A quel saint se vouer ? Cinq reliques populaires de Russie

Voici une sélection de cinq reliques orthodoxes que l’on peut vénérer en Russie.


Près de 500 000 fidèles ont fait la queue entre le 7 et le 13 janvier devant la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou pour adorer l’arche contenant les Présents des Rois mages. Ceux-là précisément, selon la légende, qu’ont tenus dans leurs mains Jésus Christ et la Vierge Marie. Les reliques quittaient pour la première fois la terre grecque, où elles sont conservées depuis le XVème siècle dans le monastère de Saint Paul, sur le mont Athos. L’arche renferme trois plaques d’or ornées de fin filigrane, auxquels sont cousues, par du fil d’argent, des boules faites d’un mélange d’encens et de myrrhe. Voici une sélection de cinq reliques orthodoxes que l’on peut vénérer en Russie.

Les reliques de la sainte Matrone de Moscou

Покровский ставропигиальный женский монастырь у Покровской заставы города Москвы

Elle faisait des miracles sa vie durant et continue d’en réaliser après sa mort – la file d’attente pour adorer les reliques de la Matrone, conservées dans le monastère féminin de Pokrov, est d’une centaine de mètres chaque jour. « Parlez avec moi comme avec une vivante, avait ordonné la Matronouchka. Je vous aiderai tous, je vous écouterai tous. » Les gens qui viennent la voir demandent le bonheur, la prospérité dans la famille, la santé et la chance dans les affaires.

La Matrone avait prédit la Révolution, la Seconde Guerre mondiale et l’effondrement de l’URSS. Il existe une légende sur une rencontre entre Staline et la Matronouchka. On raconte qu’en 1941, quand les Allemands avaient atteint Krioukov et que la panique régnait à Moscou, Staline est allé voir la Matrone – elle lui aurait conseillé de ne pas abandonner la capitale et de survoler trois fois Moscou avec l’icône de la Vierge Marie de Tikhvine. Staline aurait confié cette croisade à son pilote personnel – le commandant de la division aérienne de long cours Aleksandr Golovanov. L’Église ne réfute pas cette légende, mais ne la confirme pas non plus.

Блаженная старица Матрона. Матрона Дмитриевна Никонова. 1881г. - 2 мая 1952 г.

Matrena Nikonova, la future sainte, est née en 1885 dans le village de Sebino, province de Toula. Dieu ne lui a pas accordé la vue. On dit qu’en voyant sa fille nouvelle-née, sa mère a voulu la donner à l’orphelinat mais, après un rêve prophétique, elle a finalement gardé la petite – son quatrième enfant – dans la famille. À partir de ses sept ans, les proches de l’aveugle remarquèrent qu’elle voyait littéralement des choses qui arrivaient par la suite. Rapidement, la maison des Nikonov attira les foules. La Matrone ne refusait son aide à personne, disait si les enfants seraient en bonne santé, comment éviter la maladie, ce qui arriverait demain et dans un an. Mais le principal don de la Matrone était sa capacité de soigner – on dit qu’elle a aidé même des malades désespérés.

La Matrone Nikonova vivait près de nous encore récemment, elle est morte en 1952. 40 ans plus tard, son tombeau au cimetière Danilovsk est devenu un lieu de pèlerinage. Il ne reste presque plus de terre là où elle est enterrée – les gens l’ont emportée par poignées, considérant que la terre du tombeau possédait une puissance miraculeuse. Puis ce fut le début des actions officielles pour la canonisation de la sainte. En 1998, les reliques de la Matrone moscovite ont été transférées au monastère féminin de Pokrov.

Le « Calice inépuisable » de Serpoukhov

3

L’icône de la Vierge Marie du « Calice inépuisable », vénérée parmi le peuple comme miraculeuse, se trouvait jusqu’en 1919 dans le monastère féminin de Vladyk, dans la ville de Serpoukhov. Voici l’histoire de son apparition : en 1878, un paysan du district Efremov, dans la province de Toula, soldat en retraite, a bu toute sa pension et les objets de sa maison et a atteint un état de misère. Pour comble de malheur, il a perdu l’usage de ses jambes, mais n’a pas cessé de boire pour autant. Une nuit, il a vu en rêve un starets, qui a dit « Va à Serpoukhov, dans le monastère de Vladyk, il y a là-bas dans le temple Gueorguiev l’icône de la Vierge Marie « Le Calice inépuisable », dis face à elle l’office, et tu seras sain d’âme autant que de corps. » Après le rêve, qui s’était répété un certain nombre de fois, le paysan a pris la route. Il se déplaçait à quatre pattes et n’avait pas le moindre sou. Malgré toutes les difficultés, le malade se sentit mieux au fur et à mesure de la route.

