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Cette 21e édition a battu le record du nombre de participants : cette année, plus de 14 000 personnes originaires de 143 pays ont assisté au SPIEF. Paradoxalement, la délégation la plus nombreuse a été celle des États-Unis, pays à l’origine des sanctions visant la Russie. À l’issue du forum, 475 accords d’investissement ont été conclus, pour un montant de 2 000 milliards de roubles, soit deux fois plus que l’an dernier. Les discussions tenues en marge du forum ont, comme de coutume, principalement tourné autour de la situation économique en Russie et du potentiel de cette dernière sur la scène internationale. Le président Vladimir Poutine a fait état de la croissance de l’économie russe et de l’objectif réussi de juguler l’inflation, avant de souligner la multiplication par cinq des flux d’investissements directs en 2016 : de 6,8 à 33 milliards de dollars. Le ministre des finances, Anton Silouanov, a quant à lui attiré l’attention sur le vif intérêt des investisseurs étrangers pour les obligations locales du fait de leur rendement élevé. Le ministre a par ailleurs exprimé l’espoir que l’intérêt des pays étrangers pour les projets russes continue à s’accroître, par exemple pour celui de production de gaz naturel liquéfié – Yamal LNG –, auquel participe le français Total. Le président de Sberbank, German Gref, a pour sa part fait remarquer que la croissance actuelle du PIB de 1 % est, selon lui, très faible et a appelé les économistes russes à ne pas hésiter à se fixer des objectifs ambitieux, notamment en aspirant à une croissance de 6-6,5 %. M. Gref a qualifié les dix prochaines années de « décennie des espoirs », au cours de laquelle « on peut et on doit » atteindre des indicateurs plus élevés. Cette année, les pays invités du forum étaient la Serbie et l’Inde. Présent lors du forum, le ministre serbe des affaires étrangères, Ivica Dačić, a souligné que, malgré la participation de la Serbie aux négociations d’adhésion à l’UE, son pays n’a pas l’intention de rompre ses relations avec la Russie. Au contraire, ses projets incluent une intensification de la coopération économique bilatérale. La participation de l’Inde au forum a coïncidé avec le 70e anniversaire de ses relations diplomatiques avec la Russie. Les représentants des deux pays ont discuté de l’éventualité d’attirer des investissements russes dans l’économie indienne. Un événement majeur dans la coopération énergétique russo-indienne a été la signature d’un accord portant sur la construction de la troisième partie de la centrale nucléaire indienne de Kudankulam. En outre, un contrat d’achat-vente d’actions de Vankorneft a été signé par Rosneft et le groupe de compagnies pétrolières indiennes composé d’Oil India, Indian Oil et Bharat PetroResources. Une table ronde a été consacrée aux relations franco-russes, à laquelle ont participé Alexandre Chokhine, président de l’Union russe des industriels et des entrepreneurs, Emmanuel Quidet, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCI France Russie), Guennadi Timtchenko et Patrick Pouyanné, coprésidents du Conseil économique de la CCI France Russie, ainsi que les grands patrons français et russes. Les participants à la table ronde ont partagé leur expérience en matière de projets conjoints et souligné le potentiel élevé des relations économiques entre les deux pays. Lors du forum, la question des prix du pétrole a fait l’objet d’un vif débat. Alexeï Koudrine, directeur du Centre d’études stratégiques, a insisté sur la planification des dépenses du pays sur la base d’un prix du baril à 45 dollars, ce qui, d’après lui, permettra de combler partiellement le déficit budgétaire. Le ministre des finances Anton Silouanov s’est pour sa part opposé aux « revenus pétroliers faciles » et a attiré l’attention sur la nécessité d’attirer des investissements privés dans les projets d’infrastructures, pour lesquels une série d’accords importants ont d’ailleurs été conclus lors du forum – notamment un mémorandum d’entente concernant le projet Baltic LNG, signé par Gazprom et Royal Dutch Shell afin de développer la coopération en matière de GNL. Également au cœur des discussions : le secteur agro-industriel russe, qui, à en croire les différents intervenants, se développe rapidement et rapporte des bénéfices, autrement dit démontre du potentiel et devient intéressant pour les investisseurs. Au cours d’un débat consacré à ce secteur, le ministre russe de l’agriculture Alexandre Tkatchev a souligné que « l’objectif est non seulement de nourrir notre propre pays mais également d’exporter ». Les participants à la discussion ont en outre souligné la nécessité de s’implanter sur les marchés asiatiques ainsi que l’importance des crédits bon marché pour les agriculteurs et de l’introduction de nouvelles technologies. La hausse des exportations de blé a été déclarée un des objectifs du développement du secteur agro-industriel. C’est dans cette optique que, lors du forum, a été signé un accord de coopération entre le ministère russe de l’agriculture et Obyedinennaïa zernovaïa kompania (Compagnie céréalière unie). Un des invités du forum a également manifesté son intérêt pour une coopération dans ce domaine : la Serbie et la Russie ont l’intention de développer leurs échanges commerciaux de produits agricoles et de denrées alimentaires. Un autre thème majeur a été l’économie numérique, à laquelle le président russe a accordé une attention particulière. Les différents intervenants se sont montrés unanimes : la Russie n’exploite pas pleinement son potentiel technologique. À en croire Alexeï Koudrine, elle accuse un retard de trois à quatre fois par rapport aux pays leaders de la numérisation. La faiblesse de la base normative et juridique dans ce domaine a été l’objet d’une discussion à part. Les participants ont toutefois fait remarquer que les premiers pas ont déjà été faits pour résoudre ce problème. Le gouvernement russe a ainsi élaboré un projet de développement de l’économie numérique. La rédaction de la législation relative à ce projet démarrera dès cet été. L’importance de créer des centres d’innovations et d’améliorer la formation des spécialistes a également été soulignée.

