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Boris Titov : « Les fonctionnaires russes ne sont pas les ennemis des entreprises »

Boris Titov, délégué aux droits des entrepreneurs, décrit pour BizMag du Courrier de Russie le climat des affaires et la situation des investisseurs étrangers en Russie, se confie sur ses projets politiques et revient sur son affaire familiale.

BizMag : Depuis 2012, vous êtes délégué aux droits des entrepreneurs auprès du président de la Fédération de Russie. Quels résultats majeurs avez-vous réussi à atteindre ces dernières années? 

Boris Titov : Les exemples foisonnent. Notre principale réussite est l’amnistie adoptée en 2013-2014 dont ont bénéficié plus de 400 000 entrepreneurs. Les succès sont aussi notables en matière de poursuite pénale illégale, bien que chaque affaire entraîne des dépenses salariales colossales. En ce qui concerne les questions systémiques, le travail se poursuit. Chaque année, j’expose dans mon rapport au président des centaines de problèmes liés à la réglementation de l’économie et propose des solutions. Des dizaines de lois et d’actes normatifs ont ainsi été amendés.

Parmi les plus récents : le maintien de la possibilité d’installer des auberges dans des immeubles d’habitation, la mise en place d’un registre unique des contrôles, la création d’un registre unique des petites entreprises (d’où une simplification du processus d’obtention de subventions), etc. Notre plus gros échec est de ne pas avoir réussi à inverser la tendance généralisée à l’utilisation du droit pénal pour faire pression sur les entreprises. Le nombre d’affaires visant des entrepreneurs continue de croître. Mais une éclaircie est tout de même visible. Fin 2016, l’assemblée plénière de la Cour suprême a rendu une décision donnant des explications détaillées sur l’impossibilité pour les entrepreneurs d’être arrêtés au cours de l’enquête. Résultat : le nombre d’affaires pénales n’a augmenté que de 2 % en 2016, alors que ce chiffre était de 25 % au premier semestre de la même année. Autrement dit, on observe une tendance à la baisse.

BizMag : Comment caractériseriez-vous le climat actuel des affaires en Russie ? Qu’est-ce qui est le plus rentable : investir dans une entreprise ou garder son argent à la banque ?

B.T. : Malheureusement, en Russie, il est actuellement plus avantageux de déposer son argent à la banque que de l’investir. La rentabilité est très faible dans la majorité des secteurs. Si auparavant la durée moyenne du retour sur investissement oscillait entre 5 et 7 ans, elle est aujourd’hui de 10-15 ans. Cet allongement est lié à l’augmentation élevée des taxes depuis quelques années. Il s’agit principalement des différents impôts qui s’ajoutent à ceux sur les sociétés et qui ne sont pas formellement considérés comme des impôts en Russie mais qui, nous en sommes convaincus, le sont en réalité. Nous voulons juguler cette baisse de la rentabilité en promouvant la stratégie du développement économique de la Russie « Stratégie de croissance ». Les investissements dépendent du rapport risque-rendement. Tout le monde essaie d’éliminer les risques tandis que nous, nous visons à augmenter la rentabilité dans le monde des affaires en Russie.

BizMag : Emmanuel Quidet, président de la Chambre de commerce et d’industrie franco-russe, a déclaré en janvier dans une interview à Tass que « le gouvernement russe protège les investisseurs étrangers de la corruption et de l’extorsion et il fait tout pour qu’ils n’hésitent pas à demander de l’aide. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de corruption en Russie mais les autorités russes lcoales agissent avec beaucoup de prudence et de délicatesse vis-à-vis des entrepreneurs étrangers ». Quelle est votre position à cet égard ?

B.T. : C’est la réalité. Nous prêtons une attention toute particulière aux investisseurs étrangers. La fonction de délégué aux droits des investisseurs (en particulier les investisseurs étrangers) est apparue avant celle de délégué aux droits des entrepreneurs et était remplie par le vice-Premier ministre russe Igor Chouvalov en personne. Autrement dit, l’intérêt pour ces processus vient du plus haut niveau. […]

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Propos recueillis par Anastasia Sedukhina

