Au bout du monde : le potentiel d’investissement de la république de l’Altaï

Les investisseurs français sont aujourd’hui présents dans la majorité des sujets de la Fédération de Russie, et on compte sur les doigts de la main les régions où ils ne sont pas encore arrivés. C’est de l’une d’elles dont nous avons décidé de parler dans ce numéro : la république de l’Altaï. L’Altaï, territoire écologiquement propre et destination de vacances favorite de nombreuses célébrités russes, est aussi, comme le soulignent les experts, une région largement subventionnée et à l’infrastructure insuffisamment développée. Le BizMag du Courrier de Russie a discuté avec le gouverneur de la république, Alexandre Berdnikov, des principaux problèmes de la région, des moyens de les résoudre et des possibilités qu’elle offre aux investisseurs étrangers.

Le Courrier de Russie : La république de l’Altaï est souvent confondue avec le kraï de l’Altaï… Comment caractériseriez-vous votre région pour la rendre unique aux yeux des Russes et des étrangers ?

Alexandre Berdnikov : Dans les anciens livres sanscrits, la chaîne de montagnes de l’Altaï (aussi appelée Altaï montagneux), située sur le territoire de la république de l’Altaï, était décrite comme « le centre de l’Eurasie ». La république se trouve à égale distance de quatre océans et à la jonction des frontières de quatre États : la Russie, le Kazakhstan, la Mongolie et la Chine. Notre région abrite des représentants de trois grandes religions mondiales (christianisme, bouddhisme et islam) et de près de 90 ethnies.

L’Altaï montagneux est aussi un carrefour de cultures antiques. Le territoire de la république renferme des centaines d’anciens kourganes, datant d’époques très diverses : de l’âge de pierre jusqu’à l’époque scythe.

Notre territoire abrite en outre cinq sites naturels inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, regroupés sous l’appellation commune de Montagnes dorées de l’Altaï. Il s’agit du célèbre lac Teletskoïe : deuxième après le Baïkal en termes de réserves d’eau douce en Russie ; du plus haut sommet montagneux de Sibérie : le mont Béloukha ; des deux réserves naturelles et biosphériques d’État de l’Altaï et de Katoun ; et du haut plateau de l’Oukok, où a été retrouvée, dans un kourgane, la momie d’une femme inhumée il y a environ 2 500 ans. Les gens d’ici l’ont surnommée la princesse de l’Oukok.

Enfin, la république est traversée par la célèbre route de la Tchouïa (l’autoroute régionale R-256), que la revue National Geographic a classée parmi les plus belles routes du monde.

LCDR : Avec ses quelque 200 000 habitants, la république de l’Altaï est une des régions les moins peuplées de Russie. Sa capitale, Gorno-Altaïsk, est aussi la seule ville de la région. Quel intérêt un territoire peut-il représenter pour les investisseurs ?

A.B. : Effectivement, notre région est relativement peu peuplée, du fait de son relief difficile et du développement prédominant de l’agriculture. Cependant, la république de l’Altaï figure de façon stable parmi les trois premières régions russes en termes de natalité. En outre, nous accueillons chaque année un nombre croissant d’immigrés, venus d’autres pays, mais aussi de Russie.

Dans le monde, on trouve de nombreux exemples de territoires où un faible peuplement et la présence de peu de villes – voire leur absence totale – ne limitent en rien l’attractivité pour les investissements. Le nom même d’Altaï montagneux est une marque de fabrique éprouvée par le temps et l’histoire et qui évoque, en premier lieu, le fort potentiel récréatif de ce territoire écologiquement propre.

De fait, la stratégie de développement à long terme de la région est basée sur une utilisation optimale de son potentiel de tourisme et de loisirs, l’intensification de son secteur agro-industriel et le développement de son infrastructure énergétique et de transport. Et la pratique montre que ce sont précisément ces orientations qui intéressent le plus les investisseurs potentiels.

LCDR : Vous avez mentionné l’emplacement stratégique de la région : à la frontière avec la Chine, la Mongolie, et le Kazakhstan. Comment la coopération de la république avec ces pays se développe-t-elle ?

