Le pas français du ballet russe contemporain

Il y a vingt-huit ans, Oleg Petrov, critique de ballet d’Ekaterinbourg, a voulu créer dans sa ville une petite compagnie de ballet. Depuis, celle-ci est devenue une des plus grandes troupes de danse contemporaine. Mais pas seulement. Le TantsTeatr d’Oleg Petrov est la troupe la plus francophone de Russie et il doit en grande partie son succès aux chorégraphes français. Comment est-il devenu aussi populaire ?

Le TantsTeatr est né de l’envie d’un homme de gagner rapidement de l’argent et de la volonté d’un autre de changer le monde sur lequel il avait tant écrit.

À la fin de l’hiver 1990, Iouri Makhline, directeur adjoint du théâtre d’opéra d’Ekaterinbourg, propose à Oleg Petrov, responsable du département littéraire du théâtre, de monter avec plusieurs danseurs de ballet deux petits spectacles et de faire une tournée en Europe. La marque « ballet russe » se vend bien et la compagnie sera rapidement rentable, estime Iouri Makhline.

Mais Oleg Petrov (alors critique de ballet très célèbre et auteur de deux monographies sur l’histoire du ballet russe) refuse la proposition de Makhline. « Iouri, cela ne m’intéresse pas vraiment. J’aimerais créer un théâtre avec un concept, un programme propre », répond-il au directeur adjoint. Étonnamment, celui partage l’avis de Petrov. C’est ainsi qu’est définie la priorité du nouveau théâtre de ballet : une chorégraphie fraîche au lieu d’une nouvelle source d’argent. Le théâtre est baptisé « Pirouette », la mairie d’Ekaterinbourg lui offre un emplacement dans le tout nouveau centre d’arts de la ville et Oleg Petrov en devient le directeur artistique.

« Le mois de février 1990 a été marqué par le froid et la faim, se souvient Oleg Petrov. Il n’y avait aucune condition propice à la création de quoi que ce soit dans le monde de la danse. Mais on avait le pressentiment de changements dans la société et, ensuite, dans le théâtre. Je voulais construire un espace sans danse de petits cygnes et j’y suis arrivé. »

Combler les lacunes de l’histoire

Durant les cinq premières années d’existence du théâtre, Oleg Petrov ne songe pas à la danse contemporaine. Son idée est autre : montrer toute la diversité du ballet russe, limité, à l’époque soviétique, au répertoire étroit des œuvres autorisées par le pouvoir. En URSS, il était ainsi interdit de monter les ballets de Diaghilev. Le théâtre de Petrov fait découvrir aux habitants d’Ekaterinbourg L’Après-midi d’un faune de Vaslav Nijinski et les ballets du grand chorégraphe pétersbourgeois Leonid Jacobson, qui, […]

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Anna Gordeïeva

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Professeur de ballet russe au Rwanda

Larissa Tretiakova vit depuis quatorze ans au Rwanda, où elle enseigne le ballet à des enfants dans la seule école de danse classique du pays. Au Rwanda, l’art classique est parfaitement inconnu et inhabituel. Mais l’amour des pointes et de la musique de Tchaïkovski efface toutes les frontières.

