Marius Petipa : deux siècles d’étoiles franco-russes

La Russie célèbre pour la première fois officiellement, cette année, le bicentenaire du chorégraphe français, russe d’adoption, qui a façonné comme personne son école du ballet. Vladimir Poutine a souligné l’importance de cet anniversaire pour la culture mondiale, la vice-Première ministre pour les Affaires sociales, Olga Golodets, a annoncé l’introduction dans les programmes scolaires de sujets consacrés à l’art de Petipa, et Vladivostok s’apprête à accueillir une filiale de l’Académie russe de ballet. La critique de ballet Tatiana Kouznetsova revient, pour Kommersant, sur la personnalité paradoxale du grand maître: mystificateur et intriguant, mais aussi bourreau de travail et quasi-tyran.

Le mystificateur

L’histoire de Marius Petipa regorge, et c’est un euphémisme, de rumeurs et de faits incertains, à commencer par sa date de naissance. On a longtemps cru qu’il était né en 1822, et ce n’est qu’au début des années 1970, alors que l’on préparait ce qui devait être le 150e anniversaire du chorégraphe, que l’on a retrouvé, à Marseille, un document témoignant de façon incontestable que Michel Victor Marius Alphonse Petipa avait vu le jour le 11 mars 1818. La mystification venait de l’homme lui-même, qui s’est toujours rajeuni de quatre ans, dans les documents officiels aussi bien que dans ses Mémoires, rédigées à la fin de sa vie. Dans ces souvenirs, Petipa prend de telles libertés avec les faits de son existence que les éditeurs, au moment de les republier dans les années 1970, ont dû les accompagner d’innombrables précisions.
« Petipa fut intégré à la troupe du Grand théâtre de Saint-Pétersbourg et payé à ne rien faire durant les quatre mois suivants. »
Selon le danseur Nikolaï Legat, contemporain un peu plus jeune de Petipa, la Russie voulait d’abord inviter non Marius, danseur de demi-caractère, mais son frère cadet Jean, danseur « classique » déjà reconnu. Marius, toutefois, s’est empressé d’arriver à Saint-Pétersbourg le premier, en mai 1847, bien avant le début de la saison. Le directeur des théâtres impériaux, Stepan Guédéonov, se moquant quelque peu de savoir lequel des Petipa embaucher, Marius fut intégré à la troupe du Grand théâtre de Pétersbourg en tant que premier danseur, et payé comme tel — à ne rien faire — durant les quatre mois suivants. Une aubaine pour celui qui, en Europe, ne se sortait pas de ses ennuis financiers. Marius fut d’ailleurs rapidement rejoint, dans cette généreuse Russie, par tous les membres de sa famille : son père, son oncle, sa tante et même le fameux Jean qui, à Pétersbourg, se fit gantier. Le chorégraphe ne parle toutefois pas de ses parents dans ses Mémoires : il se concentre sur sa carrière et s’attribue la paternité, parfois abusive, de centaines de ballets.

Le grand patron du ballet russe

Mais, même revus à la baisse, les chiffres restent impressionnants : en cinquante-six ans de service ininterrompu en Russie (de 1847 à 1903, année où le maître, doté d’une confortable pension à vie de neuf mille roubles, a été écarté de toute pratique active),

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Traduit par Julia Breen

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