A.B. : Notre principal axe de transport – la route de la Tchouïa – relie la république à ses régions voisines et à la Mongolie. C’est par elle que transite le flux principal de transport, notamment l’exportation de marchandises vers les pays voisins, dont les volumes ne cessent de croître d’année en année.

Les échanges commerciaux avec la Mongolie consistent en l’exportation et l’importation de denrées alimentaires, de produits pétroliers destinés au secteur automobile, de produits de l’industrie forestière et papetière, de textile, de vêtements, de chaussures, d’automobiles, d’équipements et d’autres moyens de transport. Le commerce avec la Chine concerne quant à lui des denrées alimentaires et agricoles, des produits de l’industrie chimique, des voitures, de l’équipement et des moyens de transport. Avec le Kazakhstan, enfin, il s’agit d’échanges de produits alimentaires, notamment apicoles, ainsi que d’articles de cuir et de peaux.

Le terminal logistique et douanier actuellement en cours de construction près du poste de passage de Tachanta, à la frontière russo-mongole, jouera un rôle crucial dans le développement de nos relations commerciales avec la Mongolie et la Chine. Ce terminal, qui doit commencer à fonctionner cette année, permettra à des marchandises qui transitent aujourd’hui par d’autres postes-frontière, principalement au Kazakhstan, de traverser désormais le territoire russe.

LCDR : Quels sont les autres partenaires stratégiques de la république de l’Altaï ? […]

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Propos recueillis par Anastasia Sedukhina

Dernières nouvelles de la Russie

Économie

Les oligarques à la recherche de nouveaux paradis fiscaux

Les tensions géopolitiques contraignent les grands patrons russes à revoir leurs plans : la question de savoir où résider et où conserver leurs capitaux se fait de plus en plus pressante. Alors que les États-Unis menacent d’adopter contre la Russie de nouvelles sanctions, « beaucoup plus dures » que celles instaurées en août dernier, le Royaume-Uni s’interroge sur la légalité des visas d’affaires accordés aux investisseurs russes, et Chypre ferme leurs comptes bancaires. Comment les oligarques vont-ils réagir ? On ne voit pas le bout des sanctions antirusses. À la mi-septembre, Washington a annoncé, pour le mois de novembre, la mise en place d’un deuxième train de sanctions « très dures » contre la Russie, accusée d’être responsable de l’attaque à l’arme chimique, en mars dernier, contre l’ancien agent double Sergueï Skripal et sa fille Ioulia. « Une agression économique caractérisée » Fin août, le Département d’État américain invoquait déjà l’ « affaire Skripal » pour justifier l’adoption d’un premier train de sanctions économiques contre la Russie, censées « frapper fort ». Les citoyens américains et les structures du pays, publiques et privées, s’étaient vu interdire toute aide extérieure à la Russie, y compris sous forme de crédit, ainsi que toute exportation de « biens et technologies à double usage », civil et militaire. Le deuxième train, en préparation pour le mois de novembre, pourrait restreindre les relations diplomatiques, interdire au transporteur public russe Aeroflot de voler vers les États-Unis et mettre fin à toute activité d’import-export entre les deux pays. Mais alors que le premier train de sanctions avait laissé le Kremlin relativement indifférent, du moins à en juger par les déclarations des officiels russes, les restrictions à venir semblent inquiéter Moscou. Le président du Comité des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération (chambre haute du parlement russe), Konstantin Kossatchev, les a déjà qualifiées d’ « agression économique caractérisée ». « Les sanctions ont plutôt réduit les dividendes des détenteurs d’actions de Rusal que réellement fait perdre de l’argent à Deripaska lui-même. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

20 septembre 2018
Culture

« Ilia Kabakov a rendu un monde absurde tout à fait visible »

