Ekaterinbourg, Librairie Joseph Knecht

Ekaterinbourg : une librairie dans une cave

Hélas, la Russie n’est plus ce « pays qui lisait le plus au monde ». Dans les années 1990, de très nombreuses librairies ont fermé et les Russes ont perdu le goût de lire. Ils le retrouvent toutefois aujourd’hui, peu à peu, et ce notamment grâce à quelques aventuriers qui ouvrent des librairies indépendantes à leurs risques et périls. Elles ne sont encore qu’une vingtaine dans tout le pays, étant donné les tarifs de location élevés des espaces commerciaux, le fait que les gens n’ont pas beaucoup d’argent à dépenser pour les livres et l’absence totale de soutien étatique au secteur. Dans ces conditions, tenir une librairie de qualité relève de l’exploit. Olga Tchernavskikh et Sergueï Soloviev font partie de ces héros quotidiens. En 2013, ils ont ouvert une librairie dans la cave d’un immeuble constructiviste de Ekaterinbourg. Le journaliste culturel Andreï Koulik écrit pour le site kultpro.ru comment il l’a découverte et pourquoi il l’aime.

Quand la librairie Bouquiniste, dans le centre, a fermé il y a trois ans, j’ai été très triste. Je ne pouvais pas m’imaginer la ville sans ce lieu où j’avais passé des heures, avec mes amis, dans les années 1980.

Cela ne s’est pas fait en un jour. On a commencé par voir un comptoir de bijouterie occuper la moitié de l’espace de la boutique. Nous avons pris la nouvelle avec résignation : Bouquiniste devait laisser une partie de sa maison aux riches pour pouvoir continuer de vendre ses livres aux pauvres.

Mais la situation a rapidement empiré : l’espace réduit de la librairie a été encore divisé en deux : à droite de l’entrée, on trouvait désormais des livres anciens, des icônes, des pièces de monnaie… bref, de nouvelles bagatelles pour les riches. À gauche, il nous restait encore quelques livres.

Je croisais souvent, chez Bouquiniste, un activiste local, qui enguirlandait régulièrement les vendeurs. On m’a expliqué qu’il s’agissait du propriétaire. J’ai dès lors cessé de m’inquiéter : nous savions tous que c’était un poète et un mécène – avec un homme comme lui, […]

Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou abonnez-vous !

Traduit par Inna Doulkina