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Extrait du film Aller plus haut. Crédits : IMDb

Nostalgie soviétique : Aller plus haut, le film qui explose le box-office

Aller plus hautDvizhenie vverkh »), réalisé par Anton Meguerditchev et produit par le studio TriTé, de Nikita Mikhalkov, relate de façon romancée la victoire inattendue des basketteurs soviétiques contre les Américains lors des Jeux olympiques d’été de 1972, à Munich. En salle depuis le 28 décembre dernier, sur fond d’exclusion de la Russie des prochains Jeux d’hiver à Pyeongchang, en Corée du Sud, le film explose le box-office. Avec 7 millions d’entrées et 1,8 milliard de roubles (26 millions d’euros) de recettes en deux semaines, il figure déjà parmi les cinq plus grands succès commerciaux de l’histoire du cinéma russe. Le Courrier de Russie a traduit un extrait de la critique d’Anton Doline, pour la revue Meduza.

Extrait du film Aller plus haut. Crédits : IMDb
Extrait du film Aller plus haut. Crédits : IMDb

Pour un autre patriotisme

« La réaction du public et le succès populaire étaient prévisibles, inscrits dans le sujet même. Pour une majorité, enthousiaste, Aller plus haut, c’est du grand cinéma nostalgique relatant les conquêtes d’un grand pays mythique : cette URSS dont nous avons la chance d’être les héritiers. Pour une minorité, critique, le film sert les intérêts de la vile propagande de l’État russe actuel, en agitant le thème : « Un jour, nos sportifs ont démoli les Yankees ». Et ces deux positions opposées ressortent de façon particulièrement vive sur fond du récent scandale olympique. Mais à y regarder de plus près, le film est autrement plus complexe que ces banales caricatures.

Le message le plus intéressant a effectivement trait au patriotisme. La lutte entre les sportifs soviétiques et américains est une confrontation entre deux approches. Les Américains chantent leur hymne à l’unisson, agitent leurs drapeaux et scandent : « USA, USA ! » ; ils se battent véritablement contre les communistes de l’Empire du Mal, pour l’honneur de leur pays bien aimé. En face, c’est autre chose qui anime les basketteurs soviétiques. Dès le début du film, ils ne reçoivent du « pays bien-aimé » que des raclées successives.

Extrait du film Aller plus haut. Crédits : IMDb
Extrait du film Aller plus haut. Crédits : IMDb

En revenant de leur match triomphal, ils sont fouillés et humiliés à la douane. Les bureaucrates se conduisent comme des mufles et en sont fiers. L’entraîneur n’est pas autorisé à faire opérer à l’étranger son fils handicapé, gravement malade. À chaque pas, les personnages subissent chantage et pressions : en URSS, on n’a pas plus le droit de se soigner que de se marier selon son désir. Jusqu’aux distributeurs d’eau gazeuse, pourtant séduisants d’aspect, qui vous crachent à la figure. On ne s’étonne pas de trouver, parmi les joueurs, un antisoviétique convaincu, le Lituanien Modestas Paulauskas. Et les autres sont loin de brûler de passion pour la grande puissance où ils ont vu le jour. En somme, quand Garanjine déclare à la presse, au début du film, « Aucun empire n’est éternel », on se dit que la formule vaut non seulement pour les invincibles États-Unis, mais aussi pour ce colosse qu’est l’État soviétique.

Alors, au nom de quoi se battent-ils, ces basketteurs qui visent l’inaccessible ? La réponse tombe au moment où le film montre clairement, bien qu’avec tact la prise d’otages survenue lors de ces mêmes Jeux, le sinistre « massacre de Munich ». La politique dans sa dérive la plus sanguinaire prend le pas sur la superficielle utopie sportive, qui, pour un temps, avait fait oublier les frontières. Le sentiment de parenté se révèle supérieur à tous les intérêts étatiques et autres différends politiques. Les personnages d’Aller plus haut entrent alors sur le terrain afin de se battre non pour le prestige du régime, mais pour leur dignité personnelle.

Il n’est d’autre patrie, dans cette œuvre que cet idiot d’ami qui vous pousse parfois tellement à bout ; que cet enfant malade que, peut-être, on ne pourra jamais soigner ; que ce fiancé atteint d’une tumeur cardiaque, qui ne survivra pas ou presque après le mariage. Et il n’est d’autre bonheur que ces trois secondes, infimes bien qu’étirées en longueur à l’écran. Des secondes, malgré tout, entrées dans l’histoire. »

Traduit par Julia Breen

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