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Là où naissent les étoiles

La vie à l’Académie de ballet Vaganova, à Saint-Pétersbourg, tient à la fois du cloître et de la course d’obstacles. D’un côté, ceux qui y entrent renoncent volontairement aux plaisirs de la vie dans le seul but de servir leur dieu : le ballet. De l’autre, une carrière sur les planches dure très peu de temps, et se mène la rage au ventre, en dépit des brimades des professeurs et des jalousies des condisciples. Rares sont ceux qui le vivent bien.

« Elle est déjà vieille, elle a trente-deux ans ! » Deux fillettes ayant fraîchement intégré une compagnie de ballet discutent de la prima ballerina qui vient de passer devant elles. Dans ce milieu, le temps passe à une vitesse folle : il faut, à dix ans, déjà savoir ce que l’on veut ; à quinze, attirer l’attention du public ; et, dès sa première année sur scène, arracher avec les dents son premier « rôle d’affiche », le terme désignant le moindre rôle pour lequel le nom du danseur est imprimé sur une ligne distincte du programme. Tant pis pour ceux qui prennent du retard : une carrière dans le ballet ne commence pas à vingt-cinq ans. À cet âge-là, il faut déjà être une étoile – ou, du moins, une étoile montante.

Ces carrières fulgurantes, qui mèneront les meilleurs jusqu’à Londres ou Shanghai, sont planifiées et préparées dans les écoles de ballet. En Russie, la principale est l’Académie de ballet Vaganova de Saint-Pétersbourg.

« Les enfants talentueux n’existent pas », prononce d’une voix lasse le recteur de l’académie, Nikolaï Tsiskaridzé, en poste depuis cinq ans. Âgé de quarante-quatre ans, il est l’un des plus jeunes directeurs d’établissement d’enseignement supérieur russes.

Lorsque Nikolaï Tsiskaridzé était premier danseur au théâtre Bolchoï, trente-neuf ans était considéré comme l’âge de la retraite. En 2013, Anatoli Iksanov, alors directeur de l’institution, fut ravi d’envoyer à ses charentaises le « meilleur danseur de sa génération », qui se répandait dans la presse pour expliquer à quel point la restauration du célèbre théâtre moscovite laissait à désirer.

« Le talent n’existe que chez les adultes. Les enfants ont des aptitudes physiques. Voilà ce que nous recherchons. Le talent, lui, se manifeste au théâtre. »

Aujourd’hui, le jeune recteur doit prouver à chaque instant qu’il a suffisamment d’expérience pour diriger la plus ancienne école de ballet russe. Ce qu’il fait avec brio. […]

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Anna Gordeïeva

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