Sofia Kapkova : « Aujourd’hui, la Russie ne produit que des armes et de la culture »

Sofia Kapkova, journaliste de formation, un temps productrice à la télévision, a créé il y a six ans, au sein du Musée de Moscou, le Centre de cinéma documentaire (CCD). Lieu unique en Russie, la petite salle ne reçoit aucune subvention d’État, fonctionnant essentiellement grâce à des soutiens privés. Ses programmes, choisis en toute indépendance, visent à promouvoir auprès du plus grand nombre un cinéma documentaire original et de qualité. Également à l’origine et à la tête du célèbre festival international de danse contemporaine Context. Diana Vishneva, Sofia Kapkova vient de lancer le projet M.ART, qui soutient l’art contemporain russe à l’étranger. La revue Afisha Daily s’est entretenue avec ce « superhéros » de la culture moscovite.Commençons par M.ART, le festival international de danse contemporaine… Comment est-il né ? On ne peut s’empêcher de songer à Diaghilev (le fondateur des Ballets russes), qui s’est efforcé de faire connaître le meilleur de la culture russe de son temps en Occident…Sofia Kapkova : Il y a environ six mois, en plein travail sur le lancement de M.ART, j’ai lu une biographie d’un auteur hollandais sur Sergueï Diaghilev, Les Saisons russes pour toujours. Et les associations n’ont cessé de me sauter aux yeux. Mais en réalité, cela n’a rien de comparable : Diaghilev s’est lancé dans son immense projet en exil, alors qu’il ne pouvait plus travailler en Russie. En outre, c’était un homme d’une ambition démesurée. Moi, je ne suis absolument pas ambitieuse et, comme vous le voyez, je peux encore travailler en Russie.
« Où est la nouvelle génération ? »
Les nombreux projets culturels dont je m’occupe m’amènent à beaucoup voyager, observer, apprendre. Et à un moment, je me suis rendue compte que si la Russie est toujours présente dans les théâtres et les cinémas étrangers, c’est au travers de classiques, soit des Trois Sœurs ou de La Cerisaie – que j’aime énormément, par ailleurs –. Mais où est la nouvelle génération ? Où est la « nouvelle avant-garde » du théâtre russe, où sont les jeunes chorégraphes, les élèves du metteur en scène Dmitri Brousnikine et les spectacles du Centre Gogol de Kirill Serebrennikov ? Tous ces gens qui ont déjà conquis Moscou. Je pense qu’à l’étranger, l’intérêt est là aussi, le public est prêt à les découvrir.Ressentez-vous une différence dans la perception de l’art contemporain russe ici et à l’étranger ?

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Traduit par Julia Breen

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