Alexeï Guerman Jr : « Les époques politisées à l’extrême n’aiment pas les nuances »

Le nouveau long-métrage d’Alexeï Guerman Jr, fils du réalisateur soviétique et russe Alexeï Guerman, était en compétition pour la 68e édition du Festival international du film de Berlin. Sobrement baptisé Dovlatov, le film revient sur une brève période de la vie de l’écrivain soviétique non conformiste Sergueï Dovlatov à Leningrad, avant son exil en Europe et aux États-Unis. La première du film en Russie a eu lieu le 1er mars. Le réalisateur (Ours d’argent de la meilleure contribution artistique à Berlin en 2015 pour Under Electric Clouds, Lion d’argent de la Mostra de Venise 2008 pour Soldat de papier) s’est confié au magazine Afisha Daily.Votre famille a connu personnellement Sergueï Dovlatov …Alexeï Guerman : Ils ne se fréquentaient pas à proprement parler, mais ils se connaissaient, c’est vrai. Mon père le connaissait, mes grands-parents connaissaient sa famille. Disons qu’ils se croisaient : mes parents étaient la même génération, ils évoluaient dans un même cercle, venaient du même quartier et fréquentaient les mêmes lieux, tout en appartenant à des groupes différents.En ce qui vous concerne, quand avez-vous découvert l’œuvre de Dovlatov ? Et qu’en avez-vous pensé ?A.G : Je connais l’existence de ses livres depuis toujours, j’avais beaucoup entendu parler de lui mais je ne l’ai vraiment découvert qu’assez tard, vers l’âge de vingt-cinq ans, au début des années 2000. Je me suis installé à la datcha et j’ai tout lu d’un coup. Je me rappelle avoir eu le sentiment d’un auteur venu d’ailleurs, concis, intelligent, subtil. Il y a chez Dovlatov un effet amusant : l’impression, quand vous arrivez à la fin du récit, d’être revenu au début. J’ai eu la sensation d’une littérature puissante, pas tout à fait russe, au sens où on l’entend traditionnellement. Une écriture toute de précision et d’observation, à l’américaine : quelque chose d’un Salinger, d’un Steinbeck ou d’auteurs de ce genre.Mais vous ne vouliez pas adapter sa prose au cinéma : vous vous êtes intéressé à lui en tant qu’homme de son temps et de sa génération. À ce propos, vous avez déclaré dans une interview que la génération des années 60 et 70 avait « le dos plus droit »…A.G : C’est vrai, les dos étaient plus droits. Bien sûr, c’était autant la merde qu’aujourd’hui.

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Afisha DailyTraduit par Julia Breen

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23 mars 2018