Le Courrier de Russie

Emir Kusturica : « Je continue à faire du réalisme magique »

Le réalisateur et musicien serbe Emir Kusturica prépare un film inspiré du Héros de notre temps, de l’écrivain russe Mikhaïl Lermontov, et achève un « roman adapté pour la Chine » de L’Idiot et de Crime et châtiment, de Fiodor Dostoïevski. Dans un mélange de serbe et de russe, interrompant constamment le journaliste et le traducteur, et répondant le plus souvent à côté de la question, il se confie aux Izvestia sur ses projets du moment, la littérature russe classique et contemporaine, tout le mal qu’il pense des grands festivals de cinéma mondiaux aujourd’hui et les bienfaits de la bonne musique pour les ours et les loups. Interview du plus familier des étrangers à la Russie.

Vous préparez un film sur la Russie… Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Emir Kusturica : Je suis depuis longtemps un grand admirateur de Lermontov. En lisant pour la première fois son Héros de notre temps, j’ai compris combien ce roman se répétait constamment en Russie, combien il était toujours actuel. C’est un roman merveilleux. Le problème de la Russie, c’est qu’elle se trouve dans une phase d’acculturation, d’assimilation à la vie occidentale. Pas occidentale, en réalité : américaine. Et c’est un moment extrêmement complexe, douloureux : la Russie doit trouver le point où son chemin bifurque. Elle se demande aujourd’hui ce qu’elle est, et où elle doit aller.

Donc, votre film sera inspiré de Lermontov ?

E. K. : Ce sera un projet plus simple que le roman que je suis en train d’écrire et à partir duquel, ensuite, je veux monter un scénario avec un scénariste chinois. C’est un livre inspiré de L’Idiot et de Crime et Châtiment [la sortie est prévue pour septembre, ndlr]. La Chine vit actuellement de grands changements, et cela crée une scène, un espace propice à la réalisation de grandes histoires humaines. Typiquement les histoires des livres de Fiodor Mikhaïlovitch [Dostoïevski, ndlr].

Vous parlez de grands changements en Chine… Lesquels ?

E. K. : La vie de la Chine s’universalise. Tous les dilemmes moraux décrits dans les romans de Dostoïevski y prennent corps en ce moment, ils sont actualisés, dans une nouvelle langue. Le réalisateur Kim Ki-duk travaille très bien avec ces idées.

Ce projet doit devenir mon chef-d’œuvre, parce que le livre sera en chinois et que je ne parle pas chinois. […]