Orthodoxie et Pokémons : une journée dans la vie du père Dionissi

À l’heure où les plus hautes instances orthodoxes tentent d’imposer au pays des « valeurs traditionnelles » souvent interprétées de façon ultra-conservatrice, la revue en ligne Takie Dela est allée à la rencontre d’un prêtre de la région de Moscou, qui utilise les dons de ses paroissiens pour acheter et distribuer des consommables de pompes à insuline à des enfants diabétiques. Un autre christianisme.« Appelez-moi simplement Mon père (batiouchka) », répond le père Dionissi (Denis Sokolov, dans le civil), en charge d’une petite paroisse de la région de Moscou, quand on lui demande comment il faut s’adresser à lui. Grand, de l’allure, une belle voix profonde de baryton, l’homme est vêtu d’une chaude parka et d’une soutane bleu marine, qui laisse voir le bas d’un pantalon de jogging à trois bandes.Le prêtre, amateur de Vladimir Nabokov et de Viktor Pelevine, ponctue ses propos, avec aisance et naturel, des citations les plus diverses, de Nietzsche à la tortue Tortilla, personnage d’un célèbre dessin animé soviétique. Il évoque Igor Letov, Iouri Chevtchouk, Viktor Tsoï et Viatcheslav Boutoussov, estimant que le rock russe, c’est « la conscience de la nation exprimée en musique ». Pour le père Dionissi, les musiciens, les écrivains et les metteurs en scène sont des « sonneurs », dont le devoir est de « réveiller la société ». Et la distribution de cathéters à des enfants diabétiques, que nous nous apprêtons à effectuer à ses côtés, relève aussi, pour lui, d’une mission de « sonneur ».

La médecine et le séminaire

Denis Sokolov est né dans la petite ville de Pouchkino, en région de Moscou. Enfant, dans la bibliothèque familiale, il est tombé par hasard sur une encyclopédie médicale. Fasciné par ce livre aux images terrifiantes, il a décidé de devenir médecin. Diplômé avec les félicitations du Collège de médecine, il a un temps travaillé au service de réanimation du Premier Hôpital municipal de sa ville, où il a rencontré celle qui allait devenir son épouse (les prêtres orthodoxes russes sont généralement mariés). « Le coup de foudre », se souvient-il. Mais au lieu de poursuivre à l’Institut de médecine, il est entré au séminaire de Kolomenskoïe. « Ainsi en a décidé la Providence… », explique le père Dionissi, aujourd’hui âgé de 40 ans et père de huit enfants. L’aîné a 19 ans, le cadet à peine deux. La grande maison du prêtre, qui se dressait autrefois près de son église, n’existe plus. « De toute façon, l’école la plus proche est à vingt kilomètres » : c’est donc dans la petite ville où sont scolarisés ses enfants que le père Dionissi loue un appartement. « Nous vivons comme des Chinois, à dix dans un trois-pièces », commente-t-il, doté d’un remarquable sens de l’humour.
« La vie d’une paroisse de campagne ne reprend qu’à Pâques, quand les habitants des datchas, tels des oiseaux migrateurs, reviennent avec la chaleur »
Nous avons rendez-vous le matin, près de son église de la Trinité, dans le village de Dratchevo, situé à trente kilomètres du MKAD (autoroute périphérique de Moscou), près du barrage de Pestovskoïe. Dratchevo recense à peine deux cents habitants et seulement soixante-dix y passent l’hiver. Le village n’a toujours pas le gaz. Derrière l’église s’étend un ensemble de luxueuses résidences secondaires inhabitées. Construits dans les années fastes d’avant la crise, ces cottages n’ont jamais trouvé preneur.

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Traduit par Julia Breen

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