Le blocus de Leningrad :
une mémoire en déshérence

Il y a soixante-quinze ans s’achevait l’opération militaire la plus longue et la plus sanglante de la Seconde Guerre mondiale : la défense et la libération de Leningrad (nom de Saint-Pétersbourg entre 1924 et 1991), assiégée pendant 872 jours par la Wehrmacht. Si les monuments fleurissent encore aujourd’hui dans la ville martyre, aucun musée digne de ce nom n’y est consacré à l’événement.

Janvier est un mois particulier pour les Pétersbourgeois : depuis des décennies, en ces journées parmi les plus froides de l’année apparaissent, dans toute la ville, des affiches rappelant l’anniversaire de la libération de Leningrad, le 27 janvier. Ce jour-là, aux traditionnelles commémorations – dépôt de fleurs sur les tombes des victimes du siège, rencontres avec des vétérans... – s’ajoute un feu d’artifice aussi émouvant que symbolique : pendant toute la guerre, les victoires soviétiques n’étaient saluées par un feu d’artifice que dans la capitale, Moscou. Leningrad bénéficia d’une autorisation spéciale pour sa libération.

Le relais de la mémoire

La levée du blocus de Leningrad – comme le 9 mai, Jour de la Victoire –, n’est célébré que depuis le milieu des années 1960. Vingt ans après la fin de la guerre, des statues et des monuments ont commencé à apparaître dans la ville et ses environs.

Le premier – et le plus célèbre – lieu de mémoire du siège est le cimetière Piskariovskoïé, ouvert en 1939 à la périphérie nord de la ville. Plus de 470 000 civils et plusieurs dizaines de milliers de soldats morts pour la ville y reposent… dans des fosses communes. En février 1945, les autorités avaient organisé un concours pour créer un monument à la mémoire des victimes du siège. Sa construction n’a toutefois commencé qu’en 1956, quatre ans avant son inauguration, le 9 mai 1960.

À partir des années 1960 et 1970, monuments et plaques commémoratives parsèment la célèbre « Route de la vie », une voie de communication qui traverse le lac Ladoga et qui, du 12 septembre 1941 au mois de mars 1943, reliait Leningrad assiégée au reste du pays. Le long de cette route – sur l’eau en été, sur la glace en hiver –, les habitants exténués, affamés, étaient évacués, et croisaient des voitures apportant vivres, médicaments et munitions dans la ville. Les survivants du siège frissonnent à l’évocation de ce chemin qu’ils appelaient alors la « Route de la mort » : une ligne constamment sous le feu allemand,

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Natalia Chkourenok

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