Bilan du SPIEF : du secteur pétrogazier à l’économie numérique

Du 1er au 3 juin, Saint-Pétersbourg a accueilli un des principaux événements annuels du monde des affaires russe et mondial : le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF). Outre les thèmes habituels que sont l’énergie et le développement de l’économie russe dans le contexte des sanctions, le forum a fait la part belle aux réalisations du pays dans le secteur agro-industriel et à la numérisation de l’économie russe.

La numérisation de l’économie russe a fait l’objet d’une attention particulière lors du SPIEF 2017.
La numérisation de l’économie russe a fait l’objet d’une attention particulière lors du SPIEF 2017.

Cette 21e édition a battu le record du nombre de participants : cette année, plus de 14 000 personnes originaires de 143 pays ont assisté au SPIEF. Paradoxalement, la délégation la plus nombreuse a été celle des États-Unis, pays à l’origine des sanctions visant la Russie. À l’issue du forum, 475 accords d’investissement ont été conclus, pour un montant de 2 000 milliards de roubles, soit deux fois plus que l’an dernier.

Les discussions tenues en marge du forum ont, comme de coutume, principalement tourné autour de la situation économique en Russie et du potentiel de cette dernière sur la scène internationale. Le président Vladimir Poutine a fait état de la croissance de l’économie russe et de l’objectif réussi de juguler l’inflation, avant de souligner la multiplication par cinq des flux d’investissements directs en 2016 : de 6,8 à 33 milliards de dollars.

Le ministre des finances, Anton Silouanov, a quant à lui attiré l’attention sur le vif intérêt des investisseurs étrangers pour les obligations locales du fait de leur rendement élevé.  Le ministre a par ailleurs exprimé l’espoir que l’intérêt des pays étrangers pour les projets russes continue à s’accroître, par exemple pour celui de production de gaz naturel liquéfié – Yamal LNG –, auquel participe le français Total.

Le président de Sberbank, German Gref, a pour sa part fait remarquer que la croissance actuelle du PIB de 1 % est, selon lui, très faible et a appelé les économistes russes à ne pas hésiter à se fixer des objectifs ambitieux, notamment en aspirant à une croissance de 6-6,5 %. M. Gref a qualifié les dix prochaines années de « décennie des espoirs », au cours de laquelle « on peut et on doit » atteindre des indicateurs plus élevés.

Cette année, les pays invités du forum étaient la Serbie et l’Inde.

Présent lors du forum, le ministre serbe des affaires étrangères, Ivica Dačić, a souligné que, malgré la participation de la Serbie aux négociations d’adhésion à l’UE, son pays n’a pas l’intention de rompre ses relations avec la Russie. Au contraire, ses projets incluent une intensification de la coopération économique bilatérale.