Quand l’ancien ivrogne est arrivé au monastère de Vladyk, les sœurs furent extrêmement étonnées par sa demande de dire l’office face à l’icône du « Calice inépuisable » : personne n’en avait entendu parler. En cherchant dans tout le monastère, les religieuses se rappelèrent d’une icône suspendue dans le passage reliant le temple Gueorguiev et le clocher – elle représentait un calice. À leur grande surprise, le dos de l’icône portait effectivement l’indication « Calice inépuisable ».

En 1919, après le sac du monastère par les bolchéviques, l’icône du « Calice inépuisable » a été irrémédiablement perdue. Il existe aujourd’hui deux « vénérables copies » à Serpoukhov, la première dans le monastère féminin de Vladyk, et l’autre dans le monastère masculin de Vyssotsk. Les deux ont été peintes dans les années 1990. Dès lors, l’afflux de pèlerins a repris à Serpoukhov. Ce sont souvent les proches et parents d’alcooliques et de toxicomanes qui vont voir l’icône, moins souvent, ce sont les « tourmentés par le mal de l’ivrognerie » eux-mêmes qui prient la Vierge Marie pour la guérison et, miraculeusement, obtiennent ce qu’ils ont demandé.

Le fossé de Seraphin de Sarov

4

Le fossé de la Vierge Marie occupe une place particulière parmi les reliques du monastère Diveevo. Le 25 novembre 1825, la Mère de Dieu est apparue au vénérable Séraphin et a ordonné de fonder la communauté du Moulin, montrant au saint comment ceindre ce lieu d’un fossé et d’un mur. Le vénérable disait que l’Impératrice des cieux avait elle-même mesuré, à l’aide de sa ceinture, le Fossé de trois archines de profondeur et trois de largeur avant de faire le tour de son apanage en bénissant tous les présents.

En 1903, lors des trois journées de célébrations en l’honneur de la canonisation du vénérable Seraphin, le couple impérial  – Nicolas II et Aleksandra Fedorovna – est venu à Diveevo prier pour le don d’un fils. L’office a duré cinq heures, et l’impératrice, malgré ses jambes souffrantes, y a assisté debout jusqu’à la fin. Un an après cette visite à Diveevo, l’empereur russe avait un fils, le tsarevitch Alekseï.

Aujourd’hui encore, on se rend à Diveevo pour obtenir la bénédiction pour un enfantement – élever une prière à saint Séraphin et adorer ses reliques, dans l’espoir de tomber enceinte.

Piotr et Fevronie

5

Nous savons extrêmement peu de choses sur les vies des saints Piotr et Fevronie. On sait que ce couple princier a vécu à Mourom au XIIIème siècle, qu’ils avaient trois enfants, que les époux sont morts tous deux le même jour après avoir décidé, au crépuscule de leur vie, de se faire moines. Exception unique, le prince et la princesse sont enterrés dans le même tombeau. Ce sont probablement ces circonstances qui ont contribué à ce que les saints Piotr et Fevronie, dont l’exaltation est arrivée en 1547, deviennent les protecteurs du couple et du mariage. Leurs reliques sont conservées dans le monastère féminin de Troïtsk, à Mourom.

Généralement, demandent l’aide des saints ceux qui rêvent de trouver leur amour, de se marier – hommes ou femmes. Ils aident aussi les gens qui ont une famille mais qui, pour telle ou telle raison, connaissent des problèmes – incompréhension, jalousie, désaccord dans les rapports ou absence d’enfants. Viennent aussi auprès des reliques des gens qui ont des difficultés à communiquer avec leurs enfants.

La source sacrée de Sergueï de Radonej

6

La source « Gremyatchiï » se trouve à 14 kilomètres de Serguiev Possad, non loin du village de Vzglyadnevo, sur la berge gauche de la rivière Vondiga. Comme on dit dans le peuple, cette source est parmi les plus miraculeuses. Elle est apparue il y a près de 600 ans sur une colline où saint Sergueï de Radonej avait prié pour l’union du peuple russe afin de se libérer du joug tataro-mongol. Une source extrêmement pure a jailli directement de la montagne. L’eau de cette source est proche, par sa composition, de l’eau minérale narzan du Caucase, très oxygénée, et il faut la boire comme une eau thérapeutique. La source a trois torrents, et l’on prête à chacun d’eux des vertus médicinales particulières : celui de droite est « du cœur », celui du centre « de la tête », et le gauche : « des maux féminins ». La température de l’eau de la source se maintient toute l’année à 4°C.