18 mai 2018
Culture

Marius Petipa : deux siècles d’étoiles franco-russes

La Russie célèbre pour la première fois officiellement, cette année, le bicentenaire du chorégraphe français, russe d’adoption, qui a façonné comme personne son école du ballet. Vladimir Poutine a souligné l’importance de cet anniversaire pour la culture mondiale, la vice-Première ministre pour les Affaires sociales, Olga Golodets, a annoncé l’introduction dans les programmes scolaires de sujets consacrés à l’art de Petipa, et Vladivostok s’apprête à accueillir une filiale de l’Académie russe de ballet. La critique de ballet Tatiana Kouznetsova revient, pour Kommersant, sur la personnalité paradoxale du grand maître: mystificateur et intriguant, mais aussi bourreau de travail et quasi-tyran. Le mystificateur L’histoire de Marius Petipa regorge, et c’est un euphémisme, de rumeurs et de faits incertains, à commencer par sa date de naissance. On a longtemps cru qu’il était né en 1822, et ce n’est qu’au début des années 1970, alors que l’on préparait ce qui devait être le 150e anniversaire du chorégraphe, que l’on a retrouvé, à Marseille, un document témoignant de façon incontestable que Michel Victor Marius Alphonse Petipa avait vu le jour le 11 mars 1818. La mystification venait de l’homme lui-même, qui s’est toujours rajeuni de quatre ans, dans les documents officiels aussi bien que dans ses Mémoires, rédigées à la fin de sa vie. Dans ces souvenirs, Petipa prend de telles libertés avec les faits de son existence que les éditeurs, au moment de les republier dans les années 1970, ont dû les accompagner d’innombrables précisions. « Petipa fut intégré à la troupe du Grand théâtre de Saint-Pétersbourg et payé à ne rien faire durant les quatre mois suivants. » Selon le danseur Nikolaï Legat, contemporain un peu plus jeune de Petipa, la Russie voulait d’abord inviter non Marius, danseur de demi-caractère, mais son frère cadet Jean, danseur « classique » déjà reconnu. Marius, toutefois, s’est empressé d’arriver à Saint-Pétersbourg le premier, en mai 1847, bien avant le début de la saison. Le directeur des théâtres impériaux, Stepan Guédéonov, se moquant quelque peu de savoir lequel des Petipa embaucher, Marius fut intégré à la troupe du Grand théâtre de Pétersbourg en tant que premier danseur, et payé comme tel — à ne rien faire — durant les quatre mois suivants. Une aubaine pour celui qui, en Europe, ne se sortait pas de ses ennuis financiers. Marius fut d’ailleurs rapidement rejoint, dans cette généreuse Russie, par tous les membres de sa famille : son père, son oncle, sa tante et même le fameux Jean qui, à Pétersbourg, se fit gantier. Le chorégraphe ne parle toutefois pas de ses parents dans ses Mémoires : il se concentre sur sa carrière et s’attribue la paternité, parfois abusive, de centaines de ballets. Le grand patron du ballet russe Mais, même revus à la baisse, les chiffres restent impressionnants : en cinquante-six ans de service ininterrompu en Russie (de 1847 à 1903, année où le maître, doté d’une confortable pension à vie de neuf mille roubles, a été écarté de toute pratique active), […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

6 avril 2018
Culture

La ballerine française Léa Thomasson : « Le Mariinsky est un rêve devenu réalité »

Du haut de ses 21 ans, Léa Thomasson a déjà fait du chemin. De Paris à Stuttgart, en passant par Milan, la ballerine est passée par les plus grandes écoles de danse européennes avant de poser ses valises à Saint-Pétersbourg. Après un an passé à l’Académie Vaganova, elle est aujourd’hui la seule Française de la compagnie de ballet du prestigieux théâtre Mariinsky. Rencontre. Le Courrier de Russie : Comment est née ta passion pour la danse ? Léa Thomasson : Comme beaucoup de petites filles, j’ai commencé la danse classique très jeune, en intégrant le conservatoire de ma région, à Chambéry, en Savoie. Rapidement passionnée pour le ballet, j’ai tenté l’école de danse de l’Opéra de Paris. J’ai toutefois été d’emblée refusée, avant même de pouvoir passer les auditions, parce que je n’entrais pas dans les critères de taille et de poids. Mais je ne me suis pas laissée décourager – j’ai intégré une école privée à Annecy, à 15 ans, grâce à laquelle j’ai eu mon premier contact avec la Russie. LCDR : Comment ? L.T. : Dans le cadre d’un échange organisé par l’école, j’ai passé une semaine à Voronej, à 500 km au sud de Moscou. La vie en Russie était si différente de ce que je connaissais alors ! […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

25 novembre 2017