Les 100 chansons préférées des Russes

La revue Expert a sondé ses lecteurs et établi un classement des cent chansons favorites des Russes, couvrant une période qui s’étend du début du XXe siècle à nos jours. La tête de la sélection est dominée par deux thèmes : la Seconde Guerre mondiale et la chute de l’URSS – probablement les deux plus grands bouleversements de l’Histoire russe, deux mémoires en miroir inversé. Un concentré d’âme russe : une poésie puissante et vivante, une philosophie omniprésente, simple et fondamentale, une sagesse toujours humble… Ce fatalisme qui n’est pas renoncement. Le Courrier de Russie vous fait partager l’expérience. Musique !

Les dix premières

 

1. Nuit noire (1943)

Chanson sur la guerre
Chanson d’amour
Chanson de film/dessin animé

Interprète : Mark Bernes
Musique : Nikita Bogoslovski
Texte : Vladimir Agatov

J’ai confiance en toi, ma chère amie
Cette confiance m’a protégé des balles dans la nuit noire…
Je suis joyeux, je suis tranquille dans le combat mortel,
Je sais que tu m’accueilleras avec amour, quoiqu’il m’arrive.

Nuit noire, rendue célèbre par l’interprétation de Mark Bernes dans le film Deux combattants, tourné en évacuation à Tachkent en 1943, c’est une mémoire idéale de la Seconde Guerre mondiale en Russie – vraie, profonde, universelle, intemporelle. Ni bravade ostentatoire ni patriotisme artificiel – ici, rien que le courage réel, qui accepte l’inéluctable mais jamais ne subit, rien qu’une foi à toute épreuve, rien que l’humanité précieuse de chacun, sublimée dans le collectif, révélée par l’épreuve. Dans les films datant de la guerre, souvent, seules les scènes de chansons dépassent la propagande idéologique – révélant l’émotion et la fragilité. Et Mark Bernes est un roi du genre, dégageant lui-même ce mélange de force intrépide et d’immense sensibilité. Le public ne s’y est pas trompé : succès retentissant dès la sortie du film, Nuit noire n’a cessé d’être reprise depuis par les artistes les plus variés, de la pop à l’underground – jusqu’au rappeur Basta, à l’occasion du 70e anniversaire de la Victoire, en 2015.

 

2. Groupe sanguin (1987)

Chanson sur la guerre
Chanson philosophique

Interprète : Kino
Musique : Viktor Tsoï
Texte : Viktor Tsoï

Et j’ai de quoi payer, mais je ne veux pas
D’une victoire à n’importe quel prix.
Je ne veux écraser la poitrine de personne sous mon pied.
Je voudrais rester avec toi,
Simplement rester avec toi,
Mais haute dans le ciel, l’étoile m’appelle à prendre la route

Viktor Tsoï, c’est l’ange trop pur pour l’ici-bas, le prophète malgré lui au destin tragique – emporté par un accident de voiture à 28 ans. Groupe sanguin, dont le texte reste très hermétique, pourrait évoquer le conflit d’Afghanistan : absurde, tout sauf glorieux, voué à l’échec et à emporter l’URSS dans sa chute – véritable double maléfique de la Grande Guerre patriotique de 1941-1945. Tsoï la chante dans le film Igla (1988), où il tient le rôle principal et qui dépeint, dans les bas-fonds, les ravages de l’héroïne – majoritairement afghane – sur une jeunesse déboussolée. Entre le film et la chanson, une époque se dessine, ô combien sombre et troublée : les grands idéaux sont tournés en ridicule, la cupidité et le cynisme mènent le bal, la débâcle couve. Et pour ne pas sombrer, il reste ce rock soviétique de la fin des années 1980, dont Tsoï est probablement le représentant le plus culte – cette musique consciente que le sol s’effondre sous ses pieds et pourtant pleine de candeur et d’espoir, cette poésie des terrains vagues.

 

3. Je veux des changements ! (1985)

Chanson poétique engagée
Chanson philosophique
Chanson de film/dessin animé

Interprète : Kino
Musique : Viktor Tsoï
Texte : Viktor Tsoï

Nos cœurs exigent des changements
Nos yeux exigent des changements
Dans notre rire et dans nos larmes
Et dans le battement des veines
Des changements ! Nous attendons des changements.

Viktor Tsoï encore, et le titre qui a fait de lui l’emblème de la perestroïka, un peu contre son gré. Devenue un véritable tube après que Tsoï l’a chantée dans le film Assa (1987), qui réunissait les plus célèbres rockeurs de la décennie, elle a même fini par lasser ses auteurs, qui estimaient qu’elle était mal comprise. Car ces « changements » n’avaient, pour eux, rien de politique – ils étaient profonds, individuels, philosophiques. Surtout, pas plus pour les artistes que pour les foules innombrables de jeunes gens qui reprenaient le refrain avec passion, le changement tant espéré n’était vraiment définissable… En tout cas, il était à mille lieues des réformes économiques libéralo-assassines de l’ère Eltsine. Je veux des changements, c’est une révolte russe trop souvent confondue avec la dissidence –politique, frontale. Une révolte contre tout et tous, contre l’immobilisme, la mesquinerie et l’injustice, une révolte libertaire et poétique rejetant non un régime mais toutes les formes de pouvoir – et en premier lieu les chaînes intérieures.

