Le Courrier de Russie

Localiser ou importer : telle est la question en Russie

« Localisation » et « substitution aux importations » sont devenus en deux ans parmi les mots les plus en vogue en Russie. La tendance du made in Russia et la nécessité de produire localement sont désormais sur toutes les lèvres, que ce soit à n’importe quel échelon du pouvoir ou dans les médias. Le BizMag du Courrier de Russie fait le point : quel a été l’élément déclencheur de la localisation en Russie, quelle sociétés étrangères sont aujourd’hui contraintes de localiser leur production et dans quelles conditions peuvent-elles le faire ?

Cap sur la production locale

C’est dans les années 2010, alors que la Russie rejoint l’OMC, qu’on se met à parler de plus en plus souvent de localisation. Les contre-sanctions adoptées en août 2014 ont également donné un coup de fouet à l’organisation d’une production locale en Russie. Ainsi, outre l’apparition du mot « localisation » dans le discours politique, un nouveau terme devient populaire : « substitution aux importations ». L’interdiction d’importer dans le pays une série de denrées alimentaires a incité les entreprises occidentales présentes en Russie à y élargir leur gamme de produits et, de manière générale, à intensifier la production, et certaines sociétés étrangères à y ouvrir des usines de produits laitiers désormais interdits à l’importation.

À en croire les chiffres officiels, les résultats ne se sont pas fait attendre : selon l’agence fédérale russe de statistique Rosstat, la production agricole russe a augmenté de 5 % en 2016, atteignant les 5,6 trillions de roubles, tandis que la production alimentaire a crû de 2,4 % par rapport à 2015. Le cap sur la substitution aux importations en tant que nouveau fondement de la politique fédérale a été fixé en décembre 2014 avec l’adoption de la loi fédérale n°488-FZ « sur la politique industrielle en Fédération de Russie », entrée en vigueur dès l’été 2015. L’élaboration de ce document peut être qualifiée de réponse à l’introduction des sanctions occidentales, qui ont durement frappé certains secteurs russes, en particulier l’industrie pétrogazière et la construction de machines-outils.

L’objectif de cette loi est d’encourager le développement industriel en Russie et d’organiser une production locale pour ne plus dépendre des technologies occidentales et des importations. Le document vise pratiquement tous les secteurs : de l’extraction des minéraux utiles à la collecte et l’élimination des déchets.

Dans cette loi, l’État prescrit un ensemble de mesures destinées à attirer des investissements dans l’industrie russe. Il s’agit par exemple de subventions issues des budgets fédéraux et régionaux, de privilèges fiscaux, de la conclusion de contrats d’investissement spéciaux ainsi que d’avantages offerts aux producteurs russes dans les marchés publics.

Comment tout a commencé

On aurait tort de dire que les changements géopolitiques sont à l’origine de l’ouverture massive d’usines étrangères en Russie. Les entreprises internationales ont en effet commencé à se localiser dans le pays bien avant l’application de la politique protectionniste officielle. Les premières à avoir franchi le pas produisaient des biens de grande consommation. L’un des pionniers sur le marché russe est Coca-Cola, qui y a ouvert un bureau de représentation en 1991 et, dès 1992, a fait l’acquisition de ses premières usines à Stavropol et Volgograd avant de construire à partir de zéro, en 1994, un site de production à Moscou.

Danone a ouvert son premier magasin russe en 1992 en plein centre de Moscou, dans la rue Tverskaïa. Le commerce a produit une impression indélébile sur le consommateur russe grâce à la diversité des produits proposés et à son décor coloré et attirant. L’entreprise a construit sa première usine en Russie en 1995. En 1997 est apparue, dans la ville de Samara, la première usine PepsiCo russe de mise en bouteille. […]