reproduction », plus petite…

Livres, films et documentaires

Autre incontournable de l’évasion mentale : la lecture. Quatre plates-formes de livres électroniques ou audio (Litres, Alpina, Bookmate et Mybook) ont déjà mis gratuitement à disposition des internautes tout ou partie de leurs collections, depuis les classiques russes et étrangers jusqu’aux ouvrages de « développement personnel », en passant par les grands noms du fantastique ou du polar. Code promo : STAYHOME…

Parmi les projets littéraires les plus originaux, signalons Skazki na domou (« Des contes à la maison »), qui propose, sur Instagram, plusieurs lectures par jour, par des acteurs et comédiens célèbres, des plus grands contes et récits de la littérature jeunesse mondiale.

Le portail Arzamas.Academy – véritable mine de documentaires, de podcasts et de conférences sur l’art, la littérature et les sciences humaines – a ouvert une parenthèse gratuite en ces temps troublés. Mot de passe : KARANTIN.

Fermées jusqu’à nouvel ordre, la plupart des grandes salles de concert, d’opéra et de ballet mettent en ligne leurs captations sans public.

Qui dit canapé, dit aussi cinéma, et les géants du streaming ne sont pas en reste ! Si l’immense majorité des classiques du cinéma russe et soviétique est déjà disponible sur Youtube, notamment via les archives des studios Mosfilm, les plus grands sites russes de films et séries en ligne – Okko, Premier, Ivi, Kinopoïsk et More.tv – ont lancé des promotions spéciales « antivirus ». Les uns offrent quatorze jours gratuits, les autres un mois d’abonnement pour un rouble symbolique. La plate-forme de documentaires Nonfiction.film a opté pour dix jours d’accès gratuit. Le portail Culture.ru offre un catalogue très complet de films russes et étrangers, ainsi que des archives de captations de pièces de théâtre.

Opération Y et autres aventures de Chourik, 1965, un classique du cinéma soviétique à revoir sur YouTube. Photo : Mosfilm

Pour s’y retrouver et aider les spectateurs à faire leur choix, les revues culturelles branchées, comme Afisha ou Meduza, proposent désormais chaque semaine des sélections thématiques du type « L’histoire du cinéma mondial en dix films cultes » ou « Les plus beaux films de l’histoire du documentaire sur la nature sauvage »…

Concerts en direct

Fermées jusqu’à nouvel ordre, la plupart des grandes salles de concert, d’opéra et de ballet mettent en ligne leurs captations sans public. Sur sa chaîne internet, Mariinsky.tv, le théâtre pétersbourgeois Mariinsky publie ses archives et donne rendez-vous au public, à des horaires précis, pour visionner les spectacles de la saison. Le Conservatoire de Moscou a inauguré, par un concert du pianiste Denis Matsouïev suivi par 1,5 million de personnes, sa « Saison à la maison ». Un format également adopté par la salle de concert moscovite Zaryadie, inaugurée à la fin de 2018.

De nombreux théâtres russes s’adaptent à la situation exceptionnelle. Certains proposent des spectacles en ligne « classiques » : tantôt gratuits, à l’image du Théâtre Alexandrinsky de Saint-Pétersbourg  (via une application), ou de l’Électrothéâtre Stanislavski de Moscou (via la page du théâtre sur le réseau social Vkontakte) ; tantôt payants, comme une autre salle moscovite, le Théâtre sur la Taganka.

Le 20 mars dernier, le concert donné gratuitement par le groupe de rock Bi-2 et diffusé sur la plate-forme Okko, a réuni 2,5 millions de spectateurs.

D’autres lieux innovent avec des « formats quarantaine » mêlant archives, conférences, interviews filmées, concerts et performances en direct… C’est le cas des organisateurs du festival de ballet Dance Open, qui reportent les spectacles mais annoncent un « ballet-marathon online ». Le Théâtre académique de Perm (Oural) a annoncé le prochain lancement d’un programme inédit intitulé « Livraison à domicile » , et le centre culturel Gogol, dirigé par Kirill Serebrennikov, passe lui aussi en ligne avec « Gogol online ».

Par ailleurs, le festival des Saisons russes 2020, organisé par le ministère russe de la Culture en France, en Belgique et au Luxembourg, et qui prévoyait près de 500 spectacles et concerts d’artistes et collectifs russes, diffusera aussi des représentations sur internet.

Le 20 mars, Odnoklassniki a organisé, via son application mobile, Ok Live, son premier « concert live en ligne ». Sur le même modèle, le réseau social Vkontakte propose un programme de concerts en direct, baptisé « Musique à la maison », enregistrés dans les studios de Novoïé Radio et suivis d’une séance d’échanges avec les artistes. Un format qui a visiblement de beaux jours devant lui : le 20 mars dernier, le concert donné gratuitement par le groupe de rock Bi-2 et diffusé sur la plate-forme Okko, a réuni 2,5 millions de spectateurs.

Bi-2 en live et en ligne, le 20 mars 2020. Photo : okko

D’autres plates-formes font payer les concerts, mais les sommes restent modiques : sur StayStay, l’accès au direct coûte 200 roubles (2,50 euros). Le 25 mars, les organisateurs du festival Bol ont enregistré, au club moscovite 16 Tonn, un marathon de douze heures de musique en streaming intitulé Karantin.Bol. Le prix du ticket d’entrée virtuel était laissé à la discrétion des auditeurs (à partir de 100 roubles). Même format pour le Teleclub, à Ekaterinbourg, qui annonce un festival en ligne, au bénéfice des musiciens, pour le 3 avril.

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Julia Breen