Dernières nouvelles de la Russie

Économie

Sergueï Gouriev, l’économiste qui échappe au Kremlin

Ancien recteur de l’École d’économie de Moscou, Sergueï Gouriev est le premier Russe à occuper (depuis 2015) le poste prestigieux de chef économiste de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). En 2013, il avait fui la Russie pour la France, de crainte d’être poursuivi dans le cadre de l’affaire Ioukos.* Alors qu’il devrait bientôt quitter ses fonctions à la BERD, certains commentateurs annoncent son prochain retour au pays…La décision de Sergueï Gouriev de quitter la BERD marque un nouveau tournant dans la vie de l’économiste. Le premier a lieu en 2013, quand, alors à l’apogée de sa carrière, il est contraint de quitter en hâte la Russie ainsi que ses fonctions de recteur de la Haute École russe d’économie.Son départ est dû aux accusations portées contre lui par les autorités russes et à ses craintes d’être poursuivi en justice dans le cadre de l’affaire Ioukos. A l’époque, Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev, copropriétaires de la compagnie pétrolière, ont déjà été condamnés pour malversation financière et purgent de lourdes peines de prison. L’entreprise est, quant à elle, liquidée et mise en vente. Plus tard, le géant public Rosneft rachètera la majorité des actifs de Ioukos.L’« affaire des experts de Ioukos »En 2011, sous la présidence de Dmitri Medvedev, le Conseil présidentiel pour les droits de l’homme met sur pied une commission d’experts concernant l’affaire Ioukos, à laquelle participent des juristes et des économistes russes et étrangers. La commission, dont fait partie Sergueï Gouriev, parvient à la conclusion que de graves violations ont été commises en 2005, lors de la seconde procédure pénale, initiée contre les cadres dirigeants de l’entreprise. Alors que l’on s’achemine vers l’annulation des verdicts prononcés à leur encontre, le Comité d’enquête russe annonce soudain qu’il soupçonne certains experts réunis au sein du Conseil présidentiel d’avoir touché de l’argent de Mikhaïl Khodorkovski entre 2003 et 2004. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

16 janvier 2019
Économie

Oleg Deripaska : La bataille du « roi de l’aluminium » contre les sanctions

L’année 2018 n’a pas été sans embûches pour le magnat russe de l’aluminium Oleg Deripaska. En avril, ses entreprises se voient fermer l’accès à l’ensemble du marché américain, et leurs actions dégringolent sur les bourses mondiales. L’homme d’affaires lui-même est l’objet de sanctions individuelles. Pourtant, 2019 pourrait se révéler plus clémente : à la surprise générale, en décembre dernier, le département du Trésor américain a annoncé une levée prochaine des restrictions sur les entreprises de Deripaska…Oleg Deripaska se souviendra longtemps du 6 avril 2018. Ce jour-là, le département du Trésor des États-Unis publie ce que la presse mondiale nomme rapidement le « rapport Kremlin » : une nouvelle liste noire de hauts fonctionnaires, d’hommes d’affaires et d’entreprises russes proches du Kremlin, placés sous sanctions. L’oligarque en fait partie.C’est un coup dur pour l’empire Deripaska, constitué notamment des géants de l’aluminium, Rusal, et de l’Énergie, Eurosibenergo, ainsi que de la holding En+ Group, qui réunit les intérêts du milliardaire dans l’aluminium et l’hydroélectricité. Les avoirs détenus par ces entreprises aux États-Unis sont gelés, et ces dernières se voient interdire toute transaction dans le pays. Autrement dit, le marché américain est alors totalement fermé au « roi de l’aluminium ».Le « plan Barker »Par peur des sanctions américaines dites « secondaires », de nombreux partenaires étrangers de l’oligarque préfèrent rompre toute collaboration avec lui. Les actions de ses entreprises s’effondrent littéralement sur les marchés boursiers. En une seule journée, le 9 avril 2018, Oleg Deripaska perd 1,3 milliard de dollars. Sa fortune, estimée à 6,7 milliards de dollars avant l’introduction des sanctions, s’est déjà réduite de moitié au mois d’août, selon le Trésor américain. […]Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Crédits Image : Oleg Deripaska. Crédit : Wikimedia14 janvier 2019
International

« Gilets jaunes » : la piste russe dans l’impasse

Les services secrets russes sont-ils derrière le mouvement des « Gilets jaunes » ? Si une enquête officielle a été lancée en France, en Russie, la question agace. Le 8 décembre dernier, sur les Champs-Elysées, à Paris, deux « gilets jaunes » déploient le drapeau noir-bleu-rouge de la république autoproclamée de Donetsk. La photo des manifestants est aussitôt publiée sur la chaîne Telegram pro-Kremlin WarGonzo, avant d’être reprise sur un certain nombre de comptes Facebook et Twitter. Pour de nombreux internautes, c’est la preuve de la présence de Moscou derrière le mouvement. Cette théorie complotiste est notamment relayée par les Services de sécurité ukrainiens (SBU). Le 9 décembre, sur leur page Facebook, ils publient la photo, accompagnée d’un long commentaire mettant en garde les pays européens contre l’ingérence russe dans leurs affaires intérieures : « Le Kremlin emploie des méthodes abjectes afin de déstabiliser l’Europe, qu’il considère comme une menace. Depuis plusieurs années, Moscou tente ainsi de manipuler les mouvements sociopolitiques radicaux de différents pays », accuse le directeur du SBU, Vassyl Hrytsak. « Comme l’écrivait Vladimir Maïakovski : si les étoiles s’allument, c’est que cela sert à quelqu’un. » Dans le même temps, des médias anglo-saxons comme le Times ou l’agence Bloomberg évoquent une possible ingérence de Moscou dans le mouvement. Pour eux, entre 200 et 600 comptes Twitter liés à la Russie utiliseraient le mot-clé #giletsjaunes. Selon une étude de l’entreprise américaine New Knowledge, spécialisée dans la cybersécurité, […] Partager :Cliquez pour envoyer par e-mail à un ami(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Facebook(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Twitter(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur LinkedIn(ouvre dans une nouvelle fenêtre)Cliquez pour partager sur Google+(ouvre dans une nouvelle fenêtre)

21 décembre 2018

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