Le week-end des 1er et 2 mars a été particulièrement noir pour la monnaie russe : à l’ouverture de la bourse ce lundi 3, le dollar s’envolait à 37 roubles tandis que l’euro atteignait les 50,7 roubles.

stockvault
stockvault

La monnaie russe bat ainsi deux tristes records historiques : en franchissant la barre des 50 roubles pour un euro et celle des 36,79 roubles pour un dollar, qui dataient de 2009.

En Sibérie, à Krasnoïarsk, la banque Kanski a même fixé le taux de vente de l’euro à 60 roubles : « Le cours a augmenté, cela ne dépend pas de nous », s’est justifiée la banque à l’agence de presse Interfax.

Les deux indices de la place financière moscovite, le Micex et le RTS, dégringolaient respectivement de 7% et 8% une demi-heure après l’ouverture du marché, ce matin. La valeur des actions de certaines grosses compagnies a ainsi chuté jusqu’à 10 %.

Ces mouvements sur les marchés financiers en Russie sont directement liés à l’annonce par Vladimir Poutine, samedi 1er mars, d’une éventuelle intervention militaire russe en Crimée.

Dimanche 2 mars, sur la chaîne de télévision Dojd, l’économiste Sergueï Aleksachenko expliquait ainsi que la crise ukrainienne aurait des répercussions sur l’économie russe, qui devrait voir le rouble continuer de chuter et ses capitaux fuir à l’étranger : « L’effet à court terme est tout à fait évident : nous devons nous attendre, demain, à un effondrement du dollar et du rouble sur les marchés financiers, à la chute du marché des actions et à celle des indices Micex et RTS. Sur le long terme, évidemment, les risques politiques augmentent de façon spectaculaire et l’attractivité de la Russie pour les investisseurs étrangers diminue significativement », a-t-il pronostiqué.

L’effondrement du rouble pourrait également générer une augmentation des prix des denrées alimentaires. Certaines chaînes de magasins ont déjà été averties par leurs fournisseurs que les prix de gros allaient augmenter. Le ministère russe du développement économique, qui répond du cours du rouble, a revu ses prévisions d’inflation pour 2014 à la hausse : de 0,3 à 0,5 %.

Dans les coulisses de la Maison Blanche, l’administration Obama prévoit des sanctions économiques à l’encontre la Russie, qui pourraient, selon une source anonyme citée par le Daily Best, « concerner tous les niveaux : des dirigeants militaires et gouvernementaux aux hommes d’affaires éminents et séparatistes russes en Ukraine ». Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a également menacé la Russie de mesures sévères, évoquant, à terme, « la possibilité de geler les actifs et de restreindre la délivrance des visas pour les ressortissants russes ».

Le ministère russe de l’économie encourage les hommes d’affaires russes à participer à des projets d’investissements prometteurs en Crimée, république autonome d’Ukraine, selon une information du quotidien Kommersant publiée le 27 février.

Crimée. Sébastopol. Crédits : Igor Bugav - Vkontakte
Sébastopol. Crédits : Igor Bugav – Vkontakte

Une liste de projets nécessitant l’appui des investisseurs russes a été établie par la mission commerciale russe en Ukraine. Le montant total de ces programmes dépasse les cinq milliards de dollars. Parmi les plus ambitieux, la reconstruction de l’autoroute Kherson – Djankoï – Théodosie – Kertch, estimée à 1,4 milliard de dollars, ainsi que des projets liés aux ports maritimes d’Eupatoria, Théodosie, Kertch et Yalta, pour une somme totale de près de 1,8 milliards de dollars.

Certains de ces projets d’investissements avaient déjà été étudiés en 2013, dans le cadre du renforcement de la coopération économique Russie-Ukraine. Cependant, des projets supplémentaires se sont ajoutés à la liste après une réunion de la commission intergouvernementale russo-ukrainienne à la mi-décembre.

L’appel du ministère de l’économie a été envoyé à la Chambre de commerce et d’industrie après la chute du gouvernement ukrainien, le 22 février. Le ministère n’y fait pourtant aucune mention des nouvelles réalités politiques de l’Ukraine. Selon la source de Kommersant, il n’est pas exclu que le ministère de l’économie se contente d’exécuter ses anciens plans.

Sébastopol. Crédits : Mikhail Kravchenko - Flickr
Sébastopol. Crédits : Mikhail Kravchenko – Flickr

Les experts rappellent que la Crimée est un territoire traditionnellement attractif pour les investisseurs russes, tout en soulignant la nécessité d’attendre la stabilisation de la situation politique et économique en Ukraine afin de garantir la sécurité des investissements.

Le rédacteur en chef de la revue Russia in Global Affairs, Fedor Loukianov, considère la recherche d’investisseurs russes pour des projets en Crimée comme « un geste politique pertinent, destiné à démontrer l’implication de la Russie dans la république ».

L’Ukraine est actuellement en pleine crise politique et économique. Elle doit en effet trouver d’ici le 1er mars, soit dans les trois prochains jours, cinq milliards d’euros pour éviter le défaut de paiement. L’Union européenne a ainsi, de son côté, chargé le commissaire européen aux affaires économiques et financières Olli Rehn, en coopération avec le Fonds monétaire international, de fournir au pays une aide financière.

Par ailleurs, Sberbank et VTB, respectivement première et deuxième banque de la Fédération de Russie, ont annoncé qu’elles n’accorderaient plus de nouveaux crédits en Ukraine mais maintiennent tout de même leur activité sur place.