Street Art : L’héritage de l’avant-garde russe

À 23 ans, le « calligrapheur » russe Pokras Lampas (Arseni Pyjenkov) s’est taillé, dans le street art russe mais aussi à l’étranger, un nom aussi monumental que ses travaux. Originaire de la banlieue de Moscou, résidant et travaillant à Saint-Pétersbourg, il vit de ses commandes et parcourt le pays pour transmettre son expérience dans le cadre de master classes. Récemment consacré « héros de la nouvelle Russie » par le blogueur Youri Doud, Pokras Lampas s’est confié à Afisha Daily sur sa vision du monde et son travail, les particularités du street art russe et de ses racines, la grande rénovation à l’œuvre à Moscou ou encore la collaboration avec les grandes marques commerciales.

Ton travail dans le tunnel qui relie la gare de Koursk au centre commercial Atrium a fait du bruit. Ça a été ton projet le plus difficile ?

Pokras Lampas : Tu sais, certains projets exigent deux mois de préparation, d’autres plusieurs années… Mais Atrium a probablement été mon projet le plus difficile en Russie, parce que jusque-là, j’avais finalement réalisé assez peu d’œuvres publiques. Je voulais depuis longtemps travailler dans un espace du quotidien, un lieu de passage, pour montrer aux gens qu’un endroit qui n’a rien de génial au départ, en termes d’architecture ou autre, peut se transformer, se réveler à leurs yeux sous un jour totalement différent. Et nous avions beaucoup d’idées en commun là-dessus avec les responsables d’Atrium, que je connais depuis longtemps. Nous nous sommes retrouvés, dans ce projet, sur une volonté commune de faire quelque chose de très complexe, mais en étant au plus proche des gens, pour qu’ils puissent se regarder et se prendre en photo dans les miroirs, qu’ils découvrent des aspects différents d’un même lieu le jour et la nuit. En même temps, nous voulions conserver la fonction du souterrain, afin qu’il continue d’être emprunté chaque jour par un énorme flux de gens.

« Notre relation à l’art, à la forme, au mot a été créée par les artistes de l’avant-garde »

 

 

Comment as-tu choisi les citations de Maïakovski, Malevitch et Kandinsky que tu as utilisées dans ce travail ?

P.L. : Je dirais que ça m’est venu du cœur ! Plus je me suis plongé profondément dans l’histoire de l’art, plus je me suis senti proche de l’avant-garde russe. L’avant-garde, c’est quand même l’histoire du Carré peint par Malevitch il y a cent ans, en 1915 ! Celle de créations et d’idées immenses, cruciales, révolutionnaires. Notre relation à l’art, à la forme, au mot a été créée et mise en œuvre à cette époque, par les meilleurs esprits du temps. Lissitzky, Rodtchenko, Maïakovski sont des gens qui m’ont sincèrement inspiré, et je voulais à la fois poursuivre et redéfinir leurs idées, leur pensée.

L’avant-garde est très « tendance » en ce moment. Pourquoi, selon toi ?

P.L. : En réalité, elle aurait dû l’être depuis le début, autant sous l’URSS qu’en Russie. Mais des gens ont décidé à un moment, […]

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Afisha DailyTraduit par Julia Breen

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Culture

Alexeï Guerman Jr : « Les époques politisées à l’extrême n’aiment pas les nuances »

Le nouveau long-métrage d’Alexeï Guerman Jr, fils du réalisateur soviétique et russe Alexeï Guerman, était en compétition pour la 68e édition du Festival international du film de Berlin. Sobrement baptisé Dovlatov, le film revient sur une brève période de la vie de l’écrivain soviétique non conformiste Sergueï Dovlatov à Leningrad, avant son exil en Europe et aux États-Unis. La première du film en Russie a eu lieu le 1er mars. Le réalisateur (Ours d’argent de la meilleure contribution artistique à Berlin en 2015 pour Under Electric Clouds, Lion d’argent de la Mostra de Venise 2008 pour Soldat de papier) s’est confié au magazine Afisha Daily. Votre famille a connu personnellement Sergueï Dovlatov … Alexeï Guerman : Ils ne se fréquentaient pas à proprement parler, mais ils se connaissaient, c’est vrai. Mon père le connaissait, mes grands-parents connaissaient sa famille. Disons qu’ils se croisaient : mes parents étaient la même génération, ils évoluaient dans un même cercle, venaient du même quartier et fréquentaient les mêmes lieux, tout en appartenant à des groupes différents. En ce qui vous concerne, quand avez-vous découvert l’œuvre de Dovlatov ? Et qu’en avez-vous pensé ? A.G : Je connais l’existence de ses livres depuis toujours, j’avais beaucoup entendu parler de lui mais je ne l’ai vraiment découvert qu’assez tard, vers l’âge de vingt-cinq ans, au début des années 2000. Je me suis installé à la datcha et j’ai tout lu d’un coup. Je me rappelle avoir eu le sentiment d’un auteur venu d’ailleurs, concis, intelligent, subtil. Il y a chez Dovlatov un effet amusant : l’impression, quand vous arrivez à la fin du récit, d’être revenu au début. J’ai eu la sensation d’une littérature puissante, pas tout à fait russe, au sens où on l’entend traditionnellement. Une écriture toute de précision et d’observation, à l’américaine : quelque chose d’un Salinger, d’un Steinbeck ou d’auteurs de ce genre. Mais vous ne vouliez pas adapter sa prose au cinéma : vous vous êtes intéressé à lui en tant qu’homme de son temps et de sa génération. À ce propos, vous avez déclaré dans une interview que la génération des années 60 et 70 avait « le dos plus droit »… A.G : C’est vrai, les dos étaient plus droits. Bien sûr, c’était autant la merde qu’aujourd’hui. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

2 mars 2018