Le Courrier de Russie

Lactalis : « Avant de vendre du camembert en Russie, il faut apprendre à le fabriquer »

Le groupe laitier Lactalis, dont les produits sont notamment connus sous les marques Président, Galbani ou Parmalat, fête cette année ses 20 ans de présence en Russie. Près de 14 ans se sont écoulés depuis le lancement de sa production dans le pays. Le BizMag du Courrier de Russie s’est entretenu avec Evgueni Grebnev, directeur général de Lactalis Russie, qui travaille pour l’entreprise depuis l’ouverture de sa filiale russe, des spécificités d’une localisation en Russie et des préférences gustatives des consommateurs russes.

BizMag : Lactalis est arrivée en Russie en 1997. Par quoi votre décision de vous implanter sur le marché russe a-t-elle été guidée ?

Evgueni Grebnev : Lors de notre arrivée sur le marché russe, nos principaux concurrents s’y trouvaient déjà : des entreprises françaises telles que Danone et Bongrain [qui porte aujourd’hui le nom de Savencia Fromage & Dairy, ndlr] ainsi que de grandes entreprises allemandes. Nous étions probablement une des dernières sociétés étrangères de ce secteur à ouvrir un bureau de représentation en Russie. Lactalis a toujours été une entreprise privée, une affaire familiale. C’est la raison pour laquelle nous ne prenons des décisions aussi importantes que celle de s’implanter sur un nouveau marché qu’après y avoir longuement réfléchi, en pesant le pour et le contre. Dans les années 1990, le monde des affaires n’était pas des plus calmes en Russie mais, à la fi n de la décennie, lorsque s’est dégagée la tendance mondiale à la croissance de la consommation et au mode de vie européen, nous avons compris que c’était un bon pays où nous développer.

BizMag : Pourtant, un an après votre arrivée, la Russie a été secouée par la crise économique et a fait défaut sur sa dette…

E.G. : La crise de 1998 nous a donné un coup de fouet dans la mesure où les entreprises qui étaient en pleine expansion ont davantage souffert que les petites filiales « prudentes ». De 1997 au début des années 2000, nous avons testé nos importations sur le marché russe. Nous avons fait venir plus de 300 produits différents, dont principalement du fromage. Ce « test marketing » nous a aidés à comprendre quels fromages plaisaient aux Russes et quels produits pourraient devenir populaires en Russie – une façon originale d’identifier les aliments dont nous pourrions par la suite localiser la production. Dans l’ensemble, je peux dire que le consommateur russe des années 2000 était le plus ouvert d’esprit qui soit. […]