Le ministre ukrainien de l’Energie, Iouri Prodan, a déclaré le 9 avril que Kiev avait cessé de remplir ses réserves souterraines de gaz russe. M. Prodan a ainsi expliqué que l’Ukraine ne pouvait pas accepter le nouveau prix du gaz décrété par Moscou depuis le 1er avril 2014, soit 485 dollars les 1000 m3.

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Installation gazière de Gazprom en Ukraine – Crédits : Gazprom.ru

Le ministre a ajouté que Kiev menait actuellement des négociations avec Moscou pour revenir au prix de 268,5 dollars les 1000 m3, établi par Gazprom pour le premier trimestre 2014. La Russie a effectivement augmenté de 80 % son tarif du gaz pour l’Ukraine ce mois-ci. Pour Moscou, il s’agit toutefois non d’une « augmentation » mais de l’annulation de la série de ristournes qu’elle accordait autrefois à l’Ukraine, à condition que cette dernière honore ses dettes à Gazprom. Kiev n’ayant pu payer ces dettes, qui s’élèvent à 2,2 milliards de dollars selon Gazprom, Moscou a annulé les réductions.

Le ministre ukrainien de l’Energie a confirmé que l’Ukraine devait toujours de l’argent à Gazprom, mais il a assuré qu’il s’agissait de la dette du mois de mars, s’élevant seulement à 550 millions de dollars.

M. Prodan a en outre annoncé que l’Ukraine se ferait désormais livrer son gaz depuis la Slovaquie (qui l’achète elle-même à la Russie). « La commission européenne promet de nous soutenir entièrement sur ce point », a-t-il souligné. Selon le ministre, en effet, les représentants des compagnies énergétiques européennes qu’il a rencontrés lors de sa visite à Bruxelles lui ont confirmé qu’ils disposaient de tous les moyens techniques pour effectuer cette livraison. Le seul obstacle demeure juridique : Gazprom est opposé à ce que ses clients redistribuent son gaz.

« La semaine prochaine, notre représentant va rencontrer un opérateur slovaque à Bratislava pour discuter de toutes ces questions », a précisé le ministre.

Le ministre n’a pas exclu une coopération future entre Kiev et l’UE sur l’exploitation des gazoducs passant en Ukraine.

L’Ukraine avait d’abord envisagé d’acheter à la Russie, pour l’année 2014, entre 27 et 30 milliards de m3 de gaz. Cependant, le 26 mars dernier, le holding énergétique de l’Ukraine, DTEK, a déclaré qu’il achèterait plutôt ce gaz russe à l’Europe, selon un tarif moins élevé que celui pratiqué désormais par Moscou.

Les ministres russe et français des affaires étrangères Sergueï Lavrov et Laurent Fabius ont évoqué le 31 mars des solutions à la crise en Ukraine, suite à la rencontre de M. Lavrov avec John Kerry à Paris.

La France rejoindrait la Russie sur la question de la fédéralisation de l'Ukraine
La France rejoindrait la Russie sur la question de la fédéralisation de l’Ukraine. Source : EPA

M. Lavrov et M. Fabius seraient notamment tombés d’accord sur le fait que l’Ukraine a besoin d’une réforme constitutionnelle d’urgence, impliquant la participation de toutes ses régions et qui aboutirait à une fédéralisation du pays, rapporte le 31 mars le service de presse du ministère russe des affaires étrangères.

« Nous sommes convaincus que la fédéralisation constitue une des principales composantes de la réforme constitutionnelle qui doit être initiée par le pouvoir ukrainien actuel », avait déjà déclaré M. Lavrov suite à son entretien avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry, le 30 mars.

Ce dernier avait de son côté souligné à nouveau l’« illégitimité et illégalité » du rattachement de la Crimée à la Russie, et appelé les Russes à retirer leurs forces armées de la frontière russo-ukrainienne. M Kerry avait également affirmé qu’il n’y aurait « pas de décisions sur l’Ukraine sans l’Ukraine ».