La participation de l’Inde au forum a coïncidé avec le 70e anniversaire de ses relations diplomatiques avec la Russie. Les représentants des deux pays ont discuté de l’éventualité d’attirer des investissements russes dans l’économie indienne. Un événement majeur dans la coopération énergétique russo-indienne a été la signature d’un accord portant sur la construction de la troisième partie de la centrale nucléaire indienne de Kudankulam. En outre, un contrat d’achat-vente d’actions de Vankorneft a été signé par Rosneft et le groupe de compagnies pétrolières indiennes composé d’Oil India, Indian Oil et Bharat PetroResources.

La Russie et l’Inde ont signé un accord portant sur la construction de la 3e partie de la centrale de Kudankulam.
La Russie et l’Inde ont signé un accord portant sur la construction de la 3e partie de la centrale de Kudankulam.

Une table ronde a été consacrée aux relations franco-russes, à laquelle ont participé Alexandre Chokhine, président de l’Union russe des industriels et des entrepreneurs, Emmanuel Quidet, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe (CCI France Russie), Guennadi Timtchenko et Patrick Pouyanné, coprésidents du Conseil économique de la CCI France Russie, ainsi que les grands patrons français et russes. Les participants à la table ronde ont partagé leur expérience en matière de projets conjoints et souligné le potentiel élevé des relations économiques entre les deux pays.

Lors du forum, la question des prix du pétrole a fait l’objet d’un vif débat. Alexeï Koudrine, directeur du Centre d’études stratégiques, a insisté sur la planification des dépenses du pays sur la base d’un prix du baril à 45 dollars, ce qui, d’après lui, permettra de combler partiellement le déficit budgétaire.

Alexeï Koudrine a appelé à planifier les dépenses du pays sur la base d’un prix du baril à 45 dollars.
Alexeï Koudrine a appelé à planifier les dépenses du pays sur la base d’un prix du baril à 45 dollars.

Le ministre des finances Anton Silouanov s’est pour sa part opposé aux « revenus pétroliers faciles » et a attiré l’attention sur la nécessité d’attirer des investissements privés dans les projets d’infrastructures, pour lesquels une série d’accords importants ont d’ailleurs été conclus lors du forum – notamment un mémorandum d’entente concernant le projet Baltic LNG, signé par Gazprom et Royal Dutch Shell afin de développer la coopération en matière de GNL.

Également au cœur des discussions : le secteur agro-industriel russe, qui, à en croire les différents intervenants, se développe rapidement et rapporte des bénéfices, autrement dit démontre du potentiel et devient intéressant pour les investisseurs. Au cours d’un débat consacré à ce secteur, le ministre russe de l’agriculture Alexandre Tkatchev a souligné que « l’objectif est non seulement de nourrir notre propre pays mais également d’exporter ».

Un autre thème majeur a été l’économie numérique

Les participants à la discussion ont en outre souligné la nécessité de s’implanter sur les marchés asiatiques ainsi que l’importance des crédits bon marché pour les agriculteurs et de l’introduction de nouvelles technologies. La hausse des exportations de blé a été déclarée un des objectifs du développement du secteur agro-industriel. C’est dans cette optique que, lors du forum, a été signé un accord de coopération entre le ministère russe de l’agriculture et Obyedinennaïa zernovaïa kompania (Compagnie céréalière unie). Un des invités du forum a également manifesté son intérêt pour une coopération dans ce domaine : la Serbie et la Russie ont l’intention de développer leurs échanges commerciaux de produits agricoles et de denrées alimentaires.

Les représentants des délégations russe et serbe ont discuté des perspectives de la coopération économique bilatérale.
Les représentants des délégations russe et serbe ont discuté des perspectives de la coopération économique bilatérale.

Un autre thème majeur a été l’économie numérique, à laquelle le président russe a accordé une attention particulière. Les différents intervenants se sont montrés unanimes : la Russie n’exploite pas pleinement son potentiel technologique. À en croire Alexeï Koudrine, elle accuse un retard de trois à quatre fois par rapport aux pays leaders de la numérisation.

La faiblesse de la base normative et juridique dans ce domaine a été l’objet d’une discussion à part. Les participants ont toutefois fait remarquer que les premiers pas ont déjà été faits pour résoudre ce problème. Le gouvernement russe a ainsi élaboré un projet de développement de l’économie numérique. La rédaction de la législation relative à ce projet démarrera dès cet été. L’importance de créer des centres d’innovations et d’améliorer la formation des spécialistes a également été soulignée.

Tatiana IvannikovaTraduit par Maïlis Destrée