 

4. Il nous faut une victoire (Notre dixième bataillon de débarquement) (1970)

Chanson sur la guerre
Chanson de film/dessin animé

Interprète : Nina Ourgant / Boulat Okoudjava
Musique : Boulat Okoudjava
Texte : Boulat Okoudjava

Depuis Koursk et Orel, la guerre nous a menés
Jusqu’aux portes ennemies elles-mêmes, frère, c’est comme ça
Un jour, nous nous souviendrons de cela
Et nous n’y croirons pas
Mais pour l’heure, il nous faut une victoire
Une pour tous, nous en paierons le prix

Okoudjava, c’est le barde. Celui que Vyssotski appelait son « maître spirituel » et celui qui fait le lien entre l’après-guerre et la modernité des années 1980. Fils d’un Géorgien et d’une Arménienne, révolutionnaires convaincus et victimes des purges staliniennes, Boulat Okoudjava, produit soviétique typique s’il en est, a très rapidement dénoncé les excès du communisme sans jamais en renier les idéaux. Le réalisateur de La gare de Biélorussie voulait, pour la chanson de la scène finale, un auteur ayant lui-même connu la guerre. Le film dépeint, vingt ans après la Victoire, la rencontre entre d’anciens compagnons d’armes qui se sont perdus de vue, réunis par la mort de l’un d’eux. Et dans l’époque nouvelle, parmi leurs contemporains plus jeunes, plus légers, malgré leurs chemins très différents et tout ce qui semble les séparer, l’amitié du front, née de l’épreuve, prend le dessus sur toutes les circonstances. L’équipe a dû s’y reprendre plusieurs fois pour tourner cette scène finale : l’actrice, fondant en larmes au milieu de la chanson, était incapable d’aller au bout…

 

5. Le Jour de la Victoire (1975)

Chanson sur la guerre

Interprète : Lev Lechtchenko
Musique : David Toukhmanov
Texte : Vladimir Kharitonov

Ce jour de la Victoire
Qui sent la poudre
C’est une fête
Aux tempes grisonnantes
C’est une joie
Les larmes aux yeux

Rejetée par l’Union des compositeurs, qui faisait alors la pluie et le beau temps en termes de politique musicale publique, Le jour de la Victoire, écrite par le poète et ancien combattant Vladimir Kharitonov, aurait dû sombrer dans les archives. Mais Lev Lechtchenko, en trompant gentiment son monde, est parvenu à la chanter lors d’un enregistrement télévisé – et la chanson a conquis le public. Les producteurs, submergés de lettres enthousiastes, ont été contraints de la programmer – encore et encore. Et Le Jour de la Victoire est devenu cet hymne officieux des vétérans, cette chanson avec laquelle – bien qu’écrite trente ans plus tard – tous ceux qui s’en souvenaient avaient l’impression d’avoir gagné la guerre. Peut-être simplement parce qu’elle dit toute la vérité de ce conflit superbe et effroyable : et l’horreur et la perte, et pas une famille qui n’y ait perdu l’un des siens, et les cicatrices douloureuses, irréversibles – et la grandeur et le courage, et la fierté et la gloire, et le sentiment de la cause juste. Ce jour, nous le rapprochions comme nous pouvions…

 

6. Guerre sacrée (1941)

Chanson sur la guerre

Interprète : Ensemble Alexandrov (Chœurs de l’Armée rouge)
Musique : Alexandre Alexandrov
Texte : Vassili Lebedev-Koumatch

Comme deux pôles opposés
Nous sommes ennemis en tout
Nous nous battons pour la lumière et la paix
Eux – pour le royaume des ténèbres

Lève-toi, pays immense ! Que la noble fureur bouillonne comme une vague… Le texte de Guerre sacrée fut publié dans les journaux deux jours après l’invasion allemande de l’Union soviétique, la mélodie composée par le fondateur des Chœurs de l’Armée rouge en un jour – et la chanson jouée dès le 26 juin 1941 en gare de Biélorussie, […]

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

ExpertTraduit par Julia Breen

Dernières nouvelles de la Russie

Économie

Bilan économique 2017 : une croissance timide

En 2017, la Russie affichait une croissance légèrement inférieure à 2 %, rompant avec la récession qui a touché le pays ces dernières années suite à l’instauration des sanctions. Production, taux de change, inflation, pétrole : le Courrier de Russie fait le point sur les indicateurs économiques à l’origine de cette dynamique.

4 janvier 2018
Économie

Amnistie fiscale : la réponse russe aux sanctions américaines

Vladimir Poutine vient annoncer une nouvelle amnistie pour le retour des capitaux russes placés à l’étranger et propose d’exonérer d’impôt sur le revenu les entreprises rentrées en Russie. Réunissant, le lundi 25 décembre, devant les membres du gouvernement, Vladimir Poutine énonçait deux propositions clefs : prolonger l’amnistie pour le retour des capitaux dans le pays, afin de faire revenir en Russie les actifs placés dans des banques étrangères et des paradis fiscaux ; exonérer de l’impôt sur le revenu (qui s’élève à 13 %) les entreprises rentrées en Russie. Conscient que les nouvelles sanctions, préparées à Washington par le Congrès américain (elles devraient entrer en vigueur en février 2018), […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

28 décembre 2017
Économie

La Russie prolonge son accord pétrolier avec l’OPEP

Les pays producteurs de pétrole signataires de l’accord OPEP+, qui porte sur la réduction de la production pétrolière, ont décidé, le 30 novembre, de le prolonger de neuf mois, jusqu’à fin 2018. Après cette date, les prix de l’or noir pourraient chuter, avertissent les experts. Décryptage de RBC. Un an sans hausse de la production Fin 2016, suite à la surproduction de brut entre 2014 et 2016 et l’effondrement des prix qui a suivi (d’environ 100 dollars jusqu’à 26 dollars le baril), les 13 États membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et 11 autres pays, dont la Russie, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

4 décembre 2017