La fédéralisation du pays n’est toutefois pas de l’avis des autorités ukrainiennes pour l’instant : elles se prononcent radicalement contre un changement de nature du régime. Le président par intérim Olexandre Tourtchinov propose de simplement renforcer l’autonomie et la responsabilité économique des régions. « Les régions doivent être fortes et sont censées développer elles-mêmes des opportunités, comme c’est le cas dans les pays civilisés de l’Europe », a-t-il affirmé le 31 mars, lors de sa visite du centre d’entraînement de la Garde nationale ukrainienne.

Le candidat à la présidentielle perçu comme favori, Petro Porochenko, a quant à lui proclamé que « concernant la nature de notre régime politique, nous nous passerons des conseils de Moscou, Bruxelles ou Washington ».

Rappelons que la rencontre entre les chefs des diplomaties russe et américaine a eu lieu à Paris suite à un entretien téléphonique entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain Barack Obama, le 29 mars. Les deux chefs d’États s’étaient notamment entendus sur la nécessité d’une « désescalade » de la crise en Ukraine. Il s’agissait du premier contact entre les deux présidents depuis l’annonce, mi-mars, de l’introduction de sanctions économiques contre la Russie suite au rattachement de la péninsule de Crimée à la Fédération.

L’assemblée générale de l’ONU a adopté le 27 mars une résolution sur l’Ukraine qui soutient l’intégrité territoriale du pays et condamne les agissements de la Russie. Le correspondant de Kommersant Maksim Iousine analyse la situation.

Mathématiquement parlant, l’Occident a gagné la « bataille pour l’ONU » : le document qui condamne les actions de Moscou a été soutenu par 100 pays. Mais si l’on ajoute ceux qui ont voté contre (11 pays) à ceux qui se sont abstenus (58 pays) et ont refusé de voter (24), on obtient la somme de 93, soit presque autant. Il se trouve que la question de la Crimée a divisé les 193 membres de l’ONU en deux blocs.

Les 28 pays de l’UE ont fait, comme prévu, preuve de discipline en soutenant unanimement la résolution. La plupart des candidats à l’adhésion à l’UE – dont l’Albanie, la Macédoine et le Monténégro, considéré comme le plus russophile des États européens – se sont alignés. La Serbie, en revanche, alliée de la Russie, n’a pas participé au vote, pas plus que la Bosnie.

Parmi les membres de la CEI, seuls trois pays ont approuvé la résolution – l’Azerbaïdjan, la Moldavie et l’Ukraine elle-même. La Russie s’est prononcée contre, aux côtés de la Biélorussie et de l’Arménie. Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan se sont abstenus, tandis que le Kirghizistan, le Tadjikistan, et le Turkménistan n’ont pas participé.

Les pays du BRICS ont refusé de condamner la Russie : la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud et le Brésil se sont ainsi abstenus.

Moscou a reçu le soutien de l’Amérique du Sud : seuls trois pays ont soutenu la résolution (Pérou, Chili et Colombie), deux ont voté contre (le Venezuela et la Bolivie) et sept se sont abstenus (le Brésil déjà mentionné, l’Argentine, l’Équateur, l’Uruguay, le Paraguay, le Surinam et la Guyane).

Sur les 47 pays africains, 31 n’ont pas soutenu la résolution. Pas plus que les pays asiatiques, dont l’Inde, le Pakistan, l’Afghanistan, le Vietnam, le Bangladesh, le Cambodge, le Népal, la Mongolie, la Birmanie, le Sri Lanka et Brunei. Le Laos n’a pas participé et la Corée du Nord a voté contre.
La position d’Israël, qui n’a pas participé au vote, fut une surprise pour beaucoup. L’Iran, son opposant, a fait de même. Près de la moitié des pays arabes n’a pas voté. L’Égypte, l’Irak et l’Algérie se sont abstenus, la Syrie et le Soudan se sont prononcés contre et le Maroc, l’Oman, le Liban, les Émirats unis et le Yémen n’ont pas participé.

Le bilan du vote rappelle la donne classique du temps de l’URSS et de la Guerre froide : d’un côté l’Occident, de l’autre – le « tiers monde » (Asie, Afrique, Amérique latine et Serbie). Seuls les pays du pacte de Varsovie sont tous passés de l’autre côté. Les anciens alliés de Moscou en Europe de l’Est jouent désormais un rôle actif dans le « camp adverse ».