Mikhaïl Abramov, dernier voyage au paradis des icônes

À la fin du mois d’août, l’homme d’affaires Mikhaïl Abramov est décédé dans un accident d’hélicoptère à l’âge de 56 ans, alors qu’il se trouvait en vacances en Grèce. Enterré au cimetière Vagankovo, aux côtés du poète Sergueï Essenine et du chanteur Vladimir Vyssotski, Mikhaïl Abramov s’était fait connaître en ouvrant à Moscou, dans les années 2000, le Musée de l’icône russe.

Son fondateur n’est plus, mais le musée des icônes russes demeure. Au 3 rue Gontcharnaïa, près de la station de métro Taganskaïa, un bâtiment en brique et en verre, orné d’une fresque, abrite la magnifique collection rassemblée par Mikhaïl Abramov. Détail qui ne gâche rien : l’entrée est gratuite.

La découverte des icônes

L’icône comme œuvre d’art semble avoir été, de tout temps, partie intégrante de la culture russe. Elle figure en bonne place dans la série des stéréotypes qui viennent à l’esprit dès qu’il est question de la Russie, aux côtés du trio matriochka-balalaïka-vodka. Russie, se dit-on, égale caviar, Lénine, Poutine, spoutnik, Goulag… et icône. 

Il n’en a pas toujours été ainsi. Après la politique d’européanisation forcée du pays engagée par Pierre le Grand, les élites russes se détournent pour longtemps de leur propre héritage. Dès lors, tout ce que la Russie a su créer avant le règne du « Grand Transfigurateur » n’est plus, pour elles, que sauvagerie. 

Le musée des icônes russe à Moscou.

C’est Nikolaï Karamzine qui, au début du XIXe, éveille chez ses compatriotes instruits le désir de se tourner à nouveau vers leur histoire. Après la publication de son Histoire de l’État russe, l’engouement pour le passé de la Russie devient même une mode. Toutefois, personne ne songe réellement, avant le début du XXe siècle, à s’intéresser aux icônes, qui constituent sans doute la plus grande richesse de ce patrimoine antépétrovien : les églises en regorgent et l’on en trouve dans chaque foyer.

À cette ignorance, il est une raison simple, purement matérielle. Les icônes les plus anciennes étaient vernies et noircissaient en un siècle, au point que l’on ne distinguait presque plus rien de ce qui était peint sur le bois. On leur redonnait alors un « coup de jeune » en peignant par-dessus de nouvelles icônes. Les premières tentatives de « restauration » – qui feraient probablement dresser les cheveux sur la tête des experts contemporains, car elles ont fait plus de dégâts qu’elles n’ont sauvé d’œuvres d’art – sont dues aux « vieux-croyants »,

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Par Ivan Davydov

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