Le Courrier de Russie

Sergueï Chnourov : « Je suis un patriote du quotidien »

Sergueï Chnourov, 45 ans cette année, continue de remplir des stades. Le leader du groupe mythique de ska-punk-rock pétersbourgeois Leningrad se réinvente à l’infini, multiplie les collaborations musicales, notamment avec la nouvelle génération de rappeurs russes, mais aussi avec des vidéastes, pour des clips plus géniaux les uns que les autres. « Chnoura », auteur-compositeur-musicien-réalisateur…, manie l’argot russe avec toujours autant de délectation et de brio, malgré l’interdit mis récemment sur les jurons et les obscénités. Provocateur, tendre et acerbe, cynique et à vif, rustre et philosophe, Sergueï Chnourov est insaisissable, insupportable, terriblement attachant. Son humour décapant continue de n’épargner rien ni personne. Une interview intime de l’enfant terrible de la scène musicale russe pour la revue culturelle Colta.ru.

Qu’est-ce qui te met en colère ?

Sergueï Chnourov : Moi ? Absolument rien ! Tout m’intéresse : plus c’est absurde, plus c’est cool. Il n’y a que les cons qui s’énervent.

Quelle importance accordes-tu à l’argent ?

S. C. : Ceux qui vous disent qu’ils se fichent de l’argent, pour la plupart, n’en ont pas. Donc, personnellement, je respecte l’argent.

Es-tu quelqu’un d’envieux ?

S. C. : Il y a deux formes d’envie. La première vous fait souhaiter du mal à l’autre, et je n’ai jamais rien éprouvé de tel. En revanche, il m’arrive souvent d’admirer – et d’envier – les réussites des autres. Face à telle ou telle création géniale, je me dis parfois : « Merde, c’était là, tout près. Ça aurait pu être moi ! Aïe, il est fort, le fils de pute ! »

As-tu déjà bu jusqu’au delirium tremens ?

S. C. : Jusqu’à voir des démons ? Une fois, je crois. Mais c’était des mini-démons, plutôt mignons. En même temps, le delirium tremens, c’est le trou noir. Alors que moi, je m’en souviens. Donc c’était peut-être juste une hallucination…

Tu as eu peur ?

S. C. : De mes bébés démons ? Tu plaisantes ! Ils ressemblaient à des petites souris. Ils étaient rigolos, vraiment.

Pourrais-tu, au moins une fois dans ta vie, dire quelque chose de pédagogique ? Dire que l’alcool, c’est mal ?

S. C. : La pédagogie, ce n’est vraiment pas mon truc ! Mais ce que je peux dire en tout cas, c’est qu’avec ou sans produit, quel qu’il soit, il n’existe aucun « génie », aucune « révélation ». Toute création est le fruit d’un travail intellectuel immense, intense. Même pour les plus grands : Van Gogh, Maïakovski, qui tu veux… D’ailleurs, Maïakovski a écrit un livre là-dessus : Comment composer des vers. Il y décrit en détail une sorte de méthodologie, la façon dont il travaille avec les rimes, dont il les choisit, dont il consacre à chacune le temps nécessaire… Je l’ai lu avant le redémarrage artistique de Leningrad et il m’a beaucoup aidé. […]