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Le retour des « Saisons russes » à Paris

Le retour des « Saisons russes » à Paris

Il y a un siècle, Serge de Diaghilev éblouissait le Tout-Paris avec ses « Saisons russes ». En 2020, le ministère russe de la Culture a décidé de présenter en France près de quatre cents spectacles, concerts et expositions. L’inauguration de ces nouvelles « Saisons russes » a eu lieu en janvier avec la pièce de Tchekhov Oncle Vania, mise en scène par le Français Stéphane Braunschweig au théâtre de l’Odéon. Le Courrier de Russie s’est entretenu avec l’acteur et directeur du Théâtre des Nations de Moscou, Evgueni Mironov, qui y tient le premier rôle.

Qu’est-ce qui fait pour vous la spécificité de Tchekhov ?

Evgueni Mironov : J’ai lu quelque part que son écriture se caractérisait par l’absence de généralisations, de message univoque, de morale cachée. On dit que Tchekhov lui-même y tenait particulièrement et que c’est la raison pour laquelle il préférait au roman, forme nécessairement achevée, les récits courts et les pièces – que chaque metteur en scène investit à sa façon. Selon moi, c’est lié au fait que Tchekhov n’était pas croyant ; il n’y a pas, chez lui, la verticalité spirituelle particulière qui sous-tend l’écriture de Dostoïevski, par exemple. Toute l’action des pièces de Tchekhov est plus horizontale, terrestre. Il souffrait d’ailleurs de ce manque…

Je rappellerai aussi qu’il était médecin. Tchekhov dissèque les êtres sans complaisance, avec cynisme. C’est là que réside son génie. Personne n’a décrit avec un tel brio la vie insignifiante des gens de talent. Tchekhov porte une attention extrême aux détails et, à partir de ces détails, il décrit les personnes et les situations avec une précision incroyable.

L’interprétation de cet auteur varie-t-elle d’un pays à l’autre ?

E. M. : Il n’y a pas une interprétation unique de Tchekhov. Ni en Russie, ni en France, ni nulle part ailleurs ; et c’est ce qui pousse tant de metteurs en scène à le monter encore et encore, chacun à sa façon. Ma rencontre avec Stéphane Braunschweig a été précieuse parce qu’il n’avait pas d’idée préconçue. Dès le départ, il nous a prévenus qu’il voulait n’être qu’un intermédiaire, accompagnant l’auteur et le texte.

Evgueni Mironov. Photo : vk.ru

Cela n’a pas été sans mal. Nous autres, Russes, avons dû déployer des efforts considérables pour oublier ce que nous avions appris, ce que l’on nous avait si souvent répété, pour renoncer à chercher à comprendre – et à jouer – les sous-entendus, le sens caché. Stéphane nous a rappelé que Tchekhov pouvait réfléchir un temps fou à la place d’une virgule ou de points de suspension.

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Propos recueillis par Vera Medvedeva