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Œuvre du Groupe 310, sur une commande de la Mairie de Moscou D.R. Les rois de la rue

Les rois de la rue

Ou : se sentir maître de sa ville, mode d’emploi

Chansons, guitare et dominos, le tout arrosé de bière ou de whisky bon marché, voilà à quoi se résume, pour la plupart des gens, la « culture urbaine » en Russie. Pourtant, les jeunes d’aujourd’hui ne passent plus leur temps – que – sur les marches usées des immeubles : ils ont quitté les squares et se prennent pour les princes de la ville. Ils pénètrent dans ses caves ou se baladent sur ses toits sans oublier, au passage, de laisser leurs signatures sur ses murs. Rencontre avec des gens qui ont apprivoisé la rue.

Œuvre du Groupe 310, sur une commande de la Mairie de Moscou D.R. Les rois de la rue
Œuvre du Groupe 310, sur une commande de la Mairie de Moscou. Crédits : D.R.

Skateboard : du lard ou du sport ?

Les premiers skateurs ont envahi les rues des villes russes au début des années 1980. Ils fendaient l’air sur leurs « cercueils jaunes », planches de production soviétique au surnom dû à leur forme caractéristique. Aujourd’hui, les skates ne cèdent en rien aux engins sophistiqués des ados américains. Comme leurs confrères occidentaux, les skateurs russes portent jeans étroits, grosses baskets et bleus aux coudes. On les croise souvent en compagnie de riders qui sautent sur les murs en vélos cross bmx, au grand dam des petites vieilles. Leurs lieux de prédilection à Moscou sont le Mont Poklonnaïa, le Nouvel Arbat et l’esplanade du métro Oktiabrskaïa. Ceux qui préfèrent les pistes équipées se retrouvent sous le pont de Loujniki.

Ces petits amateurs de sport urbain extrême sont l’objet de l’attention soutenue des fabricants de skateboards et de street-wear. En échange de planches et de baskets, les sportifs, qui ont généralement entre 14 et 17 ans, acceptent de tourner dans des clips publicitaires. Diffusées sur Internet, les images attirent des curieux, qui deviennent de nouveaux consommateurs. Cette coopération a pourtant ses écueils : un skateur participant à un tournage ne bénéficie pas d’assurance médicale. En cas d’accident, il devra payer lui-même son traitement, les sponsors ne rencontrant généralement aucune difficulté pour trouver d’autres volontaires.

Mais les skateurs ne sont pas du genre à avoir peur des bosses et des bobos. Au prix d’entraînements acharnés, ils finissent par atteindre un niveau exceptionnel et vont présenter leurs performances à l’étranger. Les deux dieux du skateboard russe, Vlad Esaïlkov et Sacha Touchev, sont accueillis à bras ouverts lors des compétitions européennes. Emportés dans leur danse entre ciel et terre, ils ne s’étonnent plus d’entendre des questions du genre : « Mais, les planches, elles sont collées à vos baskets ou quoi ?! »

Skateboard : du lard ou du sport ? Les rois de la rue

Graffiti : toutes classes confondues

Au début des années 2000, le Mal est arrivé à Moscou, laissant des traces sur les murs des immeubles, dans les stations de métro et sur les cabines des transformateurs. Les gens s’en offusquaient, pestant et se demandant comment on avait pu laisser faire de tels voyous. Les responsables sont bien là mais refusent de dévoiler leurs noms, se présentant comme Fet, Zean et Mouk. Le joyeux trio a cochonné il y a 8 ans tous les espaces libres moscovites, y inscrivant les trois lettres z, l et o, formant le mot « zlo » qui signifie « le mal ». « Nous voulions affirmer que la ville avait basculé du côté obscur », témoignent aujourd’hui les gaillards. Le projet, insolent et audacieux, marqua l’arrivée du graffiti en Russie. Cet art libre, au goût de risque et de révolte, a rapidement fait des adeptes et le visage tout gris du Moscou post soviétique se para soudain de couleurs vives. Avec le temps, les ados rebelles sont devenus des artistes renommés. Fet, Zean et Mouk se sont assagis et ne dégradent plus le patrimoine municipal depuis que la Galerie Trétiakov a acheté en 2006 une de leurs toiles, première œuvre graffiti de sa collection. Désormais, ils s’appellent le Groupe 310 et participent à tous les festivals de street art organisés dans la ville. « Nous brisons toujours les frontières établies, se défend Fet d’un ton solennel. Ainsi, dans nos œuvres, le mot n’a pas un rôle primordial. Il cohabite en toute amitié avec des éléments de design graphique et d’art contemporain. » Les trois artistes ont effectivement chacun leur courant de prédilection : Fet s’exerce au pop art, Mouk préfère l’abstraction et Zean, plus conservateur, le réalisme. Leur dernier projet en date est un panneau qui orne l’édifice de la station de métro Babouchkinskaïa, réalisé sur une commande de la mairie. Alors, si même Monsieur le Maire encourage les vandales…

Graffiti : toutes classes confondues: Les rois de la rue

Yo-yo : le plus vieux jouet du monde

Une bande de potes du quartier Sokolniki tombe par hasard sur des vidéos de yo-yo sur Internet, et c’est la révélation : « C’était en 2003. On a été complètement fascinés par le spectacle de ces types faisant des trucs incroyables avec deux bouts de bois accrochés sur une ficelle. Je serais incapable de vous expliquer ça de façon rationnelle. » Et puis, c’est le début de l’aventure, ils commandent des pièces détachées aux Etats-Unis, fabriquent leurs jouets de leurs petites mains et imitent les exercices. « On jouait partout, tout le temps : dans la rue, le métro, pendant les concerts et les festivals en plein-air. Des tas de jeunes nous suivaient, nous demandaient d’où venaient ces trucs bizarres : on a littéralement crée une demande. Alors, on a décidé de lancer la production de yo-yos en Russie parce que ça n’existait pas, à l’époque, sur le marché. » Les garçons se fournissent en France, achetant les équipements spécialisés nécessaires à la fabrication. Le premier modèle fut baptisé Fakel-yo-yo. « Il était de bonne qualité, avec seulement une faiblesse du côté des freins, qui se cassaient souvent. » La passion ainsi déclenchée conduit à l’ouverture d’un cours de yo-yo, remplissant à craquer, chaque dimanche, le gymnase de l’école de quartier où ils sont installés. Des concurrents ont même fait surface, créant le Gyroscope yo-yo, plus performant. En 2006, notre bande de jeunes yo-yophiles organisent le premier championnat russe dans cette discipline un peu spéciale, invitant les célébrissimes Américains du « Yo-Yo-Factory ». Depuis, l’enthousiasme est retombé, les gars de Sokolniki se lassant et personne ne se présentant pour reprendre le flambeau. Quelques amateurs se retrouvent pourtant encore, de temps en temps, près du Pont Andreevski. Le yo-yo russe attend son Sauveur…

Svetlana Strelnikova

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