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Proxima, le film qui n’évite pas les clichés sur la Russie

Proxima, le film qui n'évite pas les clichés sur la Russie

Sorti en Russie le 16 janvier 2020, Proxima, réalisé par la Française Alice Winocour, raconte l’histoire d’une astronaute envoyée à la Cité des étoiles, près de Moscou, pour s’entraîner avant son vol vers Mars.

Dans ce troisième long métrage signé Alice Winocour, Eva Green incarne un rôle très différent des personnages semi-démoniaques qu’elle a pu jouer dans des films comme Sin City 2 et Miss Peregrine et les Enfants particuliers, ou encore dans la série Penny Dreadful.

Sarah, l’astronaute qu’elle interprète, doit se faire une place dans un milieu presque exclusivement masculin et rivaliser avec ses collègues lors d’entraînements intensifs, tout en s’occupant de sa fille, Stella. La caméra explore le conflit émotionnel entre la mère et la fille sans toutefois en faire une idée fixe.

Proxima n’est pas un énième mélodrame féministe, c’est aussi le regard curieux d’une réalisatrice occidentale sur la réalité russe.

Cette opposition connaît d’ailleurs un dénouement heureux : à la fin du film, Stella observe avec fierté les derniers préparatifs avant le décollage de la fusée qui emporte sa mère. « Ce regard approbateur a beaucoup plus de sens que la bénédiction de l’appareil par le patriarche, souligne le critique Denis Vilenkine dans Forbes Russia. Vient ensuite une scène encore plus essentielle : alors que la fillette quitte le cosmodrome en voiture avec son père, elle aperçoit par la vitre un groupe de chevaux près de la route. Au sein du troupeau, elle repère une jument et son poulain, dans lesquels elle se reconnaît avec sa mère. »

Nous approchons ici du plus intéressant : Proxima n’est pas un énième mélodrame féministe, c’est aussi le regard curieux d’une réalisatrice occidentale sur la réalité russe.

Clichés et silences gênants

La scène finale – le décollage de la fusée – a été tournée au cosmodrome de Baïkonour, au Kazakhstan. Si les chevaux galopant à travers la steppe font partie du paysage local, on peut également y voir un hommage au réalisateur soviétique Andreï Tarkovski, qui aimait filmer ces animaux, par exemple dans Andreï Roublev et dans Solaris.

D’autres clichés un peu attendus font sourire le spectateur russe. On s’amuse ainsi à voir une petite grand-mère accueillir l’héroïne à son arrivée dans un village russe en s’empressant de lui montrer un portrait de la cosmonaute soviétique Valentina Terechkova – la première femme à avoir effectué un vol dans l’espace, en 1963 – et en lui proposant une pomme de son jardin. Plus tard, lors de sa première apparition, le cosmonaute russe Anton Otchevski (joué par Alexeï Fateïev) approche de ses collègues étrangers, une bouteille de vodka à la main…

Valentina Terechkova. Photo : culture.ru

Le manque de naturel des échanges entre les personnages est d’ailleurs évident. Sans doute la faute à la barrière linguistique entre les acteurs de nationalités différentes. Alexeï Fateïev – qui ne parle ni anglais ni français – confie que les pauses entre les prises étaient « pleines de silences gênés ».

Invraisemblances récurrentes

De manière générale, le cosmonaute Sergueï Krikalev, qui dirige le programme des vols orbitaux de l’agence spatiale russe (Roscosmos), regrette l’absence de réalisme des films consacrés à l’espace. « Pour moi, Apollo 13 est le plus proche de la réalité, confie-t-il. Il montre de façon détaillée et fidèle le travail des astronautes en vol et en cas d’accident. »

Malgré un tournage à la Cité des étoiles, Proxima déçoit les spécialistes.

C’est pour remédier à ce manque récurrent d’authenticité que l’agence spatiale russe, Roscosmos, a autorisé le tournage à la Cité des étoiles, où se déroule la dernière étape de l’entraînement des astronautes russes et étrangers décollant à bord des vaisseaux Soïouz depuis le cosmodrome de Baïkonour. Malgré ce décor « naturel » et les conseils des spécialistes présents sur place, Proxima déçoit.

Un ingénieur de l’agence spatiale explique ainsi que la scène où Sarah s’enfuit du centre de Baïkonour, la nuit précédant le décollage, pour montrer le vaisseau spatial à sa fille, est absolument invraisemblable : « Premièrement, un cosmonaute ne peut pas quitter sa chambre sans être accompagné. Deuxièmement, une centaine de kilomètres sépare la base du lanceur. »

Un lanceur trop facile d’accès…Photo : cinemaholics

D’autres incongruités étonnent le spectateur russe. Ainsi de la scène où Sarah cherche un jouet pour sa fille dans le supermarché Piaterotchka de la Cité des étoiles : la présence d’un rayon jouets dans ce magasin discount est en soi une sensation ! Pour l’anecdote, en mai 2018, pendant le tournage, le « supermarché des étoiles » a connu son heure de gloire sur Instagram, où les clients chanceux publiaient leurs selfies avec Eva Green et Matt Dillon.