Le Courrier de Russie

« L’architecture de papier » : du Baroque au XXIe siècle

Ichnographie, ou Plan du Champ de Mars dans l’Antiquité (1757), Le Piranèse.

Le grand palais du musée Tsaritsyno – résidence moscovite de l’impératrice Catherine II, récemment reconstruite – accueille une exposition unique, axée sur le lien entre les époques, et intitulée : Hypnose de l’Espace. Architecture imaginaire.

Le palais de Tsaritsyno est le seul monument d’architecture pseudo-gothique russe – reconnaissable à son association de brique rouge et de pierre blanche – datant de l’époque des Lumières et conservé jusqu’à nos jours. Commandé par la Grande Catherine à l’architecte Vassili Bajenov en 1776, il est démonté avant même d’être terminé, sur ordre de la tsarine, dès sa première visite sur place. Son Altesse a peut-être préféré, entre-temps, d’autres résidences secondaires près de Saint-Pétersbourg ; ou bien Bajenov est-il tombé en disgrâce pour avoir rallié la franc-maçonnerie et s’être fait l’intermédiaire entre la Loge et le fils de Catherine, le tsarévitch Paul (franc-maçonnerie à laquelle l’exposition consacre d’ailleurs toute une partie, intitulée « Le Temple »).

Le palais, jamais achevé, n’est reconstruit qu’au tournant des XXe-XXIe siècles, à l’identique. Il continue aujourd’hui de déchaîner les passions : adoré des uns, honni des autres. Quoi qu’il en soit, c’est le lieu qu’ont choisi pour leur projet, mûri de longue date, le curateur d’Hypnose de l’Espace. Architecture imaginaire, Sergueï Khatchatourov, et le décorateur Stepan Loukianov, connu pour son travail à l’Électrothéâtre Stanislavski. L’exposition part de l’idée qu’un lien naturel unit l’industrie contemporaine du divertissement à l’ « architecture de papier » de la Renaissance et des Lumières.

Opera seria et jeux vidéos

L’architecture « de papier », encore nommée « éphémère », naît dans les théâtres italiens de la Renaissance. Au cours de la première moitié du XVIe siècle, on commence à utiliser des décors fabriqués en papier : pièces, […]