Le 27 février, à environ 4 heures du matin, des inconnus armés ont occupé les bâtiments du parlement de Crimée et du Conseil des ministres. Ils en ont retiré les drapeaux ukrainiens des frontons pour hisser à la place des drapeaux tricolores russes.

Simferopol. Crédits : Nina Fasciaux
Simferopol. Crédits : Nina Fasciaux

50 activistes d’organisations pro-russes se trouvaient à ce moment-là près du bâtiment du parlement, ou Conseil suprême de la république autonome. Ils étaient restés sur place après la rixe qui avait opposé, la veille, des Russes et des Tatars de Crimée.

Les activistes racontent avoir vu arriver près du bâtiment, juste avant l’aube, deux Kamaz militaires, dont sont sortis quelques dizaines d’hommes armés en tenue de camouflage. Certains avaient des fusils de précision et des lance-grenades. « Nous leur avons expliqué que nous étions là pour protéger le Conseil suprême contre les extrémistes. Après ça, ils nous ont dit que nous étions libres, et eux se sont dirigés vers le parlement », confie un des témoins des événements de la matinée.

Toujours selon notre interlocuteur, les combattants ont pénétré dans le bâtiment pratiquement sans rencontrer d’obstacles. Ils ont brisé quelques vitres et ouvert la porte, les agents de la sécurité du bâtiment ne leur opposant aucune résistance. Au bout de quelques minutes, les miliciens qui assuraient la sécurité du Conseil suprême de Crimée sont sortis du bâtiment, puis sont partis.

C’est le Premier ministre de Crimée, Anatoliï Moguilev, qui est allé négocier avec les occupants du Conseil des ministres de la république. En sortant, il a déclaré qu’une cinquantaine d’hommes armés occupaient le Conseil suprême de Crimée et le Conseil des ministres. « Ils ne disent pas qui ils représentent. Nous avons échangé des numéros de téléphone pour la poursuite des négociations. Nous excluons pour l’instant de reprendre les bâtiments d’assaut. Ils ont fait sortir tous les agents de sécurité et les ont laissés partir avec leurs armes », a déclaré M. Moguilev.

Simferopol. Crédits : Nina Fasciaux
La Rada de Simferopol. Crédits : Nina Fasciaux

Dès dix heures du matin, les habitants de la république ont commencé d’affluer vers le parlement régional. Près de deux cents représentants des organisations pro-russes se sont rassemblés près de l’obélisque de Dolgoroukiï à Simferopol. « Aujourd’hui, le drapeau de la Fédération de Russie a été hissé au fronton de notre parlement, et nous n’avons aucun doute sur le fait qu’il ne sera pas retiré. La garantie de cette assurance, c’est notre fermeté. Si nous nous dispersons maintenant, nous trahirons ces hommes [qui occupent l’administration, ndlr] », a déclaré le chef du comité exécutif de la communauté russe de Crimée Oleg Slioussarenko, présent sur les lieux.

Vers midi, près de deux cent activistes étaient déjà réunis au pied du parlement, exigeant des députés la tenue en urgence d’une assemblée du Conseil suprême de Crimée. Les occupants du bâtiment avaient commencé, un peu plus tôt, de laisser entrer les députés.

Cette session extraordinaire s’est poursuivie jusque peu après 17 heures. Les députés avaient voté la démission du gouvernement Moguilev et l’organisation, le 25 mai, d’un référendum sur le statut de la Crimée. La question posée lors de ce référendum régional sera la suivante : « Approuvez-vous la souveraineté étatique de la république autonome de Crimée au sein du territoire de l’Ukraine sur la base d’ententes et d’accords ? » [La date prévue du référendum a, depuis, été avancée au 16 mars, ndlr].

Après 19 h, les députés ont commencé de quitter le bâtiment du Conseil suprême de Crimée, déclarant aux journalistes que le président du parti Unité russe Sergueï Axionov avait été élu nouveau Premier ministre de Crimée. Anatoliï Moguilev a pour sa part confirmé sa démission.