Une rétrospective d’Ilia Kabakov se tient pour la première fois à la galerie Tretiakov, à Moscou. Intitulée « Tout le monde ne sera pas du voyage vers le futur » (V boudouchtcheïé vozmout ne vsekh), elle doit son organisation au Français Jean-Hubert Martin, ancien conservateur du Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou (MNAM), qui a révélé Ilia Kabakov au public européen à la fin des années 1980. Âgé de 85 ans, l’artiste vit depuis vingt-cinq ans aux États-Unis. Ses œuvres Le scarabée et La chambre de luxe sont les œuvres d’art russe contemporain les plus chères jamais vendues. Commissaire de cette rétrospective, Jean-Hubert Martin, revient sur la vie de l’artiste et sur la place qu’occupe l’art contemporain en Russie. Le Courrier de Russie : Comment avez-vous révélé Ilia Kabakov ? Jean-Hubert Martin : Il m’est apparu très rapidement que Kabakov avait un énorme talent et des capacités vraiment hors du commun. J’étais à l’époque directeur d’une Kunsthalle, un centre d’art à Berne, en Suisse, et je l’ai invité à faire une exposition. C’était un défi, parce qu’à l’époque il ne pouvait pas sortir de l’URSS, il n’avait pas de passeport, et on ne pouvait pas exporter des œuvres de Moscou ; il fallait donc réunir des œuvres qui étaient déjà sorties… Cela a été une opération un peu hors du commun. LCDR : Comment était le Kabakov de l’époque soviétique ? J.-H. M. : Il était très aimable, très accueillant, amical. Il communiquait très facilement. Je parlais allemand avec lui parce que c’était la seule langue étrangère qu’il maîtrisait. Aujourd’hui encore, d’ailleurs, nous parlons souvent allemand ensemble. Il ne parle pas très bien anglais, même s’il vit depuis longtemps à Long Island, aux États-Unis. LCDR : Vous avez immédiatement perçu tout son potentiel ? J.-H. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

18 septembre 2018
Économie

L’Empire toujours réinventé de Mikhaïl Goutseriev

Forbes Russie vient de publier son classement des familles les plus riches du pays. Pour la quatrième année consécutive, les Goutseriev dominent le classement. Comment cette dynastie est-elle devenue la plus prospère de Russie ? Cette année, le classement de l’édition russe de Forbes, dont la première livraison remonte à 2014, n’incite pas à l’optimisme : les dix familles les plus riches du pays ont vu leur fortune se réduire comme peau de chagrin et certaines ont connu de grosses difficultés, qu’il s’agisse du transfert à l’État d’une partie de leurs avoirs ou de comptes à rendre à la justice. La famille Goutseriev – plus précisément Mikhaïl Goutseriev, âgé de 60 ans et fondateur du groupe Safmar, son frère Saïd-Salam, copropriétaire du groupe, Saïd, fils de Mikhaïl, et son neveu Bilan Oujakhov – figure constamment dans le classement de Forbes. Le groupe Safmar, très diversifié, comprend notamment les sociétés pétrolières RussNeft et Neftis, le producteur biélorusse de potassium Slavkali, des fonds de pension privés et des centres d’affaires à Moscou et à Londres. L’an dernier, les Goutseriev ont subi des pertes importantes : leur fortune s’est réduite de 3,94 milliards de dollars et Mikhaïl Chichkhanov, autre neveu de Mikhaïl Goutseriev, a été rayé de la liste des membres de la famille. Cette décision est liée à la situation extrêmement difficile dans laquelle s’est retrouvée Binbank, jadis un des avoirs les plus importants de la famille Goutseriev. Elle était gérée par Mikhaïl Chichkhanov, chargé des finances du groupe Safmar depuis le milieu des années 1990. Autrefois douzième banque russe en termes d’actifs, Binbank s’est retrouvée au bord de la faillite il y a environ un an et demi. En septembre 2017, elle est entièrement passée sous le contrôle de l’État. « Si je n’avais pas été vice-président de la Douma, il m’aurait été impossible de développer mes affaires. À l’époque, aucune entreprise ne pouvait prospérer sans un soutien venu d’en haut. » Mikhaïl Goutseriev a accusé son neveu de la faillite de la banque et le clan, naguère puissant, des Goutseriev-Chichkhanov a cessé d’exister. Le poste de Mikhaïl Chichkhanov a été confié à un autre neveu de Mikhaïl Goutseriev, Bilan Oujakhov, âgé de 31 ans, auquel ont été transmis 10 % des actions de la chaîne de magasins d’électronique M.Video, dont il a également été nommé directeur général. […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

17 septembre 2018