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Alexandre Rodnianski : «Le cinéma russe n’a pas besoin que l’on interdise des films européens»

La revue Meduza s’est entretenue avec Alexandre Rodnianski, directeur du studio Non stop production, qui a produit Faute d’Amour, nommé le 23 janvier pour l’Oscar du Meilleur Film étranger. Le producteur revient sur les pressions politiques exercées sur l’industrie russe du cinéma et le succès de son réalisateur Andreï Zviaguintsev à l’international.Meduza : Le 23 janvier, à quelques minutes d’écart, on a appris deux nouvelles fracassantes pour le cinéma russe. La nomination de Faute d’Amour aux Oscars […] et le retrait de la licence d’exploitation de La Mort de Staline… Qu’en pensez-vous ?Alexandre Rodnianski : Pour être franc, tout ceci est assez décourageant, et surtout – c’est plus grave – très chaotique. Une ligne dure, un refus clair et net de la licence d’exploitation auraient été plus compréhensibles. Nous l’aurions contesté mais nous aurions compris de quoi il retournait. Alors que là, ils autorisent, puis interdisent, autorisent de nouveau… [La Mort de Staline a toutefois été diffusé au cinéma Pioner à Moscou pendant une journée avant d’être retiré du programme suite à une intervention policière, ndlr].L’affaire de Paddington-2 [Le ministre russe de la Culture Vladimir Medinski a tenté de repousser la sortie de Paddington-2 du 18 janvier au 1er février, afin de « soutenir le cinéma russe », notamment le film d’action Le Scythe qui sortait au même moment, ndlr], quelques jours plus tôt, était tout aussi incompréhensible, et a d’ailleurs provoqué une avalanche de critiques à l’adresse du ministère russe de la Culture.La Mort de Staline a d’abord reçu la licence d’exploitation, le vice-ministre de la Culture Vladimir Aristarkhov a déclaré lui-même que le film ne contenait rien qui irait à l’encontre de la loi russe… Et ensuite, ce retrait : comment voulez-vous réagir ?Avez-vous vu La Mort de Staline ?A.R. : Oui. C’est une comédie pleine de finesse, burlesque et satirique, tout à fait dans la ligne d’Armando Iannucci, qui a l’habitude de tourner en ridicule les puissants de ce monde et leurs régimes. Son dernier film, In The Loop, montrait comment les incapables qui siègent au gouvernement britannique, au Pentagone et à la Maison-Blanche ont provoqué en Irak une guerre aussi absurde qu’eux. Et dans sa série Le Vice-président, les dirigeants américains passent tout simplement pour des crétins cliniques. Naturellement, quand il focalise son regard satirique sur le gouvernement de Staline, celui-ci paraît tout aussi absurde, ridicule et burlesque.Le rire libère de la peur et ouvre les yeux, c’est la principale qualité thérapeutique de la satire. S’en offenser, et plus encore l’interdire, signifie rester prisonnier des phobies et des peurs qui sont raillées dans le film. Prendre cette satire au sérieux, la percevoir comme une injure, une souillure de l’histoire, de la mémoire, etc., est un peu étrange, mais peut-être certains se sont-ils vraiment sentis offensés. Quoi qu’il en soit, rien n’est pire que cette ligne incertaine : accorder la licence, puis la retirer – ça, c’est insupportable.Pensez-vous que ce genre de mesures d’interdiction puissent contribuer au développement du cinéma russe ?A.R. : Ça m’étonnerait. Premièrement, tout cela ne va faire qu’attirer l’attention et attiser l’intérêt pour un film qui, sans cela, serait probablement passé inaperçu, ou du moins serait resté marginal. Ensuite, le cinéma russe se développe en ce moment de façon très dynamique. L’année passée a sans doute été la meilleure de son histoire, et ce dans tous les genres, du blockbuster au cinéma d’auteur en passant par les premiers films. Nous avons aussi eu des perles dans le cinéma « patriotique »,

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Traduit par Julia Breen

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