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festival Krylia. En France, s’il y avait l’armée aux concerts, personne ne viendrait !

En France, s’il y avait l’armée aux concerts, personne ne viendrait !

A la sortie du festival Krylia (les Ailes) qui a eu lieu à Moscou fin juillet, Tristan Nihouarn de Matmatah et Kaï de NSK, deux groupes de rock français qui y ont participé, ont confié au Courrier de Russie leurs impressions mitigées sur les concerts, le public, les Russes et la Russie.

Tristan Nihouarn de Matmatah, festival Krylia à Moscou. En France, s’il y avait l’armée aux concerts, personne ne viendrait !
Matmatah

LCDR : Quelles sont vos impressions sur le concert ?

Matmatah : Le public était un peu calme. Les Suisses, à côté, c’est des épileptiques. J’étais surpris de voir les gens très loin, à je ne sais pas combien de mètres, avec plein de militaires devant. C’était un peu bizarre.

NSK : Oui, c’est ça. Tu arrives à un festival, et d’un coup tu vois des rangées de militaires qui sont là et tu sais pas pourquoi ils sont là. Ils sont peut-être trois mille ? On n’a jamais vu ça !

LCDR : En France, cela ne se passe pas comme ça ?

NSK : Ah, non. En France, tu as un service de sécurité, qui est juste devant la scène, mais privée. Et là, c’est l’armée. S’il y a un problème, si une personne s’évanouit, ils pourront l’évacuer. Il y a des gens qui montent sur la scène, ils vont pouvoir les faire redescendre, mais ils n’ont pas de matraques et puis c’est pas l’armée surtout. Tu peux voir la police mais qui reste à l’extérieur, discret, qui surveille de loin, mais bon… qui n’intervient pas. Et ce qui nous a aussi frappés, toujours à Krylia, c’est la zone des privilégiés, le carré VIP juste devant la scène. C’est pire que les militaires !

LCDR : Aux festivals français, cela n’existe pas non plus ?

NSK : Ah, non, non. Pour nous, on n’arrive pas à comprendre comment c’est possible. Il y a aussi des espaces de privilégiés en France, mais c’est beaucoup plus réduit, 50 personnes. Et souvent c’est un peu à l’extérieur, à l’écart de la scène. La scène, c’est vraiment pour le public. Donc, les gens tu les as quand même devant. Là ce qui était bizarre, c’est d’avoir le vide avec quelques personnes dans le carré VIP, qui ne sont pas spécialement les plus motivés, et puis au loin, tu vois la foule. Il y a un décalage qui est surprenant pour nous.

LCDR : Qu’est-ce que vous pensez du public russe ?

NSK : Comme les gens sont très loin, on a vraiment l’impression qu’ils n’ont pas de réaction. Ce qui m’a fait peur, c’est qu’ à mon avis, les gens du public n’étaient pas capables de s’autoriser à s’amuser, qu’ils n’ont pas l’habitude de s’amuser. C’est peut-être parce que la vie est dure, mais en tout cas, c’est très choquant pour nous. En tout cas, en France, s’il y avait l’armée aux concerts, personne ne viendrait.

LCDR : Pour Matmatah, c’est votre troisième visite, qu’est-ce qui a changé depuis votre premier séjour en 2002 ?

Matmatah : Beaucoup de choses, et pas forcément dans le bon sens. La mondialisation est partout. La dernière fois quand on est venu sur la place Rouge, on a vu des Tortues Ninja. On a l’impression d’être à Disneyland. C’est un peu dommage. Mais c’est vrai que c’est partout pareil. Toutes les capitales européennes ont aujourd’hui la tendance à se ressembler, et c’est chiant.

LCDR : Quelle idée sur les Russes avez-vous réussi à vous faire ?

Matmatah : Ils sont difficiles d’accès, assez rustres, un peu comme des ours, mais après, quand on les connaît, ça va beaucoup mieux. Ils me rappellent un peu les gens du Nord de la France : ils ne t’accueillent pas forcément à bras ouverts, mais quand tu deviens copain avec eux, tu peux compter sur eux. Les gens au Sud, au contraire, ils te disent : tu es mon ami tout de suite, et après… Cela ne nous dépayse pas tellement, on est un peu comme ça nous aussi.

LCDR : Qu’est-ce que vous aimez et qu’est ce que vous détestez en Russie ?

Matmatah : Pour ce que j’aime bien, le saint éternel caviar, c’est pas dégueulasse. Mais c’est devenu hors de prix ! Puis les filles sont assez belles. Elles ont une certaine plastique et du charme. Ce qui m’a choqué, c’est de voir tout le monde dans la rue avec des bouteilles de bière. Pourtant, nous, on boit. Je ne veux pas non plus donner de leçons, mais cela m’a frappé.

LCDR : Quel slogan pourriez-vous proposer au festival Krylia ?

Matmatah : Rapprochez-vous !

Propos recueillis par Inna Doulkina

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