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Les ponts de l’imaginaire russe

Les ponts de l'imaginaire russe

En 1945, le Yougoslave Ivo Andrić, prix Nobel de littérature 1961, publie un roman intitulé Le Pont sur la Drina*. Prenant comme argument le pont construit en 1571, dans la petite ville de Višegrad, sur l’ordre du vizir turc Mehmed pacha Sokolović, l’écrivain retrace l’histoire de ce lieu au carrefour de la Bosnie, du Sandjak et de la Serbie. Le pont a vocation à rapprocher les habitants de la ville, qui s’y rencontrent pour discuter, boire, fumer. Il permet aussi des liens entre les différentes régions et leurs populations. Bref, il est un élément et un symbole de paix. Jusqu’au jour où la Première Guerre mondiale emporte le pont sur la Drina… 

Ivo Andrić devant "le Pont sur la Drina". Photo : pastvu.com

La Russie, aujourd’hui, construit des ponts. Plusieurs – d’importance – ont été réalisés durant la décennie en cours, l’un – et non des moindres – à grands frais et en un temps record, reliant la péninsule de Crimée à la Russie, à travers le détroit de Kertch. Chacun se rappelle son inauguration par Vladimir Poutine en personne, au volant d’un camion Kamaz. Gage de paix, le pont de Crimée ? Voire. Certainement pas du point de vue ukrainien. Du moins les Russes, actuellement, n’érigent-ils pas de murs. 

Le pont Kokouchkine 

« La littérature jette des ponts entre les peuples » – tel est, ces dernières années, le principal slogan des organisations et autres festivals littéraires en Russie. La formule n’est pas d’une originalité folle, mais après tout, elle ne fait de mal à personne. 

Néanmoins, dans la littérature russe elle-même (à l’exception de la poésie), les ponts ne sont pas très nombreux,

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14 août 2020