Saint-Pétersbourg : mythes et réalités

Saint-Pétersbourg : mythes et réalités

Saint-Pétersbourg est connue pour ses nuits blanches, mais aussi pour ses lieux mythiques dont le nombre dépasse les limites du raisonnable. Les amoureux de Dostoïevski y visitent la maison de Raskolnikov, les rockers s’y rappellent les beaux jours du café Saïgon, endroit culte des belles années de la Perestroïka. Intellos et lesbiennes, les cours de Saint-Pétersbourg abritent tous les marginaux de Russie, rejetés de leurs contrées natales. Le Courrier de Russie cherche ce qui les pousse vers les rives de la Néva dans son dossier spécial « Mythes de Saint-Pétersbourg ».

Saïgon

Dans les années 1960, le café Saïgon, situé au coin des avenues Nevski et Vladimirski, accueillait toute la bohème de Leningrad : Iossif Brodski, futur prix Nobel, y côtoyait l’écrivain dissident Sergueï Dovlatov, qui avait coutume de venir en robe de chambre et en chaussons. Boris Grebentchikov, rocker encore peu connu, attirait l’attention par ses ballades romantiques autant que par ses cheveux très longs, coiffure des plus incongrues pour l’époque. Peintres vagabonds et étudiants en lettres y refaisaient le monde ou, simplement, s’y payaient un « petit noir », simple ou double, car Saïgon était alors le seul lieu de la ville muni d’une machine à café dernier cri.

Le café a fermé ses portes quand Leningrad a retrouvé son nom de capitale impériale. Comme si la ville nouvelle n’avait plus besoin de ce repère de poètes maudits de la période soviétique. Reste la mémoire. Les éditions Samizdat ont publié récemment un recueil, Les crépuscules du Saïgon, réunissant les souvenirs des habitués, leurs poèmes et leur prose.

« Le Saïgon, c’est un vrai mythe, raconte Mikhaïl Yasnov, poète et fidèle parmi les plus anciens de l’endroit. On le décrit souvent comme un club d’initiés, alors que c’était juste un petit bistrot sympathique. Les gens y passaient boire un expresso avant d’aller s’acheter une bouteille de porto et la boire ensemble dans une cour d’immeuble déserte. Il était hors de question d’aller chez l’un ou l’autre, car on habitait tous dans des appartements communautaires. Beaucoup de personnalités intéressantes y sont passées, mais de là à dire que le Saïgon fut un berceau des jeunes talents de Léningrad… On exagère largement aujourd’hui la réputation de ce lieu. Brodsky aurait été un grand poète avec ou sans le Saïgon, et des tas de jeunes gens s’y sont gavés de café des journées entières sans jamais rien produire d’exceptionnel… »

Noir

Parmi des manteaux de toutes les couleurs, un Pétersbourgeois choisira immanquablement le noir. Ce n’est pas un mythe, mais un simple constat. Cette prédilection s’explique moins par le spleen éternel qui habite l’âme des habitants de la capitale du Nord que par la situation géographique de la ville.

Le soleil est rarement au rendez-vous à Saint-Pétersbourg. Ses cieux, quand les nuages les épargnent, sont d’un blanc pâle. Dans ce gris permanent, rien ne donne envie de se déguiser en perroquet. En revanche, les tee-shirts bleu ou vert pastel partent toujours les premiers des boutiques de la ville. Par sa gamme de couleurs délavées, Saint-Pétersbourg donne goût au graphisme, à la différence des villes du Sud qui font aimer la peinture. […]

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Inna Doulkina, Anastassia Petrova

Dernières nouvelles de la Russie

Culture

Arythmie : à voir pendant la Semaine du cinéma russe à Paris

La Semaine du cinéma russe vient d’ouvrir à Paris. Si vous n’aviez qu’un film à voir, optez pour Arythmie. Le réalisateur, Boris Khlebnikov, a réussi à faire un film dont les Russes parlent dans les cafés et aux arrêts de bus, qui les fait applaudir à l’issue de la séance et quitter la salle en pleurant. Arythmie est un film fidèle, juste et tendre sur la Russie d’aujourd’hui et ceux qui l’habitent. Un film dans lequel les Russes se reconnaissent et se disent : « Ça parle de nous ! » Au centre du récit : un jeune ambulancier. Tous les jours, Oleg va secourir chez elles des personnes ayant composé le 103. Ce numéro qu’en Russie, on appelle quand on a soudain mal, que l’on subit un traumatisme, une douleur aïgue – quand on a besoin d’aide ici et maintenant. Alors, une équipe d’ambulanciers vient chez vous, vous fournit les premiers secours et vous emmène à l’hôpital si besoin. Ce système de « Secours rapide » (Skoraïa Pomoch) a été créé en URSS en 1926. Sauf qu’il subit depuis quelques années des coupes budgétaires drastiques, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

9 novembre 2017
Opinions

Que reste-t-il de 1917 ?

Le centenaire de la révolution, en Russie, est tout sauf une grande fête. Certes, quelques indécrottables communistes défileront en brandissant des portraits de Lénine dans des rues portant son nom – chaque ville et village de Russie en comptant au moins une. Mais c’est tout. Le temps des parades et des festivités collectives est révolu. Voici douze ans déjà que le 7 novembre, jour anniversaire de la révolution, n’est plus férié en Russie. Le pouvoir semble tout faire pour zapper la date, passer au-dessus le plus vite possible – et tourner la page. Et c’est vrai que la date est gênante. Et qu’aujourd’hui, dans les hautes sphères, on ne sait trop qu’en faire. Même le plus grand musée russe, la galerie Tretiakov, a préféré s’abstenir de formuler une lecture claire de la révolution. L’exposition consacrée au centenaire de l’événement frappe par son absence de tranchant. La galerie s’est contentée d’aligner des œuvres peintes en 1917 par des artistes de différents mouvements – images de vie très éloignées des bouleversements historiques. Tout dernier instant de calme avant la tempête. Intéressant à observer mais n’offrant aucune clé pour la compréhension : que s’est-il vraiment passé en Russie en 1917 ? La révolution, en définitive, a-t-elle apporté plus de bien ou de mal au peuple russe ? A-t-elle été, pour l’humanité, un fléau ou une providence ? Que reste-t-il à retenir de cet événement décisif de l’histoire mondiale ? Faut-il le regretter ou saluer son avènement ? Toutes questions qui demeurent sans réponse pour les Russes aujourd’hui. Dans les sondages, seuls 11% d’entre eux déclarent considérer la révolution de 1917 de façon positive. 25% la qualifient d’injustifiable, et 57% n’ont pas d’avis définitif sur la question. Le pouvoir se garde bien, lui aussi, d’interpréter de façon précise les événements d’Octobre. Certes, l’événement est trop massif, trop important, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

7 novembre 2017
Culture

« Notre mission est la promotion de la littérature russe à l’étranger »

Depuis cinq ans déjà, la Russie soutient activement la traduction des auteurs russes en langues étrangères. Plus de 40 romans, nouvelles et essais ont déjà été publiés en français avec le concours de l’Institut de la traduction, basé à Moscou. Son directeur, Evgueni Reznitchenko, explique au Courrier de Russie comment l’institut sélectionne les projets qu’il soutient, et en quoi publier un jeune auteur peut être plus intéressant pour une maison d’édition qu’un grand nom. Le Courrier de Russie : Sur quoi travaille l’Institut de la traduction ? Evgueni Reznitchenko : Notre mission première est la promotion de la littérature russe contemporaine à l’étranger. Si nos classiques sont assez largement traduits, les auteurs actuels restent souvent méconnus dans les autres pays – et nous œuvrons à y remédier. Notamment en organisant, partout dans le monde, des manifestations visant à faire connaître la littérature russe contemporaine, mais aussi en soutenant des traducteurs et des éditeurs étrangers qui publient des auteurs russes. LCDR : L’Union soviétique avait un important programme de soutien aux traducteurs. Peut-on dire que vous vous inscrivez dans la même lignée ? E.R. : Oui et non. À l’époque soviétique, l’État embauchait des traducteurs étrangers, les faisait venir et travailler en URSS, puis publiait les ouvrages traduits et les envoyait de par le monde, aux sièges des partis communistes, qui devaient se charger de les distribuer. Mais en réalité, on ne sait pas ce qu’il est advenu de la plupart de ces milliers de livres. Aujourd’hui, nous travaillons tout à fait différemment : la Russie conclut avec des éditions étrangères des partenariats afin de mener des projets communs. Et chacun met la main à la pâte : nous finançons la traduction, et l’éditeur se charge d’assurer la publication et la promotion. Nous ne sommes plus la seule partie intéressée, comme autrefois. Dans la répartition des tâches actuelle, tous s’investissent, et chacun sort gagnant. LCDR : Comment sélectionnez-vous les projets à soutenir ? E.R. : Chaque année, entre le 1er octobre et le 31 décembre, des éditeurs du monde entier nous soumettent leurs intentions de publier des œuvres d’auteurs russes. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

31 octobre 2017